Le bruit des cités

senghor.jpgAu cours d’un conseil des ministres de 1963, inquiet du flux qui attire en France des dizaines de milliers de travailleurs immigrés, effort de construction oblige, de Gaulle questionne : « Qui, autour de cette table, mesure les conséquences à trente ans ? » (A Perfitte ; C’était de Gaulle)). Silence autour de la table. Silence pendant 40 ans… Aujourd’hui, le bruit.
La carte politique française est absurde, qui oppose depuis vingt ans répression à droite et action sociale à gauche, au lieu d’en combiner les effets, privant l’un et l’autre camp d’une moitié de la solution. Lorsque Ségolène Royal évoque la répression et la police - voire l'armée-, on se pâme à gauche et on rigole à droite, si Nicolas Sarkozy se met à parler de dialogue et d’éducation, on s’inquiète à droite et on se marre à gauche. Le grand absent est le discours raisonnable.
Le modèle d’intégration républicain a été pensé à une époque où l’école est laïque, forte et autoritaire. Il offre à un individu, démarqué mais dépositaire de sa culture d’origine, la possibilité d’intégrer une espace dont les normes et les règles lui sont inculquées sans compromis culturel. Au cœur du dispositif est la langue. Et Léopold Senghor, (Président du Sénégal, Grand-croix de la Légion d'honneur, Grand-croix de l'ordre du Lion du Sénégal, Grand-croix de l'ordre national du Mérite, Commandeur des Palmes académiques, Commandeur des Arts et des Lettres, Médaille de la Reconnaissance franco-alliée 1939-1945, Croix de combattant 1939-1945), chantre de la négritude, était aussi agrégé de grammaire.
Parce qu’il est fondé sur l’individu, ce modèle ne répond pas au grand nombre. La problématique intercommunautaire est d’une autre nature. Elle favorise l’émergence de sous-cultures actives dans de petites communautés géographiquement rassemblées, qui déterminent leurs règles internes et dont les frontières sont, par définition, conflictuelles puisqu’elles échappent à la norme nationale. N’oublions jamais que la culture est un phénomène d’abord négatif. Une culture se forme, une communauté se rassemble, pour se défendre de menaces externes, et elle établit les règles de sa propres survie, particulièrement dans un environnement économiquement précaire. Dès lors, toute intrusion externe débouche sur la violence.
Aujourd’hui encore, du fait de la fragmentation administrative et du clivage politique, répression et intégration ne sont pas correctement articulées (hormis le plan Borloo, qui est une nouveauté) et les candidats sont prisonniers des stérotypes de leur camp.

Commentaires (1) to “Le bruit des cités”

  1. pas convaincu par certains enchainements dans le propos :
    - silence pendant 40 ans ? certes, comme sur d’autres tabous. mais accord parfait droite-gauche sur ce sujet … d’ou mon incomprehension de la liaison faite, dans la suite du propos, avec le clivage droite-gauche. d’ailleurs, depuis quand le discours sur l’immigration est-il degele ? depuis que les banlieues brulent ? pas vraiment, elles brulaient avant deja. ne serait-ce pas depuis un certain 21 avril 2002, qui ebranle le consensus droite-gauche ?
    - “la carte politique francaise est absurde qui oppose …” ? de quoi parle-t-on ? de quelle carte politique s’agit-il ? d’une representation imaginaire ? si on se refere a la realite, la droite n’est pas “repressive”, qui n’a de cesse de se faire accepter par les censeurs intellos de gauche, la droite n’a de cesse de se montrer “sociale”. la social-democratie qui semble desirable est portee par la droite francaise. sans la gauche ?
    - l’absence de discours raisonnable ne vient pas tant de ce qu’il est hemiplegique (certes il l’est, notamment a gauche), mais de ce qu’il ne tient pas compte de la realite. il est schyzophrene par ideologie, par conformisme. c’est la grande peur des bien-pensants version annees 80, et on n’en sors que tres lentement.
    - le modele republicain et l’ecole et la langue : oui. ce qu’il l’a fait tomber n’est pas tant le poids du nombre que l’ideologie revolutionnaire a la sauce soixante-huitarde. la langue est par essence “reactionnaire”, parce qu’elle ne se plie pas aux desiderata des nouveaux Saint-Just, parce qu’elle n’est pas cree par eux mai au contraire vient d’ailleurs, de loin, parce qu’elle est organique et ne procede du constructivisme revolutionnaire. d’ou le desir de tous les regimes totalitaires de modifier la langue, de la courber, de lui faire rendre “l’ame”. la langue est bien un indicateur. l’ecole egalement, pour les memes raisons, bien exposees par Philippe Raynaud par exemple. le pids du nombre, l’effet mase ne fait que rendre apparent, ou facilite, un mouvement plus profond a mon avis.
    - la culture, parce qu’elle rejette la difference, suscite la violence ? c’est peut-etre vrai de la “culture” tribale … mais pas lorsque cette culture favorise l’ouverture a l’etranger, ce qui est le cas de la culture francaise classique. peut-etre s’appelle-t-elle alors civilisation, comme dirait Norbert Elias.

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