La beauté des multinationales

coca.jpgUne société doit savoir nommer le mal. N'est-il pas le premier des repères? Faute de quoi l'énergie flotte et se consume sans but, voire se retourne dans une volte-face suicidaire. La décadence.
Dans le grand bestiaire des démons, l'entreprise multinationale tient une place emblématique, en particulier depuis les années soixante. On l'a vue prendre son envol planétaire depuis le pont du porte-avions capitaliste américain, bientôt rejointe par la patrouille européenne, aujourd'hui celle de l'Asie émergente. Elle s'est durablement installée comme le paradigme de la prédation occidentale, prenant ainsi le relai de la colonisation, passée de mode. Où qu'elle soit, on la dit rançonner, exploiter, corrompre, détruire, asservir, saigner, étrangler les populations qui la subissent. Colon d'un nouveau genre, plus retors que l'ancien, elle soumet l'indigène à sa concupiscence sans limite, puis en abandonne le cadavre exsangue lorsque tarit son filon ou son champ. A cet égard les pétrolières, qui plantent leur dard de métal et sucent les ressources d'autrui n'en sont-elles la forme la plus pure?
Bon. Ca n'est pas l'image que j'en ai et je trouve la diabolisation excessive. Dans un monde où les Etats restent ancrés dans une culture de confrontation, la "multinationale" me semblent être l'un des rares acteurs globaux pour qui la stabilité, la paix et l'intégration ont un sens, en premier lieu parce que c'est son intérêt. Oui, logique de l'intérêt contre logique de l'idée qu'on se fait du monde, de la projection idéologique. Les grandes structures d'intégration politique mondiales (UNESCO, ONU, Conseil de l'Europe, certaines ONG…) voient toutes leur mission et leur action soumises aux débats et aux tensions qui agitent leurs membres ou leurs sponsors. Et, pour bon nombre d'entre elles, en sont paralysées. Elles en vivent aussi. Ce n'est pas le cas des entreprises qui cherchent avant tout rassembler leurs troupes au service de leurs résultats. Elles ont inventé, au cours des vingt dernières années, les méthodes d'intégration culturelle les plus sophistiquées, non pas par prosélytisme humaniste, mais parce qu'elles cherchent à optimiser leur action collective. Singulier paradoxe qui fait du fauteur de trouble pour les uns, un moyen de coexistence pacifique pour les autres.
Le patriotisme économique – nouveau combat des perdants?- n'est-il pas, pour le politique, une façon naïve de reprendre un peu du contrôle dont se sont subrepticement affranchies les entreprises internationales par le jeu de leurs investissements?