Shanghai Blues

shanghaiblues.jpgL'excédent commercial de la Chine a doublé entre 2005 et 2006. Enfin un triomphe communiste, enfin LA preuve, le grand soir espéré si longtemps. Une révolution culturelle. Et la tendance n'a pas l'air de s'inverser. La France également a doublé. Mais son déficit. Que fait Marie-George? L'Allemagne aussi explose son excédent et exporte deux fois plus que nous. Les experts s'accordent sur le diagnostic de la faiblesse hexagonale: PME trop petites et peu exportatrices, mauvais ciblage des débouchés et coût du travail. On passe. Mais l'intelligence collective veille, à portée de main, le coq va s'ébrouer…
Ce qui fait que, vaguement démoralisé, je marche sur Nanjin Lu, avec les 913.654 passants qui font leurs courses vers 21h30 dans les magasins encore tous ouverts. Vite accosté par la meute des vendeurs à la sauvette "Rolex! Rolex! Mont Blanc! Mont Blanc? Vuitton! Bags? Vuitton? Ah, French? Romantic! Massage? Nice girls! Young girls! Massage? Rollex?"  Etc. Que du bon. Que du luxe. Que du commerce. J'accompagne donc Mister Baie, le plus sympa, qui connaît seize mots d'anglais bien ciblés. Sa carte de visite - Management: bags, watch, clothes, golf, athletic shoes, DVD; 99 Huaihai E Road.  Il tient à me présenter son bar-karaoké-dépôt-Rolex-Vuitton-etc, au 7ème étage d'un immeuble sans forme. Un 7ème ciel de néon désert, trois clients d'une province oubliée en goguette à Shanghai, affalés sur des canapés d'époque, trois entraineuses à mi-carrière, une scène comme une bonbonnière et la sono à fond dans une odeur de poussière et de tabac froid. La Chine. Va pour une bière. Ils se succèdent sur scène, enfilant chacun son tube recomposé sur ordinateur, micro en main, voix noyée dans la réverb, tous investis, portés par la musique,  toujours la même, digitale et pentatonique, sinon rien…
L'hiver à Shanghai.
Photo: le bar de Monsieur Baie