Héros, programmes et langue de bois

alexandre.jpgQui a lu le projet socialiste en a vu les limites, celles d’une synthèse bâclée de fin de congrès où chaque poncif annonce le suivant, sans jamais décevoir… Mais justement, qui l’a lu ? Qui avait lu la Constitution Européenne ? Qui a lu les positions de Nicolas Sarkozy sur la recherche, sur l’éducation, sur le reste… patiemment distillées depuis deux ans dans la presse ? Et qui va voter ?
Il n’y a guère que Fabius qui crée la surprise en s’engageant tactiquement à appliquer un programme auquel ne croit sans doute pas plus que les deux autres. Mais finalement, qui en veut aujourd’hui à Mitterrand d’être allé au Bundestag défendre l’installation des fusées Pershings de l’OTAN face aux SS20 soviétiques quelques années après avoir scellé l’Union avec les amis français de Moscou ? Les programmes valent pour ce qu’ils sont. Chirac, expert, n’a-t-il pas dit que les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent ?
Toute la beauté de la langue de bois est là. Celui qui parle sait qu’il ment. Celui qui écoute sait que celui qui parle ment. Celui qui parle sait que celui qui écoute sait que celui qui parle ment. Dès lors, le discours, vide, rituel, tribal, n’est qu’une garantie qui conforte chacun dans son camp et dans sa position : l’Elu dans son impunité régalienne, l’électeur dans son droit à la providence que lui offrira son champion. Un bon deal.
« Après moi, le chaos… » disait de Gaulle, qui nous a légué une république taillée sur mesure pour accueillir des héros visionnaires qui "sont" leur propre programme. Où sont les héros ?