L’Europe à 25

jeanne.jpgAbonné depuis peu à Désir d'avenir, je reçois par e-mail l'oracle quotidien de M-SR. Le poulet de ce matin parle d'Europe: "Il nous faut construire l'Europe des gens, qui réussit à lutter contre le chômage, contre la vie chère, contre toutes les formes de précarité. […]. Il nous faut construire aussi l'Europe de la matière grise, de l'intelligence, des qualifications, l'Europe de la recherche, de l'environnement et de l'après-pétrole." Vous avez bien lu et compris. Ctrl+H, remplacez "Europe" par "France" et vous savez que la victoire de mai ne sera pas hexagonale, mais européenne, voire globale. La croisade est engagée, retour au rayonnement de la France, une idée dont on parlait moins. Marie-Ségolène had a dream. Les maux du pays sont ceux de la planète, donc leurs remèdes dans l'intelligence collective du peuple français – qui nous a conduits où nous sommes. Nous offrirons au monde le projet socialiste et les 35 heures comme les américains la démocratie en Irak. Avec le succès que nous savons.
Drôle de maladie que cet universalisme, cette capacité à projeter tels quels ses désirs et ses angoisses sur le monde, ce mal si fondamental que se partagent l'Amérique et la France. Si la première en a les moyens – à défaut d'en avoir les résultats – la deuxième en a la nostalgie post coloniale, sans le poids politique. Car enfin le chômage ne touche pas toute l'Europe comme il corrompt la France (un mal devenu au fil des temps un fond de commerce électoral); la qualification moyenne en Allemagne est un bon étalon en Europe (mais la gauche préfère fabriquer des bacheliers sans avenir que des apprentis qui en ont un); les Anglais réussissent assez bien dans la flexibilité et n'envient pas notre droit du travail (un immuable); les Suisses déposent davantage de brevets que nos chercheurs (mais on ne touche pas à la fonctionnarisation/syndicalisation de la recherche!); l'Europe du Nord n'attend rien de nous en matière d'environnement (et Ségolène s'apprête à remplacer le pétrole par des idées au moment où le consensus se fait sur le nucléaire)…
Bref, on imagine la bonhomie souriante de nos partenaires lorsque, portée  par l'élan populaire, Ségolène proposera à la tribune de Bruxelles de réformer le grand paquebot Europe que la France elle-même a échoué en 2005. Grace au non de gauche.
Les 25 manquent de matière grise? La France y pourvoira.