A contre rôle?
On aime ou on n'aime pas Sarkozy. Affaire de goût, affaire d'option politique. Mais reconnaissons-lui, depuis des années, un langage clair, assez direct et factuel - parfois un peu provoquant avec les conséquences que l'on sait - mais en tout cas assez inhabituel dans une tribu qui a pour principe d'éviter les réponses, de surfer sur la litote et de parler pour ne rien dire. En tout cas un langage qui convainc ceux qu'un peu plus de pragmatisme et de libéralisme attire, et qui insupporte - à droite comme à gauche - ceux qui les réfutent et préfèrent un sentimentalisme utopique et le déni systématique du réel. Ainsi, même confronté aux chiffres les plus indépendants, le projet socialiste – très fabusien - persiste-t-il dans son refus de reconnaître le déclin du pays dans l'ensemble européen. Match nul! Criait le chevalier de Monty Python après s'être fait trancher bras et jambes par son adversaire en combat singulier. S'ils veulent un scénariste…
Rien n'est moins séduisant, n'est plus encombrant que les faits, que le réel. Si, peut être, le présent. Et rien n'est plus séduisant qu'un désir d'avenir. Sarkozy a donc décidé de changer de braquet en voyant s'échapper Marie-Ségolène. Depuis Périgueux, son discours a évolué et s'est mis à sonner comme une fanfare du 14 juillet. Une emphase républicaine qui fait qu'à chaque nouvelle intervention on s'attend à voir les cendres de Jean Moulin transférées une fois encore au Panthéon. Mais n'est pas Malraux qui veut. Ca se saurait. N'est pas de Gaulle qui veut, comme on l'a vu depuis quelques années. Remplacer la sécheresse d'un discours trop précis par l'héritage des Lumières, ça n'est pas de nature à contrer l'empathie hésitante de la concurrente. Nicolas file un très mauvais coton.
On apprend par Le Monde que l'auteur de ses discours a été, en d'autres temps, l'inventeur de la "fracture sociale", chère au président. Sans doute un cadeau de l'Elysée. "Prenez-le donc Nicolas, ce type est plein d'idées."
Vignette: André Malraux, transfert des cendres de Jean Moulin
alain a écrit :
Mince alors, mais tu n’es pas sarkozyste non plus…. alors là on se perd en vergeture : ni ségozyste, ni sarkolène. Comment choisir ?
Posté le 22-Nov-06 à 10:09 am | Permalink
leGab a écrit :
Et pourquoi pas ? Il y a peu nos échanges de vues m’avaient conduit à inventer le communo-libéralisme….je suis près a (presuqe) toutes les concessions pour retrouver ma liberté d’agir que notre république-monarchique nous a confisqué. A l’époque cette nouvelle notion, union de tout et son contraire, a fait sourire (très largement). Mais maintenant qu’un policier noir armé tue un jeune raciste violent appelé Mounir ont peu douter de tout et laisser libre cour à son imagination débridée des certitudes politique de nos ainés.Finalement les extrèmes se sont enfin rejoints après presque 40 ans de fausses réformes et d’alternance (à toi à moi la patate chaude). ouf on va pouvoir passer à autre chose.
A gauche comme à droite ça drague sur les extrèmes , parce que les minorités font la loi depuis que personne ne vote plus pour ses convictions. Entre sarko et Ségo la différence de programme est tenue, la différence de méthode est gigantesque. A chacun de trouver son bonheur chez l’un ou l’autre. Je crois que les libéraux ont maintenant le choix entre 2 candidats en position d’être élu et ce n’est pas une situation très courante. la social-démocratie, les anti-libéraux ( ça fait toujours marrer ce terme ….et pourquoi pas les “radicaux actifs” ! on dirait une pub pour de la lessive), les verts et leurs homologues du FN ne sont pas en position de victoire et ainsi ne peuvent négocier qu’une participation minoritaire au futur gouvernement. Donnons leur la part qui leurs revient et pas plus car le libéralisme a gagné. tant mieux.
Posté le 24-Nov-06 à 1:42 pm | Permalink
Charles a écrit :
La politique n’est pas un tableau de Magritte. Communo-libéralisme est un oxymorron, une idée faite pour le papier. Social-libéralisme, une réalité d’expérience dans quelques pays d’Europe. Communo-totalitarisme, une réalité en Corée du Nord.
Restons dans le réel.
Même si c’est moins marrant.
Posté le 25-Nov-06 à 11:53 am | Permalink
claude a écrit :
on pourrait dire aussi que communo-libéralisme est la réalité en Chine, pas si marrante en effet.
Posté le 08-Dec-06 à 12:13 pm | Permalink
claude a écrit :
tu veux bien reconnaître à Sarkozy “un langage clair, assez direct et factuel”, et voir dans ceux qui ne sont pas convaincus (par lui, par son langage) des clampins qui “préfèrent un sentimentalisme utopique et le déni systématique du réel”. je trouve cette catégorisation un peu schématique. peut-être est-elle valable à la louche, en gros, je ne sais pas, j’ai plutôt tendance à penser qu’elle se nourrit des images qui sont données plutôt que par des faits. il y a peut-être aussi une catégorie de gens, dont je ne peux mesurer le nombre, peu convaincus par Sarkozy sur le fonds, qui peuvent lui reconnaître un langage, un certain pragmatisme, une touche de libéralisme ; mais qui trouvent qu’il y a parfois une grande distance entre les mots et les actes (EDF), une capacité à prendre ses désirs pour la réalité (CFCM), des traces d’opportunisme (vote des émigrés). cela sans mentionner un problème de caractère, peut-être pas essentiel, qui donne l’impression qu’il se dispute avec tout le monde, suivant le mot d’un analyste. en bref, Sarkozy rappelle furieusement Chirac. voter Sarkozy, c’est lui donner un chèque en blanc. pourquoi pas en effet ? mais il me semble que la méfiance qu’il inspire n’est pas motivée uniquement par le passéisme, le sentimentalisme, l’aveuglement au réel.
Posté le 08-Dec-06 à 12:30 pm | Permalink