Rupture républicaine

marianne.jpgOn peut s’agacer en lisant le discours de Nicolas Sarkozy à Périgueux. Il est tout plein de la pompe républicaine française. A quand sa dissertation sur Jaurès ? L’auteur y prône les valeurs de la république… mais de quelle république ?
Celle de la Chine, de la RDA, du Chili de Pinochet, de la Corée du Nord, de l’URSS ? La république, en soi, est une modalité de gouvernement, pas plus. On y met ce que le pouvoir en place veut y mettre.
Alors ? Alors sans doute parle-t-il de la république française et de ses valeurs propres : liberté, égalité et fraternité. On en rêve. Mais on dit que la littérature prolifère dans les failles de la société. Nous produisons du discours là où nous avons mal, là où nous sommes faibles, là où un manque est à combler. C’est sans doute pour cela qu’elles sont au fronton des mairies, pour ne pas les oublier, pour rappeler ce vers quoi il faudrait tendre.
La liberté, l’état (de droite comme de gauche) la déteste et le peuple s’y est habitué, finalement à l’aise dans ce contrat social où providence s’échange avec dépendance. Le libéral - pardon my French - est un ennemi de classe, qu’il soit commerçant, entrepreneur ou « profession libérale ». L’Etat l’entrave et le traque du mieux qu’il peut. Seuls sont reconnus le fonctionnaire, le salarié et le chômeur, facilement contrôlables. Dépendants.
L’égalité, lentement transformé en nivellement auquel seules échappent une élite républicaine et une administration qui vivent à l’abri de privilèges anachroniques. A quoi sert le rapport de la Cour des Comptes sinon à montrer que certains peuvent gâcher l’argent public et n’être pas sanctionnés. Réaffirmation d’un privilège dont ne dispose pas la société civile, mieux contrôlée, et donc beaucoup plus « éthique » que la sphère publique.
La fraternité, parlons-en ! Où est-elle dans ce mélange d’égoïsmes corporatistes, dans la haine que se vouent Ambert et Issoire, dans Londres contre Vichy, dans l’histoire récente des juifs de France, dans ce pays qui sait si peu ce que solidarité veut dire qu’il lui faut inventer un « ministère » pour qu’elle s’impose, qui – sous prétexte de répartition - fait de son institution fiscale une police financière au service d’une administration pléthorique et dispendieuse.
On en rêve donc, de les voir appliquées, ces valeurs. Mais cela veut dire, à l’instar de bon nombre de (vraies) démocraties européennes (pour la plupart des monarchies constitutionnelles) de sortir d’un axe droite-gauche obsolète et maladroitement déplacé trop à gauche depuis 1974 et d’aller vers un social libéralisme que beaucoup appellent de leurs vœux, des deux côtés, et que détestent les « archaïques » (Fabius et la gauche marginale, les Mao-verts de la Mairie de Paris, Villiers et ses souverainistes et le Pen et ses nationalistes).
Les politiques sont aujourd’hui prisonniers du damier qu’ils ont construit. La campagne du référendum l’a bien montré qui a fait s’afficher en première de couverture un François Hollande et un Nicolas Sarkozy défendant une cause commune sur cet axe.