Dialogue virtuel et convictions flottantes

joute.jpgLe match va enfin commencer puisqu'à la surprise générale Nicolas Sarkozy s'est imposé comme LE candidat à même de rassembler le front anti-dirigiste. L'impétrant devrait vite recevoir l'adoubement du Président, après ultime négociation du plan de recasage des amis de toujours.
Donc, nous y voilà. D'un côté, Ségolène Royal, qui fait un pari sur la forme, sur le processus. Dans la logique de sa démocratie participative, elle propose à quelques millions d'électeurs un petit échange sur le fond. En cela, elle innove et applique cette vieille loi qui veut que le maître du jeu soit celui qui maîtrise le processus, par opposition au contenu, souvent trop volatile. Elle s'en méfie d'ailleurs tellement, du contenu, qu'elle tient à distance ses amis socialistes qui se sont depuis longtemps figés dans le béton idéologique du parti. Le pari est d'autant plus risqué que le public est large. Car enfin, l'image du dialogue n'est pas le dialogue lui-même. En d'autres termes, les quelques centaines de milliers d'adeptes qui laisseront leurs idées neuves sur le blog Désir d'avenir, ou qui feront les salles de la candidate, entraîneront-ils par effet de halot le volume de suffrages qui font la victoire au deuxième tour? Personnellement j'en doute. La supercherie d'un contenu politique pré-établi doublé d'un simulacre participatif finira par apparaître. Je me souviens d'une discussion avec le maire d'une grande ville. Nous parlions de dialogue avec les citoyens, justement. Il s'est tourné vers son premier adjoint et a dit: "Il a raison, il faut dialoguer, dialoguer, et dialoguer encore. Après, on décidera ce qu'on voudra!".
Leçon 1: aller au devant de l'électeur
Leçon 2: le prendre ensuite par derrière.
A l'inverse, Nicolas Sarkozy parie sur le contenu - d'ailleurs largement pillé par sa concurrente. Mais déjà en quelques mois, on l'a vu naviguer entre libéralisme crypto-blairiste et gaullisme flonflon. Il va falloir choisir. Quant au processus UMP, on le connaît depuis des lustres, lustré comme un godillot. Le compagnon de base débat avec la grâce d'un sumotori en tutu. Ici, débattre, c'est regarder le chef. Mais le pari est courageux. Sarkozy devra lutter contre la modernité en trompe l'œil de Royal, et rendre crédible la vraie modernité de son contenu. Un exercice de communication peu habituel, qui nécessite que les convictions ne flottent pas au gré des ralliements.