Aime moi !
D’homme providentiel en homme providentiel, la mécanique plébiscitaire fait partie du paysage politique français. Narcissisme oblige. Autrefois ancrée dans l’émergence de personnalités exceptionnelles, bâties en temps de guerre, elle est aujourd’hui portée par la prestation médiatique, télévisuelle en particulier. L’épreuve de l’image remplace celle du sang.
Vème république ? De Gaulle est deux fois sur le champ de bataille : il est blessé, prisonnier au cours de la première guerre mondiale, rebelle au cours de la seconde. Mitterrand, prisonnier et évadé des camps allemands, se verra contesté son action beaucoup plus tard, mais reste néanmoins un enfant de la guerre. On ne manque jamais de rappeler l’action fraternelle du jeune officier Chirac en Algérie. D’une certaine façon, la preuve du courage physique n’est plus à faire et, pour ou contre, le citoyen ne s’y trompe pas. Ce sont les derniers d’une génération.
Aujourd’hui, le star system s’invite dans le vide laissé par les chefs de guerre, la séduction prime sur l’histoire. Giscard en a initié naïvement le protocole, en s’invitant à dîner dans les familles du peuple, en invitant les éboueurs à boire un café à l’Elysées. Ségolène Royal en est la manifestation la plus probante. L’invention des Jurys populaire est sans doute la forme la plus surprenante de la mécanique plébiscitaire. En un mot, il y a moi, il y a le peuple, et ensemble nous allons prendre en étau cette bande de bons à rien. Certes, la mécanique de définition des listes électorales amène immanquablement des personnalités médiocres à occuper des fonctions qu’elles ne peuvent pas assumer. Mais la généralisation est choquante. Faire son miel de la frustration populaire en la séduisant, d’autres l’ont fait avant, à l’extrême droite, qu’on combat aujourd’hui.
C’est prématuré et c’est dommage. Une maladresse électorale. La France publique souffre de son incapacité à mesurer en continu sa performance, à la reconnaître, et à sanctionner ses abus et ses faillites. Doter le pays d’outils de mesure objective de l'action de ses élus serait certainement un progrès. A cet égard, les positions de la droite, qui cherche à inscrire la notion de résultat au cœur de l’administration, sont plus crédibles que celles de la gauche, électorat oblige.
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