Le coup de Jarnac

santiago.jpgC'est l'été au Chili, le soleil est plein nord et il donne. Ca va.
Elle a cinquante quatre ans, mère de famille non mariée, elle élève ses trois enfants. Elle est fille de militaire et d'un tempérament rebelle. Elle est socialiste et s'est vite engagée en politique dans un pays plutôt catholique et conservateur où les femmes sont peu nombreuses à passer le plafond de verre. Elle été ministre au sein des gouvernements de coalition centre-gauche qui ont dirigé le pays depuis la fin de la dictature, en 1990. Elue présidente du Chili en janvier 2006, après une campagne interactive au cœur de laquelle son Blog personnel a joué un rôle clé, Michelle Bachelet dit d'elle-même: "Je suis socialiste mais j'ai de nombreux chapeaux. Je n'étais pas un ministre socialiste, j'étais ministre de tous les Chiliens. Je serai présidente de tous les Chiliens".
Ici, on se souvient vaguement du voyage éclair de Ségolène, déjà haute dans nos sondages français, venue soutenir Michelle pendant sa campagne et posant timidement les premières briques de son image internationale, pendant que ses camarades du PS se rassemblaient à Jarnac autour des cendres du Grand Oncle…
Depuis l'Asie, où elle était en voyage, Michelle a félicité et apporté son soutien à la candidate désignée du PS.
Conspiración!

Image: Santiago, en ville

Ségolène, the living blog

ampoule.jpgIl existe une règle immuable qui détermine de succès d'une conférence dans l'esprit de ceux qui y assistent: celui ou celle qui se lève et pose une question s'en souvient toujours mieux que de la réponse qu'on lui fait. Et du reste de la conférence, d'ailleurs. "Elle était bien ma question, hein?" La deuxième conséquence est accablante de logique, le questionneur, debout, son micro balladeur en main, est publiquement reconnu et considéré par le conférencier qui est l'autorité du moment. Il l'aime donc davantage en quittant la salle qu'en y entrant. Surtout si la réponse est douce.
C'est ce que semble avoir compris Ségolène Royal dans l'extraordinaire moisson de conneries - pardon d'idées - qu'elle dit vouloir faire remonter pendant la campagne et qu'elle a d'ailleurs initiée sur son Blog, Désir d'avenir. Le bêtisier de la sécu et celui des assureurs sont enterrés.
Ainsi, Plumplum propose de "soutenir le droit des Belges, des Suisses ou des Burkinabés ou tout autre nation petite à réclamer un droit d'ingérence sur la politique des "grands". Le mal que ce droit impérialiste soi-disant humanitaire a entrainer(sic) est immense." Oui, Plumplum, get a point, pourquoi une bonne délégation de Sénoufos burkinabés ne pourraient-ils pas simplement imposer aux Etats-Unis le respect du protocole de Kyoto. A moins qu'ils ne fassent là un mal immense… enfin, je ne sais plus. Mais Java14 a pour résoudre le désastre carcéral français une bonne idée très nouvelle qui va plaire aux militants: "J'ai entendu que vous attendiez des français qu'ils vous donnent des idées pour la campagne. Je suis contente que pour une fois un politicien nous demande notre avis. Alors voilà mon idée : Pour résoudre le manque de prisons en France, pourquoi ne pas les privatisées (sic) ? Cela palierait (sic) au manque de place actuelle (sic) en permettant à des investisseurs de créer de nouvelles prisons."  Merci, Java, merci. On va en discuter et tout.
On peut rire. C'est vrai. C'est facile. On peut aussi faire la chasse à la Perle Royale sur le site, mais au fond Ségolène a raison. Rappelons-nous la loi, la question, la contribution vaut davantage que la réponse. Lors des déplacements de la candidate, on dispose des boîtes à idées, comme dans les cantines du primaire pour faire manger les petits… Voyez Java14, elle le dit, elle est contente. Elle est sûre qu'on l'écoute et son petit poulet sur les prisons a maintenant autant de valeur que son bulletin de mai.
Ne rions pas, et surtout méfions-nous de notre propre ironie. Chaque proposition insérée dans l'urne - soit-elle la plus bête - est une brique de tendresse supplémentaire dans cette campagne toute fondée sur le vertige sentimental, et préfigure le vote de mai.

Vu de Chine

ltous-bleu.jpgLi Han vient de Shanghai. Elle est depuis un an à Paris pour boucler ses études commerciales. Elle ne parle pas français. Je lui demande qui l'a le plus frappée en arrivant à Paris. Elle sourit, gênée. Puis la réponse vient: "Tout d'abord, toutes ces races mélangées, ça fait peur… au début je n'osais pas sortir, surtout le soir…". Quoi d'autre? "C'est incroyable, ici, les gens ne travaillent pas le dimanche…" Bon, mais encore? "Personne ne parle anglais!". Oui, encore quelque chose? "L'administration, pour nous, c'est pire qu'à Shanghai…"
Bon. Bonne synthèse. La France n'a pas réglé son problème de diversité, mais il est encore plus criant pour quelqu'un qui n'en a jamais fait l'expérience, négative comme positive. Oui, le droit du travail est aujourd'hui figé et décalé, en tout cas tel que la compétition avec l'Asie se traduit par le désastre que l'on sait. En effet, l'apprentissage des langues est médiocre ici, et cela ne s'arrange pas. La France perd régulièrement des places sur la pratique de l'anglais, et l'école et l'université font l'objet de débats sans fin, et sans action… Quant à l'administration - outre le fait que le monde entier nous l'envie – il lui reste quelques marges de progrès. Un euphémisme.
Amusant, en tout cas, de voir livrés par une jeune chinoise de vingt-cinq ans, presque dans l'ordre, les problématiques qui sont au cœur du débat politique aujourd'hui.
Quand je lui demande ce qu'elle a aimé, dans ce paysage un peu morose - juste pour me remonter un peu le moral -, elle n'hésite pas un instant. "La vie est facile, ici, tellement facile par rapport à la Chine. Et puis Paris, c'est tellement beau, tout cette histoire, c'est vraiment inspirant…"
Elle espère trouver un job et rester dans la capitale. Le rêve ne s'est pas évanoui. Prions pour que nos prochains gouvernants aient le courage des mesures qui permettront de le financer longtemps, car il est fragile et nous y tenons tous, d'où que nous soyons.

La rupture a eu lieu!

rose.jpgLa pensée libérale progresse en France. Quinze ans après les autres. Un sondage La Tribune - IPSOS montre quelques surprises. Pour 54% des français, aller vers plus de libéralisme est une bonne chose, avec une pointe à 60% pour les jeunes et 50% chez les fonctionnaires. La rupture libérale, prônée par la partie la plus progressiste de la droite, aurait-elle eu lieu à gauche, illisible sous le discours convenu des politiques et celui, paresseux, de la presse?
Elle expliquerait soudain le décrochage – et l'erreur de stratégie – d'un Laurent Fabius au cours des primaires. L'attaque frontale contre la "spirale libérale" - qui s'appuyait sur une analyse incomplète de l'échec du référendum -  n'a fait recette ni chez les jeunes, ni chez les mystérieux nouveaux adhérents. Ils ont sans doute vu dans "l'imposture crypto-blairiste" de Ségolène Royal une réponse pragmatique et sensée à la situation de la France (jugée déclinante par 54% des Français). Son intuition aura été la bonne, celle de choisir une voie que l'aveuglement dogmatique des anciens rendait tabou, qu'il s'agisse d'économie, de durée du travail ou d'insécurité. Quant à la notion de rupture, elle est acceptée par 48% des français, le plus haut score.
Ainsi c'est au sein même du PS que se fait aujourd'hui la rupture, entre ceux qui se demandent "ce qu'ils vont faire", et ceux qui embarquent sur le navire de la Royal. Sommes-nous pour autant débarrassés de cet absurde anathème qui faisait que toute évolution de nos mentalités en faveur d'un peu de dérégulation était immédiatement suspectée d'ultralibéralisme? Est-ce enfin l'émergence d'un discours raisonnable, sans cet "ultra" qui bloque tout et enferme chacun dans sa propre caricature ? Nous verrons pendant la campagne… L'entrepreneur, cet ennemi de classe, qu'il faut entraver et briser à tout prix, pourrait même devenir un acteur positif du système comme le montre également l'étude. Les grandes entreprises, elles, subissent encore le poids de vingt années de délocalisations et de réductions d'effectif. Pourtant, 57% des français sont favorables à un assouplissement des règles en matière d'embauche et de licenciement…
Ce que la droite libérale et modérée appelle de ses vœux s'accomplit et lui donne raison, mais Nicolas Sarkozy saura-t-il en exploiter le mouvement quand Laurent Fabius aura opportunément rejoint Jack Lang dans le chœur social-libéral des Ségo Boys?
La 7ème mort du prince.

A contre rôle?

malraux1.jpgOn aime ou on n'aime pas Sarkozy. Affaire de goût, affaire d'option politique. Mais reconnaissons-lui, depuis des années, un langage clair, assez direct et factuel - parfois un peu provoquant avec les conséquences que l'on sait - mais en tout cas assez inhabituel dans une tribu qui a pour principe d'éviter les réponses, de surfer sur la litote et de parler pour ne rien dire. En tout cas un langage qui convainc ceux qu'un peu plus de pragmatisme et de libéralisme attire, et qui insupporte - à droite comme à gauche - ceux qui les réfutent et préfèrent un sentimentalisme utopique et le déni systématique du réel. Ainsi, même confronté aux chiffres les plus indépendants, le projet socialiste – très fabusien - persiste-t-il dans son refus de reconnaître le déclin du pays dans l'ensemble européen. Match nul! Criait le chevalier de Monty Python après s'être fait trancher bras et jambes par son adversaire en combat singulier. S'ils veulent un scénariste…
Rien n'est moins séduisant, n'est plus encombrant que les faits, que le réel. Si, peut être, le présent. Et rien n'est plus séduisant qu'un désir d'avenir. Sarkozy a donc décidé de changer de braquet en voyant s'échapper Marie-Ségolène. Depuis Périgueux, son discours a évolué et s'est mis à sonner comme une fanfare du 14 juillet. Une emphase républicaine qui fait qu'à chaque nouvelle intervention on s'attend à voir les cendres de Jean Moulin transférées une fois encore au Panthéon. Mais n'est pas Malraux qui veut. Ca se saurait. N'est pas de Gaulle qui veut, comme on l'a vu depuis quelques années. Remplacer la sécheresse d'un discours trop précis par l'héritage des Lumières, ça n'est pas de nature à contrer l'empathie hésitante de la concurrente. Nicolas file un très mauvais coton.
On apprend par Le Monde que l'auteur de ses discours a été, en d'autres temps, l'inventeur de la "fracture sociale", chère au président. Sans doute un cadeau de l'Elysée. "Prenez-le donc Nicolas, ce type est plein d'idées."
Vignette: André Malraux, transfert des cendres de Jean Moulin

Un mot sur les femmes… un risque.

medicis.jpgPersonnellement, je n'avais pas remarqué que l'un des candidats des primaires socialistes était une femme, ce qui fait que si j'avais voté, je l'aurais fais sans contrainte de genre, en toute liberté, sans déphasage œdipien. Pour moi tout cela n'a aucun sens. Je ne reconnais que la compétence, la vision politique,  la rage de convaincre. Mais j'ai lu l'éditorial de Michèle Thouvenot, dans le Journal du Dimanche. Mieux fait de rester au lit. Ou de mitonner un pot-au-feu. Ou de faire un peu de ménage. A quoi sert le dimanche?
En apprenant le score, sans doute a-t-elle bondi, Michèle, s'est-elle mise à courir dans les couloirs du journal, bras tendus vers le ciel, les yeux révulsés, la bouche grande ouverte sur un cri sans fin, comme Ribéry quand il en colle un dans la lucarne. Et de s'en prendre aux hommes "cohorte de fantômes agitant lugubrement leurs nouvelles chaînes", et même à ce pauvre Jack Lang – ça, ça fait débat – qu'elle taquine gentiment en le taxant de "danseur de tango mondain à la retraite, le visage rétréci, comme passé dans une lessiveuse". Soft. Pas du tout mesquin. Qui peut encore en vouloir à Jack Lang?
D'où vient cette idée qu'un pouvoir donné aux femmes ouvre automatiquement sur une ère d'aménité compassionnelle et de compréhension? Golda Meir, Thatcher, Marie-France Garaud, Indira Gandhi, Madame Mao Zedong, les preuves ne manquent pas de l'infinie douceur des femmes au pouvoir. Quant à la vie édifiante de Catherine de Medicis… Et ce pauvre Rouillan qui faisait le guet quand Nathalie organisait la succession à la tête de Renault, au calibre 45. On dit de Ségolène qu'elle n'est pas la plus câline d'entre elles. Tout porte donc à croire que le monde bouge, au moins en occident, qui passe alertement d'une phallocratie de bas étage à une vague gynocratie du même palier. Ainsi, nul n'échappe au transport amoureux.
D'ailleurs le mot est sur toutes les lèvres carmin "Comment elle les a baisés, les éléphants!" Une affaire de désir. D'avenir.

Vignette: Catherine de Medicis

Léon Trotsky était un homme…

leon.jpgCourts-circuits.
On sait maintenant que Ségolène Royal a gagné parce qu'elle est une femme (sondage JDD). Encore cette singularité française qui veut que l'élection présidentielle soit "la rencontre d'une homme avec le peuple".
Ca n'est pas tout. Au moment où 66% des "jeunes" sympathisants PS pensent qu'un "encadrement des jeunes délinquants dans des centres gérés par l'armée" serait une bonne chose  (échantillon sondage IFOP pour le JDD), où 78% des mêmes pensent que "la régularisation des immigrés devrait être accordée au cas par cas", à ce même moment donc, Libération, camp retranché de la rue Béranger, vote Rothschild et renvoie Edwy Plenel dans une semi clandestinité qu'il n'aurait sans doute jamais dû quitter, pour ne pas dire l'oubli, où s'étiolent quelques vieux amis trotskistes, ceux du moins qui ont raté leur reconversion dans la pub et les médias people.
Ségolène, qui est une femme, et Nicolas, qui n'est pas une femme, ont fait bonne pioche! Laurent, qui n'est pas une femme, mauvaise pioche. Sales jeunes! Le navire gîte sur sa droite. Laurent Fabius  pourra en parler avec Clémentine Autain qui comme lui défend la gauche de la gauche anti-ultralibérale, et pense, avec une logique implacable que la cause du désastre universitaire tient précisément à l'ultra libéralisme. Ca va de soi. On fait immédiatement le lien. Mais Clémentine est une femme, donc, motus.
Pendant ce temps, Laurent Joffrin, un homme,  promet à sa nouvelle équipe gagnante que le nouveau Libé aura "la révolte (pour) fond de décor permanent." Ouf. On se sent mieux.
On reverra les unes généreuses et républicaines, du type "tous à la manif", avec l'incontournable manifestante - une femme - brandissant sa banderole perchée sur les épaules de son copain - jamais l'inverse - les seins nus dans le meilleur des cas, bardée d'autocollant CGT-SUD-FO, comme Schumacher un jour de victoire.
Alors podium et champagne pour Ségolène.
Adieu Léon.

marteau.jpg

Machiavelle?

machiavel.jpg"Il perd, celui qui sait ce qu'il va faire s'il gagne. Il gagne, celui qui sait ce qu'il va faire s'il perd." Ecrivait Machiavel. En louvoyant dans ses incohérences, en revenant sur ses propres positions, en laissant le Projet Socialiste là où il mérite d'être, en oscillant entre cœur et matraque, entre Blair et Jaurès, entre uniforme et tablier, entre poujadisme populiste et pathos visionnaire, Ségolène Royal a brouillé sa propre carte et fabriqué un espace flou sur quoi chacun peut se projeter, puisqu'on n'y discerne rien à quoi s'opposer. Hasard de l'inconsistance ou intuition politique? On ne sait pas encore. A quoi bon s'entraver de promesses que la réalité renverra à ce qu'elles sont, les mots d'une campagne. On sera social-libéral, comme les autres, dix ans après. Mais ce que Ségolène confirme, avec le charme du Maître, c'est l'héritage. Elle est bien Sa seconde fille. Il ne lui reste qu'à fleurir la tombe du Maréchal.
"Il gagne, celui qui sait ce qu'il va faire s'il perd". Oui, il le sait, Chirac, qu'en fabriquant la défaite de Sarkozy, en l'affaiblissant, en lui faisant mordre la poussière - à ce nabot variqueux, cette hyène bonapartiste, ce Rastignac de Bohème - lui et les siens auront cinq ans pour purger le parti de sa gangrène et contraindre les militants à rechausser leurs godillots… Mais Nicolas n'est pas Valéry et le combat n'aura pas l'élégance du précédent. La leçon de croche-pied, il l'a vécu à l'époque, de l'intérieur. Et la tâche sera rude. Il faudra que MAM rappelle ses chars et rejoigne la caserne, il faudra que Debré rentre ses flingues et que Dominique retourne à ses quatrains. Ca n'est pas gagné.
La politique reste bien un calcul à base de haine.
Rassurant.

“Moi, Antonin Artaud, asile de Rodez, je vais assassiner toute la terre!”

artaud.jpgLa Bibliothèque Nationale de France rend hommage à Antonin Artaud. Mort, sexe et folie sont au cœur de son œuvre. Elle est donc moderne. 
En décembre 1931, il écrit "Et en somme si nous ne pouvons pas préciser, si nous nous trouvons tellement incapables de préciser le malaise du théâtre, c'est que nous manquons de repères au milieu de cette progression croissante mais généralisée qui entraîne le monde, tout notre monde occidental vers sa chute et son évanouissement." On serait tenté de remplacer théâtre par télévision, par cyberspace, par web et de questionner ces outils qui façonnent et agglomèrent une foule d'un genre nouveau, des outils pour lesquels nous n'avons aucun repère.
Artaud parlait de magie pour le théâtre, nous avons celles des médias et de la toile. Tous, depuis des années tournoient au-dessus de la même charogne, un Interdit, un moment de permissivité ultime où la mort pourra (enfin) être montrée en direct, mais gratuite, produite, éclairée, sonorisée et sponsorisé, donc parfaite, à même de faire gicler ce qu'il faut d'hormones pour bien jouir dans la pénombre du salon. Le web, moins contraint que les médias institutionnels, s'en est chargé. Elle est là, sur des milliers de sites, fortuite, accidentelle et bientôt mise en scène. Elle est là, normale et bienveillante dans les pages des romans primés. Alors que le souvenir des kamikazes japonais de la deuxième guerre mondiale provoquait la stupeur, longtemps après reddition de l'empereur, lève-t-on encore un sourcil pour ceux de Bagdad, comme on le lève quand vient le bulletin météo?
Artaud, avec cet œil des profondeurs, disait que le théâtre du futur serait celui des poseurs de bombes… Il disait aussi "Il faut suivre la foule pour la diriger. Lui tout céder pour tout lui reprendre."
Dans les deux cas, nous y sommes, et qu'entendons-nous d'autre?

Des airbags dans les avions!

aubade.jpgOui, des airbags, enfin, c'est l'information clé de ce matin. Avec la victoire de Ségolène Royal, et une visite aujourd'hui même des travailleuses d'Aubade à la candidate fraîchement désignée. Elles sont voisines. Je suis fasciné. On pourrait croire à un collage hasardeux, la juxtaposition sans fil directeur d'une actualité multiforme. Il n'en est rien. Non, derrière tout cela une grammaire implacable.
A moins que le jet ne se crashe en haute montagne, l'airbag – réservé à la classe affaires -  sera là si Ségolène rate l'atterrissage. Il le sera  pour DSK au moins, qui voyage en Business comme n'ont cessé de le répéter ses détracteurs. Laurent Fabius, rassemblé à gauche en classe économique avec les antilibéraux ira, lui, planter ce qui lui reste de canines dans le dossier ramené en position verticale de son voisin de devant. Et s'il s'en sort, pourquoi ne pas aller faire un peu de conseil en Biélorussie.
Quant à la candidate de l'image et du glamour, elle va rencontrer les travailleuses d'Aubade – une entreprise de salauds de libéraux qui préfèrent délocaliser que de fermer boutique -, une entreprise qui, justement, a si bien communiqué qu'elle est aujourd'hui mieux connues pour ses Leçons de Séduction que pour ses produits, pour son image que pour sa lingerie. Un avatar déjà subi autrefois par Charles Jourdan quand la marque ne vendait plus ses chaussures, mais forçait l'admiration pour ses campagnes et les photos de Guy Bourdin.
Ségolène et Aubade, un partenariat Royal qui fait du sens, une vraie leçon de séduction qui fait jaunir en une nuit les pages d'un projet socialiste dont Henri Weber disait ce matin sur BFM qu'il était LA plateforme de rassemblement, une plateforme largement inspirée par Laurent Fabius. Autant dire, morte.

La beauté du mesonge

campbell.jpgJacques Séguéla, base-line hero parmi les siens, dit aujourd'hui: "Ségolène c'est l'ordre juste, Sarkozy, c'est juste l'ordre". Vertu hypnotique du slogan, qui séduit davantage par sa musique que par son fond. Au point que sur la route des vacances, à la station-service, je ne choisis  jamais Vittel pour m'hydrater, une eau dont le slogan des années 70, Buvez, pissez!, me fait toujours craindre d'avoir à faire le vide avant le prochain plein…
François Mitterrand, être complexe, tenace et retors, rompu à la survie politique au point même de faire reculer son cancer et d'en diffuser les métastases dans les hautes sphères de l'Etat, avait bénéficié d'un paradoxal "La force tranquille", du même auteur, un slogan qui devait d'autant plus marquer les esprits qu'il célébrait l'inverse exact du produit. C'est là toute la beauté de la mystification, la puissance du mensonge ciselé, celle de faire acheter la principale faiblesse du candidat en l'éclairant de la faille principale de son adversaire. Oui, déjà à l'époque, on parlait de Chirac comme d'un agité.
A ce jeu, on peut donc s'attendre, sous le règne de Royal, à une confusion majeure aux conséquences économiques et sociales désastreuses, et avec Sarkozy quelques surprises en découvrant en lui une empathie réduite aujourd'hui à néant par le pathos royaliste. Mais Ségolène peut-elle être autre choses qu'un rêve d'avenir larmoyant d'enthousiasme? Sarkozy saura-t-il poser un jour sans qu'un képi et un barbouze ne le masquent au trois-quarts?

Blair à tout le monde

blair.jpgLe prurit anti-blair a frappé fort au cours des primaires. Blair, c'est tabou. Un type qui parle aux patrons… aux deux-cents familles! D'ailleurs, un type qui a réussi à gauche peut-il être vraiment de gauche? Ca serait une première. Car on sait que si Blair a trébuché, c'est moins sur sa politique économique que ses alliances stratégiques hasardeuses. "Le PS sait très bien que l'Europe est en grande partie social-libérale, mais il manque de courage, n'osant pas s'avouer que si nous gagnons la présidentielle, c'est cette voie-là qui sera mise en œuvre." Dit Jean-Marie Bockel, Sénateur-maire socialiste de Mulhouse, ans Le Monde Economie du 14 novembre. Un type vendu à DSK. Certes, c'est le cas de l'Angleterre, qui fait mieux que la France sur le PIB, le chômage, le poids de la dépense publique, la création des emplois de service, la position de ses universités etc. Mais c'est un gouvernement qui parle aux patrons… A quoi Stéphane Israël, conseiller de Laurent Fabius répond: "Nous défendons des valeurs de progrès social, éloignées du social-libéralisme dont on ne sait pas très bien à quelle doctrine il fait référence". Nous y voilà, Blair va à la messe sans son Missel. Pas de doctrine sinon celle du réel et des résultats… un crime de lèse-utopie. Un type de droite, en somme. Et si le projet socialiste tient lieu de doctrine au PS, alors oui, son conservatisme est affligeant et loin derrière les propositions de l'UMP en matière d'innovation.
On y revient, l'ouverture libérale prônée par une partie de la droite française aujourd'hui équivaut au social-libéralisme pratiqué chez les camarades socialistes européens depuis longtemps, et le projet socialiste (dont ils sourient ouvertement), ferait du pays la dernière "réserve" d'un bloc de l'Est aujourd'hui convaincu par autre chose. Un Plan B, en somme comme existent des Séries B, un parc unique à vendre aux Tours Operators pour les touristes du monde développé. Combien de riches américains pariaient cher pour assister en direct à un meeting d'Arlette ou d'Olivier.
JUST GREAT!

Tous au champ

angelus.jpgUn petit papier qui attire l'attention, dans le journal du dimanche du 12 novembre. Bernard Spitz, Maître des requêtes au conseil d'Etat, qui vient de publier le Papy Crash chez Grasset. Les 300€ annuels que pourront toucher les étudiants qui cherchent (désespérément) à se loger coûteront le double à l'Etat si est prise en compte la structure administrative qu'impose la mesure. Pour quel bénéfice? Or, l'afflux d'étudiants à loger aujourd'hui était prévisible par un simple calcul. Mais l'équipement n'a pas été construit. 
D'où vient l'incapacité apparente de l'Etat à prévoir? Qu'il s'agisse de cette petite mesure (électorale), ou du numerus clausus (plus grave) décidé pour limiter l'accès aux études de médecine, ou même de l'anticipation du problème d'intégration qui nous mine, entre autres, on est face à la même difficulté à prendre des dispositions pour l'avenir. Les grands programmes visionnaires sont derrière nous et les anticipations de moindre importance également.
Peut-être y a-t-il ici la conséquence du vieux fond paysan des français. Planifier au-delà d'un cycle annuel, de quatre saisons, à quoi bon… Ou bien d'un cycle électoral, peut-être. Et de toute façon, le résultat (la moisson) dépendra du temps… Les paysans ont beau n'être plus qu'une très petite minorité, parfois bruyante, ils n'ont jamais quitté l'inconscient collectif. Chirac a longtemps ramassé ses bulletins au cul des vaches, dit-on, et le simulacre moustachu et rural de Bové n'est pas rien dans son succès. Dans n'importe quelle réunion, qu'elle soit industrielle, politique, sportive… il y a toujours un type un peu plus con que les autres pour prendre la parole et dire "Moi, avec mon bon sens paysan…", comme si la pensée native des fermes de la Beauce ou d'Aquitaine avait une valeur universelle, était une réponse globale.
On faisait autrefois passer les ostensions dans les champs, pour bien disposer le Très-Haut, pour que le climat soit bon. Pourquoi ne pas les faire passer dans les rangs de l'Assemblée?

Le concordat…

Ségolène continue de braconner sur les terres de Sarkozy, et avec succès. Après avoir proposé l'armée pour les dialoguer avec les sauvageons, le peuple en jury pour réclamer son dû aux les élus incapables, elle veut mettre au travail la fonction publique…
Je suis d'accord avec Olivier (voir Chasse au mammouth). On peut être de gauche et n'avoir pas de complaisance avec les privilèges ou les dérives maffieuses du public, et continuer de faire confiance à la candidate. Est-ce un effet des nouveaux adhérents, qui ne sont peut-être ni fonctionnaires, ni profs? Mais cela marque bien le fossé qui se creuse entre la complaisance de l'appareil socialiste et l'exigence des sympatisants, c'est-à-dire ceux qui voteront aux deuxième tour des présidentielles.
Allez, un effort, il lui reste quelques jours pour remettre en cause les sur-pensions (un acquis social) des fonctionnaires qui ont le courage de s'expatrier et de prendre leur retraite à Tahiti…
Ségolène déshabille Nicolas. C'est courageux. L'inverse serait médiatique. Mais comment faire? C'est le plus gros risque de la droite…

Chasse au mammouth…

mammouth.jpgSégolène prend des risques. Des risques lourds. D'une part en mettant en œuvre le programme socialiste, elle saura bien mettre à genoux ce qui reste d'entreprises dynamiques en France. Mais pire, vipère blairiste crypto-libérale, en touchant au temps libre des fonctionnaires - dont les enseignants - elle va de surcroit déstabiliser l'économie sous-terraine du pays… Imposer 35 heures de présence aux professeurs des collèges, et non les 17 réglementaires? Mettre fin au soutien scolaire bien rémunéré que les profs du public livrent dans les institutions privées (honnies)?
C'est suicidaire, c'est imprudent, mais c'est courageux. Rendons-lui cette grâce.
Qui donc peut avoir facilité la diffusion de cette vidéo? Nicolas Sarkozy? Non, il serait plutôt d'accord. En quelques images, on voit que l'assistance encaisse. Ils ne sont UMP, on le sent. Non, seules les équipes des deux amis - tant respectés - de Ségolène ont un intérêt à faire frissonner l'échine d'un sérieux paquet de militants.
La morale est claire: comment peut-on être sincèrement de gauche sans cautionner les dérives complaisantes de la fonction publique?

Fine équipe…

teambuilding.jpgEntendu il y a quelques semaines, Gérard Longuet, ancien ministre, passé par le conseil, de retour au bercail, dans l'équipe de Nicolas Sarkozy. Gérard est enthousiaste. Ca se sent à son ton. Il vient parler à la radio d'une expérience unique: les consultants du Boston Consulting Group ont animé la première réunion du groupe de réflexion UMP qui doit poser les bases du futur programme du parti. "C'était formidable, dit le sénateur de la Meuse en substance, ils se sont écoutés…". Info reprise par Le Monde, qui nous révèle qu'un "semi miracle" s'est produit: "Les gens se sont vraiment parlés…". Luc Chatel (première circonscription de Haute Marne) est bouleversé: "Nous avons renoncé à dire oui mais… aux idées des autres pour dire oui et…". Emmanuelle Mignon (conseillère auprès de Nicolas), elle, a analysé ce qui s'était passé: "Nous avions des experts, des députés avec des idées, mais pas de méthode de travail".
Ce qui est consternant ici, ça n'est pas l'inefficacité et la confusion qui règnent dans la sphère publique et politique. On la connaît. En tout cas avant l'intervention salutaire du cabinet. Pas de poujadisme. Non, c'est la découverte enthousiaste par ceux qui ne risquent rien, des méthodes qui ont permis à ceux qui les financent indirectement - les entreprises - de survivre depuis des années. Nauséeux.
Comment ne pas rapprocher l'anecdote de l'abandon CENS (Centre d'édition numérique scientifique) par le CNRS. Ce projet de plateforme d'édition internet des documents produits par les laboratoires en matière de sciences humaines et sociales. En deux ans le projet est abandonné (lire les débats que le sujet suscite c'est édifiant). "Les acteurs n'ont pas réussi à s'entendre" (Le Figaro, 10 novembre). Ah, s'ils avaient su dire oui et… Le budget conséquent est perdu. Pendant le même laps de temps, le portail américain Oaister (Université du Michigan) met en ligne 8 700 000 références.
Vous avez dit rupture? Le mot est peut-être un peu faible.

Trop seul…

bruit-blanc.jpgD'après Google, 2 650 000 pages existent déjà, qui traitent de la campagne électorale. On ne dit pas combien sont lues. J'ai tout lu. Enfin, je crois… J'ai relevé plusieurs coquilles. Ma page est la 789 452ème. Je pense… Enfin, je me suis senti extrêmement seul, d'un coup. J'ai eu le sentiment d'être au Parc des Princes, un soir de finale OM-PSG et, dans la demi seconde hurlante qui suit le premier but des parisiens, de murmurer très doucement dans leur tribune "Finalement, je trouve que Balladur a de bons côtés, et vous?…".
Tout le monde s'accorde pour dire que l'internet et les blogs vont avoir sur les élections une incidence réelle, profonde. C'est certainement vrai, mais laquelle. Et je ne le sens pas encore vraiment autour de moi… 2 650 000, ça fait à peu près autant de commentateurs aujourd'hui sur le net qu'il y en avait un soir de campagne, accoudés à zinc du bistrot du coin, pendant les présidentielles de 65. Le petit blanc en moins. Mais, point commun, ça tient du bruit blanc.
On dit qu'un système complexe, auto-organisé, et communiquant, produit du sens mécaniquement. Mais lequel? Comment ne pas penser que l'immense vide Ségolénien répond à merveille au magma aléatoire et digital de la blogosphère.
Donc je vais continuer, en me servant un petit blanc avant d'écrire.

Cheeeeese

joconde.jpgVue ce soir à la télé, Ségolène. Fracassante, comme à l'accoutumée… Elle sourit bien, ses conseillers l'ont chapitrée. Quand elle vous regarde, avec ce sourire, dit la presse, elle est irrésistible. L'image est au coeur de la campagne. Elle sourit donc, en permanence, avec cette fixité du visage et cette monotonie  que confère une surdose d'antidépresseurs. Chevènement se présente? Elle sourit. Elle espère qu'il la rejoindra quand les militants auront fait le bon choix. Jack Lang la rejoint? Elle sourit, sacré François…  le sacrifié passe à la caisse. Nicolas Hulot vice-premier ministre d'un Fabius égaré, qui semble à son tour perdre tout self contrôle devant une icône télévisuelle? Elle sourit. Il est gentil, Nicolas, mais les Américains ne devraient-ils pas signer le protocole de Kyoto? On est d'accord. Faut-il réprimer les jeunes délinquants qui mettent les banlieues à sac? Il faut, c'est sûr, une politique de la famille, cette institution bourgeoise dont elle a tant souffert et que les siens ont tant combattue, mais devenue politiquement acceptable depuis qu'elle a vocation à être gay. Ses deux challengers la critiquent sévèrement? Elle sourit car elle les respecte. Oui, elle les respecte. Mais là, on sent que c'est un peu forcé. On aimerait qu'elle craque, qu'elle lâche une bordée d'injures sur ces deux connards de machos… mais non. Edith Cresson la soutient parce qu'elle la première coupure avec la génération 68? Non, cette génération, elle admire ses innovations festives et les gains de liberté qu'on lui doit… et les voix des militants dont elle gonfle les rangs.
Que restera-t-il de cette prestation? Que Ségolène Royal est la seule à pouvoir battre la droite, comme le disent les sondages, quand Balladur - pardon, Chirac - passera la main? Si tel est le cas, il faut s'interroger, comme le fait Michel Rocard dans Enjeux les Echos de novembre, sur la validité de l'élection présidentielle au suffrage universel. Un gain démocratique qui tourne à la farce télévisuelle, place l'image avant le sens et donne tribune aux fantaisies politiques les plus marginales. Le Pen peut s'en réjouir. Il n'est pas seul. S'il est au deuxième tour, l'audimat explosera.

Paris, du donjon à Pol Pot

donjons.jpgQui oserait encore contester l'objectif de diminution de la pollution atmosphérique ? L'automobile en surnombre tue les grandes capitales, Paris comme les autres. Pour autant, on peut discuter la méthode, parfois les résultats. Alors que je m'étonne, au cours d'un dîner, de l'absurde dessin du boulevard Saint Marcel, ou des zigzags contestables de Magenta, un convive Vert parisien me répond: "Ca, c'est plutôt marrant". Léo Ferré disait "On peut rire de moi, ça dépend de quel rire…". Tout est là.
Les quelques portraits distillés par le service de presse très actif de Denis Baupin, adjoint aux transports à la mairie de Paris, donnent quelques éléments de réponse, pas des plus rassurants.
Quelques signes faibles mais qui, associés, permettent de mieux comprendre la méthode. Selon le Monde, il a sacrifié sa passion du jeu, et du jeu de rôle en particulier pour la politique. Question de disponibilité. De Donjons et Dragons au plan masse de la circulation parisienne, apparemment, un petit pas. Et quand on sait combien ces jeux sont l'expression fiévreuse, chez les adolescents, de la frustration d'impuissance, on comprend mieux la jouissance explicite de se voir offrir Paris comme défi. En effet, "c'est plutôt marrant…"
A quoi s'ajoute, dans les mêmes articles, l'évocation des valeurs politiques qui sous-tendent l'action des principaux responsables verts de la mairie. "Khmers verts" contre "Mao verts" dit la presse… Baupin contre Lemaire ou Contassot… On rit moins quand on sait ce qu'on été historiquement le parcours et l'action politiques de ces modèles, et la nature du pouvoir qu'ils ont exercé.
On retrouve masquée derrière le prétexte d'un nécessaire volontarisme, une vision de l'action politique quasi névrotique, portée par un élu qui jouit de son propre pouvoir et qui trouve dans ses erreurs (marrantes) et dans le mépris de l'administré les preuves de son omnipotence (magique).
Dans le parcours du donjon, Denis engrange ses "pouvoirs" comme un gamin frustré s'habille d'une nouvelle épée.

Gimme money…

euro.jpgUn vieux débat: le primat du politique sur l'économique, ou l'inverse? Force est de constater que la première puissance économique mondiale est aussi la plus influente politiquement et que la voix des pauvres est, disons, moins écoutée. Dans un monde globalisé, le poids économique est indissociable à la fois de la crédibilité diplomatique et de la capacité à appliquer une vision au plan domestique, quelle qu'elle soit.
A cet égard la bataille socialiste ne manque pas de saveur, qui nous engage à perdre sur les deux tableaux.
DSK commet le crime de "penser économie" et fait injure à un parti dont il rassemble apparemment la frange la plus évoluée. Mais il fait alors l'objet d'un tir de barrage qui pourrait bien avoir raison de lui et le laisser sur le carreau au premier tour des primaires. Peut-on faire confiance à un type assez fou pour s'intéresser au réel et voir plus loin que la Ligne Maginot ?
Et qu'est-ce que cela pèse devant un phénomène médiatique glamour qui se situe… où, d'ailleurs? Jusqu'à présent les positions de Ségolène Royal en matière d'économie sont difficiles à cerner. Le groupe des ralliés est trop hétéroclite pour qu'on en déduise une ligne. Montebourg a fait un comptage sérieux du nombre des caméras qui entouraient les champions. Et choisi. C'est une stratégie. Celle-là est claire. Il joue gagnant sur la petite et sera ministre.
Fabius n'est pas économiste. On le saurait. Ni un homme d'entreprise. En d'autres temps sa gestion financière un peu désinvolte des stocks de sang a fait légèrement sourciller la République. C'est plutôt ce qu'on appelle un homme de confiance. Un homme du peuple, proche du peuple. Il tente donc, en alignant les poncifs, de récupérer à sa gauche les quelques électeurs ouvriers que le Front National n'a pas encore séduit et propose une démocratie populaire et  présidentielle (on sait qu'il sera très simple) qui fait frémir. Un petit saut à Pyongyang avec Google Earth est un voyage édifiant, essayez.
Strauss Khan a le courage, Ségolène la chance, Fabius un vrai sens de l'imposture. La règle se vérifie toujours: plus l'escroquerie est grosse, mieux elle passe.