Au Pays de l’Or Noir

jeddha1.JPGIl fait nuit à Djeddah. Le long de la baie, une sculpture monumentale tous les cents mètres. On sent l'achat par lots de vingt-cinq dans les grandes galeries du monde entier. Plantée au milieu de la baie, la colonne d'eau pulsée à trois cents mètres de haut et son immense panache qui ondule dans la lumière blanche des projecteurs. On a le Manneken Pis qu'on peut. Un autre plat pays, en somme, mais on rigole moins que sur la Grand-Place. On ne rigole pas du tout d'ailleurs. Pas d'alcool. Pas de discothèques. Ombres rares, furtives et voilées de noir des quelques femmes que l'on croise. L'Arabie Saoudite, c'est premièrement du pétrole…
Non, on ne rigole pas. Pour les distractions, c'est Dubai. Ici, le journal annonce les exécutions capitales, au sabre, une par mois en moyenne, sur un parking en centre ville. On vient en famille. On décapite. On passe le jet et les voitures peuvent revenir. Grosses cylindrées.
Les Saoudiens qui travaillent sont fonctionnaires, banquiers, employés de la compagnie aérienne nationale. Prestige. Les autres sont des expatriés de la région, Egyptiens, Jordaniens, Palestiniens, Syriens, Pakistanais pour les cadres, Soudanais, Philippins pour les autres, les subalternes. Pourtant, le gouvernement pousse la "saudization" du personnel des entreprises. Elles hésitent un peu. Ils ne sont pas habitués à travailler…
Les expatriés, on sent bien que tout est fait pour qu'ils s'implantent : pas d'accès à la propriété, pas d'accès à l'école publique pour les enfants, pas de retraite, pas d'accès au crédit… chacun vient donc pour engranger le plus vite possible le plus d'argent possible et ça tombe bien, il coule à flot. Le budget de cette année est "historique". Le baril a passé l'année autour de 70$. En d'autres termes, le régime saoudien a trouvé sa formule magique pour maîtriser le couple maudit immigration-intégration : une majorité de main d'œuvre étrangère qui trime, des conditions telles que l'idée de fuir est la seule qui compte…
Drôle de cité où la prothèse occidentale encercle le souk de la vieille ville. Il y a comme cela des endroits qui ne sont rien, ou la seule idée qui vous obsède est celle de partir.

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Commentaires (8) to “Au Pays de l’Or Noir”

  1. Bah, de toutes façons, l’école publique est inefficace et sclérosée, et la seule retraite efficace est la retraite par capitalisation. Et puis s’ils ne sont pas contents, ils n’ont qu’à monter un business aux Philippines.

  2. Et si Johnny ient s’installer, les saoudiens lui font un prix sur ses impots ?

  3. Mais, mon cher Charles, que venez-vous faire vous-même dans ces contrées tellement inhospitalières ?
    Sinon, engranger, vous aussi, un peu de cet argent qui y coule à flots ?
    Quitte à cantonner vos scrupules et vos interrogations existentielles à la rédaction d’un inoffensif billet sur un blog confidentiel.

  4. Merci, Antoine, d'entrer dans la confidence… et de me ramener avec tant de pertinence à ces terribles contradictions. Une leçon de morale. Une leçon de vie. Pour Noël. 

  5. Voyons M. Block je ne vois pas ce qu’il y a de honteux à aller gagner sa vie au delà des limites du canton.Et si dans les pays du golfe de Cocagne l’argent coule à flot,c’est encore en échange d’un travail ou d’un bien. un peu comme chez nous quoi…M. Block vous confondez libre arbitre et libre échange, le premier ne souffre pas la négociation.

  6. Rassurez-vous, LeGab, je n’ai évidemment rien contre la “cantonisation” de la planète et ne suis pas suffisamment rétrograde pour limiter de quelque façon que ce soit le sacro-saint droit à se faire le maximum de pognon. Je n’ai d’ailleurs pas parlé de “honte”. C’est vous qui l’avez lu, dans un commentaire où ce mot ne figurait pourtant pas (pourquoi donc ?)…

    “libre arbitre et libre échange, le premier ne souffre pas la négociation”. Sans doute, mais quelle consistance conserve le premier s’il ne peut et ne doit jamais limiter le second ?
    Cele ressemble alors fort à une coquille vide, maintenant à bon compte l’illusion flatteuse d’une indépendance et d’une liberté qui, de fait, demeure au stade de décoration ou de vestige rhétorique totalement stérile.

    Comme le disait Malraux : “Kant a les mains pures, mais il n’a pas de mains”.

  7. M. Block je vous remercie de votre tentative pour me rassurer sur la qualité de votre avis au sujet de la “cantonisation” de la planète (notion nouvelle), c’est bien aimable à vous mais pas vraiment necessaire.
    Vous écrivez “quitte à cantonner vos scrupules (…) sur un blog confidentiel” . Pourquoi garder des scrupules secrets si ce n’est par peur du scandale ou de la honte ? Vous ne citez pas le mot mais vous l’encerclez. Ne cachez pas non plus le véritable sens de votre pensée derrière une litote enrobée d’un coulis d’adjectifs humiliants.
    Vous souhaitez donnez du sens au “libre arbitre” en souhaitant lui préter la capacité à “limiter” le libre échange.
    Alors, je vois que nous sommes d’accord sur un point : le libre échange est négociable.
    Par ailleurs, le libre arbitre n’est pas seul l’expression de la liberté (Spinoza).

  8. A partir du point sur lequel nous sommes d’accord, la question est donc : qu’est-ce qui, selon vous, doit limiter concrètement le libre échange ?

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