Vu de Chine
Li Han vient de Shanghai. Elle est depuis un an à Paris pour boucler ses études commerciales. Elle ne parle pas français. Je lui demande qui l'a le plus frappée en arrivant à Paris. Elle sourit, gênée. Puis la réponse vient: "Tout d'abord, toutes ces races mélangées, ça fait peur… au début je n'osais pas sortir, surtout le soir…". Quoi d'autre? "C'est incroyable, ici, les gens ne travaillent pas le dimanche…" Bon, mais encore? "Personne ne parle anglais!". Oui, encore quelque chose? "L'administration, pour nous, c'est pire qu'à Shanghai…"
Bon. Bonne synthèse. La France n'a pas réglé son problème de diversité, mais il est encore plus criant pour quelqu'un qui n'en a jamais fait l'expérience, négative comme positive. Oui, le droit du travail est aujourd'hui figé et décalé, en tout cas tel que la compétition avec l'Asie se traduit par le désastre que l'on sait. En effet, l'apprentissage des langues est médiocre ici, et cela ne s'arrange pas. La France perd régulièrement des places sur la pratique de l'anglais, et l'école et l'université font l'objet de débats sans fin, et sans action… Quant à l'administration - outre le fait que le monde entier nous l'envie – il lui reste quelques marges de progrès. Un euphémisme.
Amusant, en tout cas, de voir livrés par une jeune chinoise de vingt-cinq ans, presque dans l'ordre, les problématiques qui sont au cœur du débat politique aujourd'hui.
Quand je lui demande ce qu'elle a aimé, dans ce paysage un peu morose - juste pour me remonter un peu le moral -, elle n'hésite pas un instant. "La vie est facile, ici, tellement facile par rapport à la Chine. Et puis Paris, c'est tellement beau, tout cette histoire, c'est vraiment inspirant…"
Elle espère trouver un job et rester dans la capitale. Le rêve ne s'est pas évanoui. Prions pour que nos prochains gouvernants aient le courage des mesures qui permettront de le financer longtemps, car il est fragile et nous y tenons tous, d'où que nous soyons.
Antoine Block a écrit :
Juste un mot concernant le droit du travail. Vous écrivez que “le droit du travail est aujourd’hui figé et décalé, en tout cas tel que la compétition avec l’Asie se traduit par le désastre que l’on sait”.
Soit, mais croyez-vous vraiment que le simple fait de travailler le dimanche soit la solution du problème ? Le rapport de force est essentiellement démographique : les Chinois sont près d’un milliard et demi ! Même si les soixante millions de Français se mettaient à travailler d’arrache-pied le dimanche (même les jours fériés, de 05h à minuit), cela suffirait à enrayer la domination chinoise ! À mon avis, un tel programme ferait plutôt rigoler les chinois.
Par ailleurs, ce qui est comique, c’est de voir une jeune immigrée chinoise avoir peur de la diversité ethnique française ! Comme quoi, le méchant c’est toujours l’autre.
Posté le 25-Nov-06 à 4:17 am | Permalink
Charles a écrit :
Non, bien sûr. C’est la coincidence des thèmes qui m’a frappé, la généralisation des solutions chinoises, personne n’en veut, et cette jeune fille ne rêve que d’une chose, rester à Paris…
Oui, l’Autre, en particulier le plus accessible, celui qui n’a pas le même passeport, ou pas la même peau, il est l’explication irrationnelle et simpliste à nos maux.
Posté le 25-Nov-06 à 11:49 am | Permalink
bizot a écrit :
Et si a la question” ce qui vous a le plus frappee en arrivant a Paris? elle avait repondu,:”mon voisin?
Posté le 28-Nov-06 à 10:34 am | Permalink