Grand Soir et Mauvais Réveils

lenine.jpgSégolène Royal frappe un grand coup. Elle crée la surprise, voire la stupeur sur la scène mondiale en suggérant depuis Beyrouth une conférence internationale sur le Liban – un choc pour le monde, une approche inédite. Elle ouvre la voie vers un dialogue sous conditions avec la Syrie. Bientôt les "Accords de Melle". Un désir s'exporte…
Au même moment le Figaro Economie publie un diagnostic alarmant de la compétitivité française. Encore un, dira-t-on. L'export, notamment, est durablement dans le rouge.
Si l'OCDE explique la régression de la France (une tendance lourde, sur quinze ans) par un manque d'investissements, un positionnement faible de nos produits et un mauvais ciblage à l'exportation, l'administration française, elle, par la voix de la DGTPE (ex Trésor) accuse "l'exposition de la France à la concurrence internationale". Bref, la France est hyper-compétitive tant qu'on ne la compare pas… Aveuglement. Exportons donc nos mots…
Nicolas Sarkozy a pris la mauvaise habitude de mettre le doigt là où la France a mal. Il fait un constat réaliste. Il est mal élevé, ce type. Ségolène, elle, caresse le français dans le sens du poil et lui ressucite un Grand Soir ronronnant, sans ne rien préciser. D'un côté le risque et le courage du présent – on ne résout un problème que s'il est vraiment posé -, de l'autre un désir d'avenir, prozac idéologique éculé qui n'invente rien et n'engage pas à grand-chose. Les faits d'un côté et de l'autre, la langue de bois, ce tropisme culturel d'une gauche de tradition, et de l'Etat.
Je ne suis pas loin de penser que la campagne sera redoutable pour Ségolène. La volupté volatile des mots trouvera vite sa limite. En revenant à son style (en abandonnant cette logorrhée ronflante et républicaine qu'il avait adopté depuis Périgueux) Sarkozy retrouve la simplicité de ton et la capacité de conviction qui l'ont rendu unique dans l'univers balisé du mouvement de lèvre.