Elysée Market

marianne2.jpgRègle de base de marketing: lorsqu'un acteur nouveau apparaît sur un marché, il ne se contente pas de faire émerger une référence nouvelle, il modifie mécaniquement la position de tous ses concurrents. Et voilà Ségolène. Et ça bouge à peu près partout sur l'échiquier, passées quelques semaines de stupeur générale.
Pour les primaires, Laurent Fabius a exhumé une révolution antilibérale en s'appuyant sur les fantômes de la gauche prolétarienne. DSK a osé soulever le couvercle de la marmite économique - ce cloaque pestilentiel inventé par la droite réactionnaire pour aveugler le peuple-de-gauche. Jospin, en toute clarté, a fait passer ses messages par sa femme et aujourd'hui Nicolas Sarkozy, face à la déferlante royale et au soutien prononcé de ses amis du château, invente la "rupture tranquille". Pourquoi pas ? Après tout, qui pourrait l'empêcher de siffloter sur un glissement de terrain? Seul Le Pen, grande référence baptisée par Mitterrand, ne change rien à ses sourates.
En quelques mois, Ségolène s'est emparée de l'utopisme compassionnel, opus traditionnel de la gauche, ressortant du formol le corpus complet des liturgies à peine laïques de 1981. "Il y aura des chutes mais nous nous relèverons. Il y aura des entorses mais nous les soignerons. Il y aura des pièges et nous les contournerons. J’ai de la résistance, de la force, de l’obstination et du courage parce que c’est vous qui me les donnez." Ecrit-elle à ses apôtres. Magnifique. On est entre passion du Christ et fuite en Egypte… La Terre Promise. Bientôt les stigmates.
Marie-Ségolène a raison, au moins en apparences. Qui donc veut entendre parler du réel quand le réel fait si mal et quand d'autres s'y enferment inutilement? Pourquoi patauger dans le marécage des faits quand on peut s'envoler dans les lueurs du grand soir?
Sous la mitraille, quand tout est perdu, le poilu en appelle à Dieu et crie "maman", avec au fond de lui la nostalgie goûteuse du sein.
Elle répond, sereine et apaisante.