Le bruit des cités

senghor.jpgAu cours d’un conseil des ministres de 1963, inquiet du flux qui attire en France des dizaines de milliers de travailleurs immigrés, effort de construction oblige, de Gaulle questionne : « Qui, autour de cette table, mesure les conséquences à trente ans ? » (A Perfitte ; C’était de Gaulle)). Silence autour de la table. Silence pendant 40 ans… Aujourd’hui, le bruit.
La carte politique française est absurde, qui oppose depuis vingt ans répression à droite et action sociale à gauche, au lieu d’en combiner les effets, privant l’un et l’autre camp d’une moitié de la solution. Lorsque Ségolène Royal évoque la répression et la police - voire l'armée-, on se pâme à gauche et on rigole à droite, si Nicolas Sarkozy se met à parler de dialogue et d’éducation, on s’inquiète à droite et on se marre à gauche. Le grand absent est le discours raisonnable.
Le modèle d’intégration républicain a été pensé à une époque où l’école est laïque, forte et autoritaire. Il offre à un individu, démarqué mais dépositaire de sa culture d’origine, la possibilité d’intégrer une espace dont les normes et les règles lui sont inculquées sans compromis culturel. Au cœur du dispositif est la langue. Et Léopold Senghor, (Président du Sénégal, Grand-croix de la Légion d'honneur, Grand-croix de l'ordre du Lion du Sénégal, Grand-croix de l'ordre national du Mérite, Commandeur des Palmes académiques, Commandeur des Arts et des Lettres, Médaille de la Reconnaissance franco-alliée 1939-1945, Croix de combattant 1939-1945), chantre de la négritude, était aussi agrégé de grammaire.
Parce qu’il est fondé sur l’individu, ce modèle ne répond pas au grand nombre. La problématique intercommunautaire est d’une autre nature. Elle favorise l’émergence de sous-cultures actives dans de petites communautés géographiquement rassemblées, qui déterminent leurs règles internes et dont les frontières sont, par définition, conflictuelles puisqu’elles échappent à la norme nationale. N’oublions jamais que la culture est un phénomène d’abord négatif. Une culture se forme, une communauté se rassemble, pour se défendre de menaces externes, et elle établit les règles de sa propres survie, particulièrement dans un environnement économiquement précaire. Dès lors, toute intrusion externe débouche sur la violence.
Aujourd’hui encore, du fait de la fragmentation administrative et du clivage politique, répression et intégration ne sont pas correctement articulées (hormis le plan Borloo, qui est une nouveauté) et les candidats sont prisonniers des stérotypes de leur camp.

Héros, programmes et langue de bois

alexandre.jpgQui a lu le projet socialiste en a vu les limites, celles d’une synthèse bâclée de fin de congrès où chaque poncif annonce le suivant, sans jamais décevoir… Mais justement, qui l’a lu ? Qui avait lu la Constitution Européenne ? Qui a lu les positions de Nicolas Sarkozy sur la recherche, sur l’éducation, sur le reste… patiemment distillées depuis deux ans dans la presse ? Et qui va voter ?
Il n’y a guère que Fabius qui crée la surprise en s’engageant tactiquement à appliquer un programme auquel ne croit sans doute pas plus que les deux autres. Mais finalement, qui en veut aujourd’hui à Mitterrand d’être allé au Bundestag défendre l’installation des fusées Pershings de l’OTAN face aux SS20 soviétiques quelques années après avoir scellé l’Union avec les amis français de Moscou ? Les programmes valent pour ce qu’ils sont. Chirac, expert, n’a-t-il pas dit que les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent ?
Toute la beauté de la langue de bois est là. Celui qui parle sait qu’il ment. Celui qui écoute sait que celui qui parle ment. Celui qui parle sait que celui qui écoute sait que celui qui parle ment. Dès lors, le discours, vide, rituel, tribal, n’est qu’une garantie qui conforte chacun dans son camp et dans sa position : l’Elu dans son impunité régalienne, l’électeur dans son droit à la providence que lui offrira son champion. Un bon deal.
« Après moi, le chaos… » disait de Gaulle, qui nous a légué une république taillée sur mesure pour accueillir des héros visionnaires qui "sont" leur propre programme. Où sont les héros ?

Le réel et le présent

loupe2.jpgLe monde en entier s’accorde sur le fait que la France est aujourd’hui en difficulté, en particulier du fait de sa lenteur s’adapter à des évolutions internationales auxquelles nul n’échappe. A l’exception du Parti Socialiste qui, à l’inverse, pense que nos difficultés viennent de l’incapacité du reste du monde à adopter ses propres idées, au point d’en faire le fer de lance de sa vision de l’Europe du futur. Le pan B planétaire, en somme. Pour lui, le déclin du pays est une idée de droite, sarkozienne, électoraliste. Nous voilà rassurés.
A preuve, la France reste d’une terre d’accueil économique, comme le souligne le Figaro (samedi 28 octobre 2006) qui célèbre une France au quatrième rang mondial des investissements étrangers, avec 64 milliards de dollars (dont il remarque pudiquement que ce chiffre comprend les opérations financières). En effet, on sait depuis longtemps la place qu’ont aujourd’hui les fonds d’investissement et les fonds de pension anglo-saxons au capital des fleurons de notre économie…
On parle de 120.000 cadres qui ont rejoint l’hexagone, de 7200 chercheurs étrangers dans nos laboratoires et de 256.000 étudiants qui ont choisi notre université (par ailleurs dévastée, là-dessus tout le monde s’accorde). Mais ces chiffres se comparent à quoi ? A quel autre pays européen ou non européen ? Qui sont ces cadres, ces chercheurs, ces étudiants, alors que les ministres français font le tour des campus américains pour essayer de convaincre nos meilleurs éléments de rejoindre le bercail ?
Encore le refus du réel et du présent, du pragmatisme, cette attitude jugée insupportable qui consiste à voir les choses telles qu’elles sont et non comme on les rêve, en ne faisant du « ici et maintenant » fameux des années 80 qu’une évocation jubilatoire du principe de plaisir.
On a joué à cela pendant quelques décennies, plus à l’est, mais la réalité a fait grimacer l’enthousiasme idéologique.

Coup d’état

napoleon.jpgLa similarité entre le protocole de pré-campagne adopté par Ségolène Royal et celui, plus ancien, de Nicolas Sarkozy est étonnante.
1. Apparaître comme un acteur « nouveau », en décalage avec la génération précédente qui ne peut faire grand-chose sur son âge…
2. Une occupation maximale des médias pour créer un effet d’opinion significatif, c’est-à-dire une stratégie sarkozienne dénoncée hier par celle-là même qui l'adopte aujourd’hui.
3. La volonté de se démarquer, et de s’installer au centre du débat en déstabilisant son propre parti par des positions ou des idées qui en dérangent le conformisme idéologique.
4. Une utilisation plus ou moins maîtrisée de la sphère personnelle pour exacerber la singularité du candidat, lui donner chair, en somme, et mobiliser l’émotionnel avant l’intellectuel. (Le cas « c » en a marqué la limite).
5. Un aller et retour permanent entre le domaine des valeurs de la république et la référence à l’action de terrain en éludant ainsi la question difficile de la réforme de l’Etat.

C’est sans doute en cela que l’un et l’autre se voient taxés de bonapartisme masqué, l’un ayant inventé le coup d’état médiatique, l’autre l’ayant repris à son compte. Pour autant, rien ne dit que cette stratégie, qui cible large, soit une garantie de victoire au soir du scrutin, celui des primaires pour la gauche, et très probablement celui de mai pour les deux.
Si les candidats en lice sont bien ceux que l’on imagine aujourd’hui, ils seront à égalité, les rancœurs futures au sein de la gauche n’ayant d’égal que les haines qui traverseront la droite.

Mais si Ségolène a su intégrer un peu de Nicolas, on voit mal encore comment ce dernier pourrait intégrer un peu de la séduction de sa royale rivale.
Quant aux programmes, who cares ?

Du Bolchoï au bolcho

bolchevique.jpgIl y a quelque chose de troublant dans le trajet politique de Laurent Fabius. Comment ce grand bourgeois, brillant cavalier survolant avec élégance le « jumping » d’un jeu télévisé des années 70, appelé très jeune à Matignon pour amorcer le virage pragmatique de la gauche en 1983, un jour nageur de combat dans le port d’Auckland, remarqué pour ses fêtes dispendieuses données en l’Hôtel de Lassay lorsqu’il en habitait les lambris, sommé brutalement de répondre des inconséquences morales et économiques de son gouvernement dans l’affaire du sang contaminé, abhorré (et adoré à l’extrême gauche) pour sa trahison tactique alors qu’il brandissait un imaginaire plan B pour tuer une constitution et relancer l’Europe aujourd’hui groggy, qui peine à se relever sur le ring mondial, comment donc peut-il maintenant s’appuyer sur la gauche de la gauche pour retrouver les ors que la république accorde au premier d’entre les siens ? Addiction ?
La qualité de bretteur est là. Mais rappelons-nous le désastreux face à face qui l’opposa à Chirac lorsqu’il était premier ministre. L’épaisseur physique, émotionnelle, n’y est pas. Peut-être tuée par l’intelligence.
Trop de torsions dans ligne directrice, trop de cynisme, trop d’opportunisme, trop d’incohérence ont eu raison de sa crédibilité politique. C’est justice.

Facho-coco

mussolini.jpgTroublante, la similarité de discours - en particulier de la part des sympathisants socialistes - entre ce qui se disait de Chirac dans les années 70 et ce qui se dit aujourd’hui de Sarkozy. « Mais… j’ai peuuur… si Chirac vient au pouvoir… ça sera le fasciiiiiiisme ! ». Il est venu. Ca n’a pas été grand-chose, pas été très clean (on avait été bien préparé), mais en tout cas pas le fascisme. Chaque bloc aime à se faire de gentilles frayeurs. Le fascisme pour les uns, la Commune pour les autres, tant il est vrai qu’en France, le discours raisonnable se voit vite accolé la honteuse étiquette de centriste. Pourquoi cette emphase ? Outre les tropismes culturels français, sans doute pour aveugler un peu cette frange minime d’électeurs qui vote sur le programme et non par réflexe identitaire. La grande majorité de l’électorat vote en référence à sa culture politique d’origine, sans réelle considération pour les discours dont chacun sait qu’ils n’engagent que faiblement le candidat. Le génie de Mitterrand aura été de casser le vote identitaire communiste en créant l’union de la gauche et, ce faisant, en s’appropriant une partie importante de son électorat. Le PC ne s’en est jamais remis. C’est tant mieux.
Le manque de confiance dans les institutions est affligeant.
Il n’y a pas plus de risque de voir le fascisme en France avec Nicolas qu’il n’y a de risque à voir empaler les enfants de bourgeois sur les grilles du jardin des Tuileries – la Commune - si Ségolène accède au trône.

Une femme !?

degaulle.jpgComment ne pas remarquer que les attaques sexistes dont Ségolène Royal a fait l’objet sont toutes venues de l’aile la plus conservatrice de son propre parti (J-L. Mélenchon, L. Fabius, H. Emmanuelli), autrement dit le camp du NON rassemblé soudain pour rire d’une candidature féminine et la refuser par l’ironie. On dit en Asie que l’ironie commence où s’arrête l’honnêteté. Ils n’ont pas ri longtemps…
Comment, également ne pas remarquer que sur la carte, honteuse pour la France, de l’accès à la haute fonction publique pour les femmes, les pays du nord de l’Europe tiennent la corde. Et que justement, ces pays sont ceux qui ont su combiner intelligemment politique sociale et libéralisme économique, comme s’il allait de soi que ce gain de liberté ouvrait aux femmes une voie que tous les caciques leur refusent ?  Certainement une coïncidence… La folie de cette gauche conservatrice (pléonasme?) est d’avoir fait de "social-libéralisme" un oxymoron alors qu’à moins de cinq cents kilomètres, la preuve est faite qu’il est possible d’associer ces deux mots dans une politique fructueuse.
Par ailleurs, aucun des ces pays n’attend de la France la moindre leçon de démocratie. Mais peut-être nos hiérarques malmenés ont-ils une vision archaïque, post révolutionnaire, autoritaire, patriarchale, de la république, et se méfient-il autant de la démocratie qu’ils se méfient des femmes. Que Marianne reste donc un buste dans les mairies, en somme. Pour autant, faire de la féminité un attribut supplémentaire en politique, une valeur en soi, c'est faire l'erreur inverse, comme l'a bien illustré le rapide passage d'Edith Cresson à Matignon. 
Quand viendra donc le temps où l’on ne remarquera même plus que le candidat est une femme, ou le présentateur un noir ?

Rupture républicaine

marianne.jpgOn peut s’agacer en lisant le discours de Nicolas Sarkozy à Périgueux. Il est tout plein de la pompe républicaine française. A quand sa dissertation sur Jaurès ? L’auteur y prône les valeurs de la république… mais de quelle république ?
Celle de la Chine, de la RDA, du Chili de Pinochet, de la Corée du Nord, de l’URSS ? La république, en soi, est une modalité de gouvernement, pas plus. On y met ce que le pouvoir en place veut y mettre.
Alors ? Alors sans doute parle-t-il de la république française et de ses valeurs propres : liberté, égalité et fraternité. On en rêve. Mais on dit que la littérature prolifère dans les failles de la société. Nous produisons du discours là où nous avons mal, là où nous sommes faibles, là où un manque est à combler. C’est sans doute pour cela qu’elles sont au fronton des mairies, pour ne pas les oublier, pour rappeler ce vers quoi il faudrait tendre.
La liberté, l’état (de droite comme de gauche) la déteste et le peuple s’y est habitué, finalement à l’aise dans ce contrat social où providence s’échange avec dépendance. Le libéral - pardon my French - est un ennemi de classe, qu’il soit commerçant, entrepreneur ou « profession libérale ». L’Etat l’entrave et le traque du mieux qu’il peut. Seuls sont reconnus le fonctionnaire, le salarié et le chômeur, facilement contrôlables. Dépendants.
L’égalité, lentement transformé en nivellement auquel seules échappent une élite républicaine et une administration qui vivent à l’abri de privilèges anachroniques. A quoi sert le rapport de la Cour des Comptes sinon à montrer que certains peuvent gâcher l’argent public et n’être pas sanctionnés. Réaffirmation d’un privilège dont ne dispose pas la société civile, mieux contrôlée, et donc beaucoup plus « éthique » que la sphère publique.
La fraternité, parlons-en ! Où est-elle dans ce mélange d’égoïsmes corporatistes, dans la haine que se vouent Ambert et Issoire, dans Londres contre Vichy, dans l’histoire récente des juifs de France, dans ce pays qui sait si peu ce que solidarité veut dire qu’il lui faut inventer un « ministère » pour qu’elle s’impose, qui – sous prétexte de répartition - fait de son institution fiscale une police financière au service d’une administration pléthorique et dispendieuse.
On en rêve donc, de les voir appliquées, ces valeurs. Mais cela veut dire, à l’instar de bon nombre de (vraies) démocraties européennes (pour la plupart des monarchies constitutionnelles) de sortir d’un axe droite-gauche obsolète et maladroitement déplacé trop à gauche depuis 1974 et d’aller vers un social libéralisme que beaucoup appellent de leurs vœux, des deux côtés, et que détestent les « archaïques » (Fabius et la gauche marginale, les Mao-verts de la Mairie de Paris, Villiers et ses souverainistes et le Pen et ses nationalistes).
Les politiques sont aujourd’hui prisonniers du damier qu’ils ont construit. La campagne du référendum l’a bien montré qui a fait s’afficher en première de couverture un François Hollande et un Nicolas Sarkozy défendant une cause commune sur cet axe.

Médias - Parti - Programme - Expérience

tele.jpgCe sont les quatre atouts de tous les candidats (crédibles) à l’Elysée. Encore faut-il les jouer dans le bon ordre et au bon moment. La singularité et la modernité de l’entrée en lice de Ségolène Royal tient à la façon dont, consciemment ou non, elle et son équipe ont exploité ces atouts.
Dans un premier temps, avant les autres, sortir du bois et construire l’image et l’opinion, en s’appuyant sur le maximum de « distinction » : une femme dans un monde d’hommes (ou de femmes trop masculines), jeune et directe dans un monde d’éléphants calvicieux, qui se démarque de la vulgate de son propre parti par quelques positions démagogiques mais secrètement espérées par beaucoup (en particulier par cette tranche oscillante et centriste qui peut faire basculer un scrutin) .
Dans un deuxième temps, exploiter ce capital, puissant mais vide, pour rassembler les fédérations et les militants (on saura vite) en exprimant sa loyauté au programme socialiste et en valorisant son expérience régionale. Expérience ou illusion, d’ailleurs, qui prend une dimension nationale compte tenu du contexte (quel électeur des Bouches du Rhône ou d'Alsace vérifiera le bien-fondé de son action de terrain ?).
Bref, le manque absolu de modernité du projet socialiste contourné par la modernité de la stratégie.

The Race

sondages.jpg« Les sondages qui sont faits huit mois avant sont rarement ceux que l’on retrouve après » déclare Michèle Alliot-Marie au Women’s Forum de Deauville. Bien vu ! Le 14 mai 1981, une large majorité de français aurait déclaré François Mitterrand vainqueur le 10 du même mois. On attaque leur manque de rigueur scientifique. On a tort.
Il en va des sondages comme de la météo, des courses à Vincennes ou des bons horoscopes. Ils sont très précis, ils sont captivants, ils sont quotidiens et toujours à côté. Mais ils alimentent en continu la dramaturgie électorale et passionnent là où le discours ennuie.
De toute façon, le parieur, anxieux, ne saura qu’à la fin qui prendra l’Elysée ou si Régine restera à la Ferme.

Sous le sable, la guerre

aigle.jpg« Je reviens d’une semaine de séminaire de leadership en Californie. L’Amérique a de façon continuelle été présentée comme le parangon du succès, la France comme le paradigme de l’échec… ». Des mots au cours d'un déjeuner, dits par une cliente un peu désabusée. Qui déclenche un débat un peu chaud.

L’Amérique impérialiste - perception et réalité – fait un retour maladroit, porté par GWB et son administration. Du NOM au nom, du Nouvel Ordre Mondial aux Etats-Unis, USA ne serait que l’acronyme d’un projet de domination qui ne précise pas ses limites. Bon, me quels Etats parle-t-on ? Coopération pacifique ou occupation militaire, le même désir fédération mondiale contrôlée semble être à l’œuvre. Le Great Middle East de GWB est en une expression localisée, naïve mais réelle.  L’Irak une autre. Dans la même région coexistent l’intervention musclée et la diplomatie, aux mêmes fins de contrôle.
Cette domination, dramatisée par une paranoïa anti-terroriste (à la fois légitime et politiquement opportuniste) ne peut s’accomplir qu’en acquérant une puissance suffisante. Mais les armes d’aujourd’hui, ne sont plus celles d’hier. Quelques facteurs seront déterminants pour réussir. Pour autant que l’objectif soit réalisable.

La puissance digitale. C’est-à-dire l’information, son recueil, son traitement et son exploitation. Les Etats-Unis sont maîtres des outils les plus pertinents : l’industrie logicielle où la domination est incontestable, les formes plus traditionnelles de surveillance et d’intelligence stratégique de type Echelon et enfin l’explosion de l’internet. De nouveaux acteurs sont apparus, au coeur du dispositif : les moteurs de recherche et à travers eux l’indexation des milliards de données statiques ou dynamiques qu’ils stockent et qu'ils brassent. Quasment tous sont américains (Google, Yahoo, Msn, Ask…) et contrôlent 90% des intentions de recherche et des courriers électroniques dans le monde. L’analyse de ces flux à des fins stratégiques est l’un des enjeux clés du contrôle de l’environnement politique mondial. La position adoptée par Google en réponse aux exigences du parti communiste Chinois laisse présager d'une coopération encore plus totale avec l’administration fédérale… Google n’a pas empêché le 11 septembre ou les GIs de s’embourber en Irak. Mais l’incompétence temporaire des services de renseignement, un avatar militaire ou l’aveuglement d’une administration ne signifient rien au regard du long terme. L’utilisation stratégique de l’Internet n’en est qu’à ses débuts. Les blocages répétés d’actions terroristes depuis cinq ans sont la preuve d’un progrès dans ce domaine. 

La puissance financière. Au-delà de la position centrale du dollar et du dynamisme entrepreneurial national, l’émergence des fonds de pension et la digitalisation des opérations financières mondiales ont accentué encore la capacité de contrôle de la planète économique. Les grandes entreprises et les institutions financières américaines, plus riches et mieux équipées ont naturellement tiré le meilleur parti de la libéralisation des échanges commerciaux et financiers, une position contre laquelle les négociateurs de l’OMC ne peuvent rien. Par la monnaie ou par l’investissement, l’Amérique sait mieux que d’autres faire financer ses besoins en sécurité et assurer sa domination technique et politique. 

La puissance culturelle. Avec le nazisme et le communisme, Disney reste pour moi la troisième grande barbarie du vingtième siècle, barbarie culturelle, crétinisation généralisée des esprits qui trouve aujourd’hui son prolongement dans la médiocrité intellectuelle de la sphère médiatique audio-visuelle. Mais au-delà des objets culturels, la « projection de force » américaine, qui a explosé dans les années 60, s’insinue dans les « pratiques ». Elle a pour conséquence paradoxale qu’on prépare des bombes dans les caves de Bagdad en buvant du Coca. Quelle que soit la force du sursaut islamiste, né en 1979 à Téhéran, l’aspiration au développement impose presque mécaniquement l’adoption de pratiques culturelles dont une bonne part est née ou à naître en Amérique du nord. A l’inverse, on voit mal les sociétés occidentales développées adopter les contraintes communautaristes et religieuses des pratiques de l’Islam.

L’accès aux ressources naturelles et, en particulier, au pétrole et au gaz. C’est là que le bât blesse. L’Amérique intervient partout, directement ou indirectement. Dans le golfe du Mexique en soutenant les libéraux mexicains qui prônent la privatisation de l’industrie pétrolière locale. Militairement et diplomatiquement au Moyen Orient. Politiquement en Amérique latine. C’est sa seule façon de contrôler le développement de pays émergents qui ne disposent pas de ressources propres (Inde, Chine) et auront tôt fait, s’ils y accèdent, de consommer l’essentiel de matières premières existantes et de solder un désastre écologique planétaire déjà bien engagé.
Mais la Russie émerge et commence à maîtriser et valoriser ses propres ressources en énergie. La façon dont elle les répartira, sur un plan international, prend donc un sens politique nouveau. En même temps qu’elle facilitera ou non le développement de certaines régions du monde, elle rétablira sa position de grande puissance globale et elle impactera directement l’objectif de contrôle voulu par Washington. Les pipelines de Poutine, qui partiront de Sibérie et traverseront la Mandchourie seront ce que les trains de Staline, chargés de canon, ont été à une autre époque. La War on Terror est davantage l’écran de fumée d’une autre guerre, beaucoup plus préoccupante, et dont les enjeux dépasseront les quelques dommages collatéraux produits par les actions, même spectaculaires, de quelques martyrs fondamentalistes.

Les prémices d’une conflagration lourde se mettent en place sous nos yeux et rien, dans l’histoire de l’humanité, ne permet de penser qu’une quelconque sagesse politique saura arrêter le mouvement. Un changement de majorité à la chambre des représentants, au congrès ou à la Maison Blanche ne modifiera pas cette réalité : républicaine ou démocrate, l’Amérique veut dominer, pour sa sécurité et pour le bien de la planète… malheureusement, elle n’est pas la seule.

Prends l’oseille!

oseille.jpgLe rapport d’enquête de Dominique Tian (Groupe parlementaire UMP) sur les fraudes de l’UNEDIC sera remis en décembre au gouvernement, au moment où la campagne électorale entrera dans sa phase de crise. Et c’est une bombe.
L’affaire, pour des raisons mécaniques, dramatisera le débat sur les questions d’immigration et d’intégration. On sait aujourd’hui que la population immigrée, clandestine ou pas, est celle qui subit le plus lourdement la précarité. Là où la demande est la plus forte, l’offre, officielle ou maffieuse, s’organise. On sera vite tenté de mettre en évidence l’émergence de réseaux crapuleux qui permettent à une communauté donnée, solidaire parce que culturellement homogène, de tirer parti d’un système par ailleurs désespérant en matière de contrôle. L’article de l’Expansion (janvier 2006) qui dénonçait un « réseau turc » en est un signe avant-coureur. On aimerait d’ailleurs disposer de données précises sur les contrevenants aujourd’hui identifiés, afin de raisonner sur des faits, et non sur des perceptions. Les débats sur le net ont immédiatement embrayé sur le thème « à qui profite le crime ? » On ne s’étonnera pas des réponses…
On revient en tout cas au dilemme fondamental qui divise le monde politique français : d’un côté renforcer les contrôles et la répression pour maîtriser les abus, une position Sakozienne qui sera vite taxée de karchérisation de la solidarité, et de l’autre un recours aux valeurs humanistes de partage, vulgate traditionnelle de la gauche, un discours qui sera vite taxé de complaisance irresponsable. En la matière et en France, le discours pragmatique, raisonnable a du mal à exister.
Je crois à un contrôle très strict et à la sanction appliquée, afin de débarrasser du soupçon et de l’amalgame ceux, individus ou communautés, dont l’intégration harmonieuse est devenue une urgence nationale.
La position de Nicolas Sarkozy est claire sur ce point, celle de la gauche aujourd’hui très floue, en dehors de timides et éphémères prises de positions sécuritaires de Ségolène Royal
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Lyrisme et Glamour

gautier.jpg« Il existe un Hollywoodisation irréversible de la politique en France, qui soulève une question capitale : les qualités nécessaires pour être un bon candidat sont-elles celles nécessaires pour être un président efficace et respecté ? » écrit Dominique Moisi (Financial Times, 13 octobre).
Que peuvent la vulgate gauchisante de Fabius, l’hésitation crypto-libérale de Strauss-Khan, le lyrisme pompier et républicain de Sarkozy contre une femme élégante, jusque là parfaitement creuse, mais que Jean-Paul Gautier se propose d’habiller.
Les sondages ont parlé, les primaires socialistes donneront une tendance, l’élection une réponse à la question qui nous taraude:
En politique comme ailleurs, être people ou cesser d'être ?

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irm2.jpgIl va falloir avoir une idée par jour… Se creuser. C'est là que ça commence, dans ce foutoir de fils et de trucs. En tout cas ce qu'il en reste… Pourvu que ça tienne. C'est donc au champignon gris que ceux que ça agace devront s'en prendre. Mais pas seulement, bientôt une radio des coronnaires.
Qu'ils soient critiques ou approbateurs, faites vos commentaires généraux sur ce blog.
La maison ne censure pas.

NON au débat d’idées!

lumiere.jpgDans un bel élan et fidèle à la tradition politique française, une grande partie de l'appareil socialiste a volé au secours de la victoire et s'est rassemblée autour de Ségolène, montrant une fois encore à quel point le "jeu des acteurs" prime sur le "débat d'idées". Puisqu'elle est supposée ne pas en avoir, et ne fait rien pour démontrer le contraire. Arnaud Montebourg sera-t-il Garde des Sceaux par évaporation idéologique ?
Pendant ce temps, les tontons flingueurs de Jacques, qui ont une véritable vision politique à long terme, se pré-positionnent avec discipline pour 2012.

Les deux camps revendiquent l'héritage des Lumières. Ca rassure.

L’armée française réhabilitée par le PS

soldat.jpgLu à la page 94 du Projet Socialiste pour la France: "Dans le même ordre d'idée, il faut concevoir une profonde rénovation du statut des militaires, susceptible de les reconnaître à la fois comme professionels responsables et comme citoyens".
Ca va faire du bien dans les casernes, jusque là peuplées d'anachistes dilletantes irresponsables.

Merci François

Conviction et courage, opinion et sondage

Ségolène Royal sur l'entrée de la Turquie dans l'UE: "Mon opinion est celle des Français". Le référendum parlera donc pour elle. Ainsi la condidate confirme-t-elle sa volonté d'être un phénomène d'opinion, une pensée docilement évolutive, en somme, qui bouchonnera sur tous les conservatismes populaires. D'où vient donc cette manie qui consiste à confondre plébiscite et démocratie? A ce jeu, la France n'aurait pas aboli la peine de mort. A ce jeu, elle a bloqué l'Europe, pour longtemps. Juste la différence entre action politique et image de marque.

Les arbitres de l’expertise

graph.jpgCe matin, les sondages: Ségolène Royal est plus crédible que DSK sur les questions économiques pour une majorité de français. La position de Pierre Moscovici, DSK-freak, "Les sondages disent n'importe quoi!". Ma position: "Une majorité de Français dit n'importe quoi…". Par un effet de capillarité sentimentale, Royal se voit ainsi créditée de vertus qu'elle n'a pas.
La campagne se jouera bien sur l'image. Lobotomie télévisuelle progresse plus vite et frappe plus fort que la maladie d'Alzheimer.

La France sur l’oreiller

On s'inquiète souvent du bureau de "C", qui jouxterait celui de Nicolas au ministère. Mais si Ségolène passe, François sera dans son lit, à lui sussurer chaque nuit son propre programme pendant qu'elle rêve.
Qui s'en inquiète? 

Tu quoque!

dague.jpgFrançois Fillon, dans le journal du dimanche, 8 octobre 2006: "Je me souviens des divisions de 1981 qui ont abouti à l'élection de François Mitterrand. Les français ne peuvent plus supporter ces jeux-là". François, d'où te vient cette idée qu'il les supportaient alors? Ils les ont subies, c'est tout. Et vingt-cinq ans plus tard, la stupiditié vindicative et intra-familiale des mêmes acteurs bat son plein, à droite comme à gauche, sauf au Front National qui pourrait une fois encore s'imposer comme arbitre au premier tour et ouvrir une voie royale à l'un des candidats.