Les affres de la toise

newton-2.jpgLe problème des classements et des comparaisons, c'est que ça oblige à classer et à comparer. Non? Et ça, ça n'est pas égalitaire. Il y a un risque majeur, on pourrait voir qui sont les bons et qui sont les mauvais. Et ça pourrait faire des vagues… dit le Ministre.
Ce qui fait que lorsque paraît le classement mondial des universités, proposé par Shanghai Jiao Tong University, on en conteste avant tout les critères. La preuve? Facile, la meilleure université française n'apparaît qu'au 45ème rang en 2006, derrière, les Anglais, les japonais, les canadiens et, écrasant tout le monde, les Américains, ces types idiots qui prônent cet insupportable inceste entre recherche, universités et entreprises. Un baromètre honnête nous aurait naturellement mis en tête…
Et cette semaine, nouveau pavé dans la mare! La valorisation de la recherche en France. Les analyses du collectif crypto-syndicaliste Sauvons la Recherche se trouvent mises en question par un rapport réalisé par l'Inspection Générale des Finances et l'Inspection Générale de l'administration de la Recherche et de l'Education Nationale. Conclusion du rapport? Le secteur est moins performant que celui de nombre de nos voisins et pourtant davantage doté en ressources. Mais des conclusions qui ne placent pas la France en tête sont forcément "grossièrement fausses et ne peuvent être apportées, dans cette forme lapidaire, que par des ignorantins" s'insurge le Ministre. (voir le CV des ignorantins… c'est édifiant). La polémique sur la santé de la recherche en France n'est pas nouvelle. Ceux que le sujet intéresse peuvent consulter l'excellent Blog Sur Science.
Derrière ces débats souvent vifs, le même syndrome, celui du refus systématique de voir le réel et de s'y confronter. En refusant les chiffres, par exemple, on fait du "déclin" le "déclinisme", c'est-à-dire une tendance parmi d'autres, une idéologie à combattre, une position électoraliste. On sort du réel, on entre en politique, un tour de passe-passe rhétorique tellement usé qu'il en est transparent.
Mesurer c'est accepter de ratifier des performances et des échecs, c'est aussi mettre le doigt sur des abus, des passe droits, des compromis politiques crapuleux, des fonds de commerce inavouables, toute cette cuisine publique qu'on ne veut pas connaître. Mesurer c'est, pour le politique français traditionnel, prendre le risque de "faire des vagues" et d'être soudain confronté à la peur ancestrale de la secousse révolutionnaire. Mieux vaut la complaisance. Mieux vaut l'abandon progressif des principes, et préférer à la grandeur des Trente Glorieuses le confort médiocre et sans avenir des Trente Piteuses que nous venons de vivre.
Pire que tout, il se pourrait qu'un jour, quelqu'un de mal intentionné compare et mesure enfin le Grand Interdit, et qu'on se rende compte que le monde entier, finalement, ne nous envie pas nos services publics.
Une secousse terrible!

Vignette: Isaac Newton

Sectarisme républicain

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Le Président Bush s'addressant à un groupe de vétérans
"Maintenant, à mains levées, combien d'entre vous pensent que nous devrions nous retirer d'Irak? Quelqu'un? Quelqu'un? Allez, c'est à vous… Quelqu'un?"
Il y a quelque chose de sublime dans l'obstination schizophrène et républicaine de GWB à vouloir démocratiser l'Irak au forceps tout en limitant, les unes après les autres, les libertés qui ont fait des Etats-Unis l'une des démocraties les plus ouvertes du monde. GI dans une main, FBI dans l'autre. La bande de politiciens et de journalistes "anti-américains" qui contestent son action n'est rien pour lui. Fox TV les brocarde en désignant chaque semaine le plus grand ennemi de l'Amérique. Non, ils ne savent pas. Dieu s'est prononcé sur le fond et le messianisme texan est en marche. Rien n'arrêtera la course du Bien.
Back to France. Impossible, devant une telle persévérance aveugle, de ne pas penser à Arlette Laguiller qui, elle aussi, s'évertue depuis trente ans à convaincre des méfaits de la démocratie, ce régime bourgeois et corrompu qu'elle rêve de voir écrasé sous le talon exigeant d'une bonne vieille dictature prolétarienne. Même débit lancinant, même fixité du regard et du vocabulaire, même aphasie, même découpage hasardeux dans la lecture de l'histoire du monde… un autre dieu semble s'être exprimé sur le fond.
La vraie question est celle de la crédibilité. Ces paroles, dont la réalité a nettoyé les derniers vestiges de crédibilité, trouvent encore un public et des canaux de communications. J'y vois comme une dérive sectaire de la politique, un discours qui fonctionne sur la fascination, sur une sorte d'hypnose nostalgique. D'un côté la grandeur mythique et l'omnipotence de l'Oncle Sam, de l'autre, un rêve de Grand Soir que le réel peine à interrompre.
Mais là s'arrête la comparaison. Arlette règne sur les divisions vieillies et clairsemées d'une extrême gauche d'opérette, égarées dans un cul de sac temporel, GWB sur l'armée la plus puissante du monde.
Mais chez nous, au coeur de la campagne qui prend forme, je vois poindre un nouveau sectarisme dans le recours lancinant et répétitif aux "valeurs de la république".
Et si on parlait moins de "République" et davantage de "Démocratie"…

Participation, piège à con!

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Il faut avoir vécu les Débats Participatifs de l'intérieur pour en comprendre la mécanique.
Le témoignage poignant de Koz est de loin le meilleur de tous. Comme beaucoup, il s'est enfoncé incognito en terre PS pendant deux heures pour débattre d'éducation. Sans même un catogan. Et il a tenu. Il a relaté son expérience saisissante. Le journalisme de terrain n'est pas mort. Il en est pour qui la vérité ne se négocie pas et qui savent s'exposer pour elle. Merci!
On tire de son témoignage magnifique quelques conclusions qui recoupent celles tirées en général des expériences participatives:
Conclusion 1: faire un constat de situation est un exercice plutôt facile. On laisse parler l'expérience, le quotidien, et les problèmes remontent et s'organisent. Proposer des mesures correctrices innovantes, par contre est effroyablement difficile, et le "groupe" a vite fait de se vautrer dans les poncifs, quand ça n'est pas dans un silence affligeant.
Conclusion 2: les facilitateurs et organisateurs du débat - dit "ouvert" - ont quand même un mal fou à ne pas "cadrer" les participants de telle sorte qu'ils proposent ce qu'on souhaite entendre, c'est-à-dire la ligne du parti ou les positions de la candidate.
Conclusion 3: dès qu'un "expert" s'exprime - qu'il ait tort ou raison - sa parole s'impose sur l'intelligence collective, en particulier s'il s'exprime à travers un jargon technique peu compréhensible et émaille son discours de quelques pourcentages - le recours à "une étude américaine qui montre que… " étant moins prisé actuellement. "Les études montrent que 93% des gens croient une position si elle est assortie d'un pourcentage". Faites tourner cette phrase dans votre tête, elle plus retorse qu'elle en a l'air.
Conclusion 4: ne viennent débattre que ceux qui étaient "déjà là" autrement dit les militants. Ils vont, dans le meilleur des cas, conforter leur position, et dans le pire sortir troublés par la démarche et s'interroger sur la valeur de cette opération. Et passer chez Fabius, qui attend tranquillement que tout cela parte au tapis. Et se prépare pour 2012.
Conclusion 5: l'homogénéité culturelle de l'audience laisse présager que les solutions novatrices et décoiffantes ont peu de chance d'émerger, puisque par définition, elles n'émergent que lorsqu'il y a frottement, confrontation entre points de vue différents.

Bref, le 11 février, Ségolène Royal et son équipe vont révéler les grands axes de leur campagne. De deux choses l'une, ou bien le contenu sera si novateur, si surprenant, si convaincant, que la France sourira, les yeux gonflés de larmes, bouleversée par sa propre intelligence collective, soit nous aurons droit au catalogue habituel des mesures déjà connues, et le sentiment prévaudra qu'il n'était pas vraiment nécessaire de mener 2000 réunions pour accoucher de la généralisation des 35 heures, l'abandon du CNE ou l'implantation massive d'éoliennes… Dès lors la droite aura beau jeu de démontrer le caractère manipulateur de l'opération. J'espère qu'elle ne s'en privera pas.
Mais Ségolène Royal voulait sans doute établir son autorité au sein même du PS. Y est-elle arrivée?

Ségolène et le sous-marin jaune

submarine.jpgA l'époque je n'avais pas ce blog. J'étais donc salement énervé ce jour là, seul sous la douche. J'en ai fait tomber mon Ushuaia au monoï. Mais revenons sur les faits, Ségolène, avant même le Débat des Primaires Socialistes (DPS), commençait à bourder lourd. Elle ne savait pas combien la France possédait de sous-marin nucléaires! Un détail quoi. (Non, Ségolène, un sous-marin "nucléaire", ça n'est pas un sous-marin qui a un noyau, c'est l'une des clés de la stratégie de la dissuasion française). Un détail oui, pour celle à qui les militants devaient très vite et en toute confiance déléguer la responsabilité d'appuyer sur le bouton, en cas de victoire au deuxième tour. Cheffe des armées, elle serait. Et des boutons, combien y'en a? J'appuie où? Où est la touche Eco? D'accord c'est affligeant mais ça n'a pas empêché Royal de battre les deux autres à plate couture. Et la dissuasion nucléaire française a été revue depuis par 22 profs barbus à catogan au cours de quatre débats citoyens hyper-créatifs au Lycée Pierre Brossolette de Guéret.
Le PS a enfin une ligne. Bienvenu à bord!
Chacun son sous-marin. Le mien sera éternellement jaune.
En août 1966, le Beatles sortent le LP Revolver, l'un des plus abouti, un choc musical truffé d'innovations (les boucles de Tomorrow Never Knows), une vraie  "rupture", comme dirait je ne sais plus qui. Avant-dernière de la face A, une bluette gentille, Yellow Submarine (le sous-marin jaune), joli foutoir musical folkisant, composé par Paul et chanté par Ringo et quelques copains du groupe, dont Brian Jones, des Rolling Stones, qui marque le tempo avec  sa cuillère sur une coupe à champagne. Les Fabs n'attendent pas grand-chose de ce clin d'oeil un peu mièvre. Et pourtant. L'amphétamine la plus branchée de l'époque s'appelle le Nembutal. Vendu dans une boîte jaune, le voilà immédiatement rebaptisé Yellow Submarine par les junkeys californiens. Et la bluette va suivre son chemin et devenir l'un des slogans de la contre-culture, être chantée sur les campus américains où elle détrône les chants syndicaux que plus personne ne connaît, parader en tête des cortèges anti-guerre du Vietnam à New York en 67 et s'afficher sous la forme d'un immese KNOW! au centre de People's Park à Berkeley en 1969… Etrange et fabuleuse destinée que celle d'une chanson plutôt mièvre devenue dessin animé à succès mondial à peine un an après.
Voilà comment le chant le plus niais du LP le plus innovant de 1966 devint un chant contestataire et mondial, au point que presque quarante ans plus tard, en 2003, lorsque Tony Blair décida d'accompagner Texas-G. en Irak, les milliers de manifestants qui défilaient à Londres entonnèrent "We are leaving in a terrorist régime" sur l'air du vieux sous-marin jaune!
Good Night, Sir Paul. Sleep tight.

Quelles idées pour la gauche?

ampoule2.jpgMarie-Georges Buffet et François Hollande partagent un vrai désir d'avenir. Politique, je veux dire. Ils promettent de casser les riches. Ils ne les aiment pas, on le sent bien, ils l'ont dit. Etre riche - ou vouloir le devenir - c'est sale, c'est un péché. Que les entrepreneurs aillent s'éclater chez ces salauds de Suisses ou d'Anglais, cette racaille libérale, cette pourriture capitaliste, ces verrues. Il restera en France ceux qui font le coeur de la gauche, ceux qu'elle aime: les fonctionnaires pour obéir, les salariés pour les financer, les chômeurs pour se taire et les sans-papiers pour se donner bonne conscience au 20 heures les jours de régularisation. Enfin, des citoyens qu'on contrôle vraiment et qui, rassemblés, constituent les forces vives d'une vraie RDF (République Démocratique de France). Les riches, François et Marie-Georges leur feront rendre gorge, d'abord fiscalement, ensuite on verra. Au-dessus de 4,000 euros, on écrête. L'ISF, on le quadruple.
L'ascenseur social s'arrête à l'entresol…
Finalement, ce "haro sur les 200 baudets" pourrait bien resurgir, et devenir la seule plateforme de rassemblement d'une gauche dont la déshérence idéologique fait pitié. Les socialistes ont déserté leur projet, conduits par le Dame du Poitou en terres droitières. L'histoire, écoeurée, a déserté le communisme… Le porte-avion UMP donne vraiment l'impression de tracer sa route au milieu d'une myriade de barcasses qui l'attaquent au lance-pierre.
Et pourtant l'équipe Sarkozy s'inquiète. Elle a raison. "Elle [Ségolène Royal] pourrait retrouver un élan en annonçant deux ou trois propositions séduisantes" (Le Monde 25 janvier). Soit. Trois, c'est déjà pas mal, pour elle. L'expérience, même récente, permet d'en douter un peu. Et d'ailleurs d'où sortiraient ces propositions? Des débats participatifs, j'veux dire, et citoyens, et tout? Lundi 22 janvier, les camarades débattaient à Paris, pas loin de chez moi, autour d'un thème velu: ” Jeunes et Vieux : un même désir d’avenir ?" Attrayant. Nouveau. Ca a du être intense. Mais ça ne doit pas être de ce débat-là qu'elles sortiront, les trois idées… enfin, qui sait, la retraite à 23 ans?
N'importe qui ayant pratiqué (subi) le participatif à outrance en connaît les limites et le travers manipulateur. L'intelligence collective accouche en général de généralités d'un conformisme affligeant. Non, Royal nous servira le 11 février une version Strausskanisée du projet socialiste (on parie?), rédigée par les technocrates de l'appareil mais parsemée de citations touchantes et attibuées (Josianne, Montpellier, le 22 janvier…), et pourra affirmer en regardant la France dans les yeux que tout cela est le produit de l'intelligence collective et citoyenne des Vrais Gens…
Et ça peut marcher.

Scalpels…

scalpels2.jpgIl est sorti, chez Buchet-Chastel. Il sera en librairie le 13 février, mais disponible déjà sur Amazon ou sur Fnac. Drôle d'histoire que celle de ce recueil, né d'un chapitre abandonné, exclu d'un roman encore inachevé, dix pages qui ne voulaient pas mourir dans un tiroir, qui en imposent cent cinquante autres pour ne pas disparaître…
Comme il s'agissait de honte, j'ai demandé autour de moi "C'est quoi, votre plus grande honte?" J'ai prévenu, c'est pour publication, mais les gens ont raconté. Des histoires drôles ou bouleversantes, ces moments qui sonnent comme un gong dans leur vie et qui souvent résonnent encore bien des années après. Certains m'ont dit "Moi, je n'ai jamais honte…". Je ne les ai pas crus. Léonard de Vinci disait "La sottise est le bouclier de la honte…".
Je n'ai gardé de ces histoires que l'essentiel, ce moment où la honte jaillit de l'intérieur de soi, comme le sang jaillit d'une plaie ou monte au visage. J'ai gardé aussi la raison pour laquelle la honte s'est imposée. Le reste, je l'ai romancé, maquillé.
En interrogeant autour de moi, j'ai remarqué quelque chose. Elle fera réagir les spécialistes - d'autant que mon échantillon n'est pas représentatif de la population mondiale. Voilà. La majorité des femmes que j'ai interrogées m'ont raconté une honte ordonnée à la relation qu'elles entretenaient avec leur mère, ou plus exactement à l'image qu'elles se faisaient de leur mère (ou de leur fille), à l'intégrité soudain atteinte de cette image. Comme s'il y avait entre mère et fille un double miroir de perfection qui ne peut mener qu'à la faute, insupportable. Ma mère doit être parfaite, ma fille doit être parfaite. Et comme ni l'une ni l'autre ne le sont… Je me demande ce qu'en pensent les femmes.
Apparemment ça n'effleure pas les hommes. Trop cool…
J'ai mis l'une des nouvelles (Chouquette) dans la section Scalpels de ce blog, pour ceux qui veulent y jeter un coup d'œil.
Pour d'autres, rendez-vous avec le papier. Ne l'oublions pas complètement.

Democracy

blair2.jpgJanvier 2007, Channel 4, en Angleterre, diffuse sa fiction The Trial of Tony Blair, (le procès de Tony Blair), une "fiction" qui met en scène le Premier ministre britannique plusieurs années après qu'il ait quitté la pouvoir. Aux Etats-Unis, Hillary Clinton en est à son second mandat, Gordon Brown est installé au 10 Downing Street. En Irak, la spirale de l'horreur persiste et un Tribunal International est saisi de l'affaire. Tony Blair comparaît et doit répondre de ses décisions. Prudents et donc non signataires, les Américains ne relèvent pas de cette juridiction et font passer un message à Tony, l'allié fidèle : oui, ils auront à témoigner et sans doute à dire sur lui "des choses une peu désagréables" mais ce sont des choses que, naturellement, ils ne pensent pas vraiment. De vrais alliés, de vrais amis.
En attendant, Tony écrit, chez lui, dans sa maison de Connaught Square. Oui. Sur son destin, sur l'histoire dont il a bien souvent "senti la main se poser sur son épaule". Son éditeur met quand même le doigt sur quelques phrases surprenantes, dont celle-ci: "J'ai prié tant et tant qu'à la fin de cette nuit là, j'ai su que donner le feu vert pour un cinquième terminal à Heathrow était la chose à faire"… Thanx God!
L'Angleterre est l'un des ennemis favoris de la gauchosphère antilibérale. Pas de ça chez nous! Cela dit, où sont nos docu-fictions français? Où sont rangés les scénarios, les synopsis, le déroulé dramatique des décisions qui présidèrent au massacre d'Ouvéa en Nouvelle Calédonie, au grossier torpillage du Rainbow Warrior dans le port d'Aukland, à la pose de micros chez une actrice à la beauté altière et au bassin étroit, au montage des pompes à fric électorales en banlieue parisienne ou en région PACA, à la braderie des stocks de sang, à toute cette turpitude républicaine si souvent pressentie, parfois dénoncée, si rarement sanctionnée.
Les leçons de démocratie - comme celle de courage et d'indépendance des médias - ne se prennent que rarement à Paris. Et qui se souvient encore de ces mots français adressés aux anglais, qui s'élevaient dans la lumière douce du Westminster Hall, un jour de 1960.
"Ainsi, dépourvus de textes constitutionnels minutieusement agencés, mais en vertu d'un irrécusable consentement général, trouvez-vous [les Anglais] le moyen d'assurer, en chaque occasion, le bon rendement de la démocratie, sans encourir, cependant, ni l'excessive critique des ambitieux, ni le blâme sourcilleux des juristes."

Photo: Robert Lindsay dans le rôle de Tony Blair

La fille spirituelle de Marcel Barbu tiendra-t-elle?

barbu.jpgsego.jpgMarcel Barbu est une belle figure du combat politique français. Le général de Gaulle l'affublait d'un affectueux surnom: "le brave couillon". Autoproclamé "candidat des chiens battus" pendant la campagne présidentielle de 1965, il restera gravé dans le marbre républicain comme celui que son propre discours fit un soir pleurer à la télévision, à l'heure où quelques millions de Français mâchouillaient leurs paupiettes. Véritable proto-ségoléniste, militant de la démocratie participative, il propose le référendum d'initiative populaire et en appelle aux idées claires des Vrais Gens, qu'il qualifie à l'époque de "Français en chair et en os", afin que tous réagissent à ce qu'il appelle ses "propositions justes". On croit rêver. Il obtiendra un peu plus d'un pour cent des suffrages exprimés.
Voilà le challenge! Ségolène se doit de faire un peu plus, mais sans désavouer l'ancêtre du débat citoyen. Montebourg - remake Saint-Justien du brave couillon - relève le défi et s'y emploie en faisant plonger la cheffe de 5% à chaque fois qu'il l'ouvre à la télévision. Encore trois émissions et l'affaire est bouclée. L'axe Sarko-Montebourg est en place.
Mais les nerfs de Barbu ont craqué, un soir en direct. C'était terriblement triste, très touchant. Et les français n'ont retenu que cela. Rien du fond, de son combat pour les droits de l'homme, rien d'un message étrangement moderne, tout était noyé dans l'ombre du Grand Homme. La deuxième guerre mondiale n'était pas loin, l'Algérie fumait encore.
Et les nerfs de Ségolène? Qu'en savons-nous? On sait tout de l'énergie vitale et dévastatrice d'un Chirac en campagne, la tension obtuse, méticuleuse et concentrée d'un Sarkozy ou d'un Jospin, l'économie cybernétique de la rhétorique d'Arlette, mais on se sait rien des performances athlétiques de la candidate PS, et la route des nuits courtes ne fait que commencer. Car en fin de compte, la différence se fait là aussi, dans l'injustice du corps qui tient ou ne tient pas.
Ready, Steady, Go!

Trou d’air chez les Bernard

bernard.jpgFatigation dans le camp Ségo. On craint un peu pour le votage de mai. C'est l'UMP qui trinque et le PS a la gueule de bois. Où est passée l'énergie des vœux? Dur. Trou d'air? Quel trou d'air? On a à peine perdu cinq points dans les sondages…
Les hiérarques du parti  font le point et - c'est écrit comme ça, dans le journal - "Le Monde a pu écouter l'intégralité de ces débats par l'intermédiaire d'un membre du bureau national qui a spontanément appelé et laissé son téléphone portable ouvert pendant toute la réunion." On croit rêver. Plus besoin de briefer un journaliste après la réunion dans l'arrière-salle d'un mauvais bistrot. Plus besoin de mandater les plombiers de la république pour poser des micros. Non, suffit de demander aux amis de la candidate. Ils sont obligeants. La confiance règne chez les camarades. On la sent soutenue par les siens, la madone des sondages. La prochaine réunion commencera avec le traditionnel "Eteignez vos portables".
Après tout, ce genre de petites trahisons, on connaît. Listings, feuilles d'impôts, patrimoine, voyages personnels, diamants de pacotille, enfants illégitimes, préférences sexuelles, on nous aura tout servi… non, le fin du fin est un peu plus bas dans l'article, dans la bouche de Pierre Assouline : "Ségolène est dynamique quand, sur des sujets de droite, on porte nos valeurs de gauche. "
Bon. On le sentait bien. Beaucoup l'avait exprimé, Ségolène chasse les idées en terre Sarkoziennes depuis le début de la confrontation. Mais cette posture de Bernard l'Hermite en campagne, on la ressentait comme un geste de panique destiné à combler le vide, en attendant que les militants proposent de belles pépites issues des débats citoyens de tous les gymnases Pierre Brossolette de l'hexagone. Et bien non il s'agissait d'une nouvelle stratégie électorale discutée au zinc du Solférino.
Pardon, mais ça ressemble à quoi, "porter des valeurs de gauche sur des sujets de droite?" Prenons un exemple. Tiens, au hasard, l'insécurité, la répression, sujet de droite s'il en est. Porter des valeurs de gauche sur l'insécurité ça serait par exemple "Demandons à nos camarades de la Légion Etrangère d'encadrer certains jeunes turbulents par un  dialogue formateur et républicain". Autrement dit, "Corvée de chiotte, petit con!" Deviendrait: "Achour, camarade, tu vois ce seau, tu vois cette balayette? Tu vois les toilettes là-bas? Regarde-moi dans les yeux, comprenons ce moment ensemble… Réfléchissons. Comment peux-tu contribuer?  Où est le geste citoyen? Prends ton temps, Achour, sois cool, on est là pour en parler, moi, toi et le sergent Ramuz…"
J'aime cette campagne.

Royale catastrophe

tsunami.jpgJ'aime les "signes faibles", toutes ces petites infos qu'on lit dans la presse, qui n'accrochent pas vraiment l'attention, qui semblent posées là parce qu'il y avait une colonne à compléter, un article à finir mais qui, rassemblées, mises bout à bout, éclairent d'un coup la situation et la rendent lisible.
Libération, il y a quelques jours, indique à la fin d'un article que Sarkozy est passé devant Ségolène Royal dans les classes dites "populaires". Rapprochons-le d'un entretien publié par le Monde il y a quelques semaines, où Emmanuel Todd montrait, cartes à l'appui, que Ségolène Royal n'avait pas convaincu les départements "ouvriers", ceux qui souffrent. A l'inverse, Laurent Fabius y avait fait le plein. A quoi s'ajoutent ce matin les ricanements médiatiques sur l'ISF du couple royal qui, par définition, n'aime pas les riches et donc, ne s'aime guère. Avant-hier, en première page du Monde, un article contredit ouvertement les thèses du mouvement crypto-syndicaliste Sauvons La Recherche. En gros, la France dépense plus et trouve moins.
Conclusion? Le sol s'effondre sous les pieds de Ségolène Royal.
En convaincant les couches "populaires", Sarkozy prend sa rivale en sandwich et la prive de son référentiel traditionnel, le peuple ouvrier, les "travailleurs" (tiens, la valeur travail, au cœur du discours de NS). La tenaille est diabolique. Fabius, apparemment crédible pour le contrecarrer, a été éliminé aux primaires, et tout récemment humilié par le retour de DSK au cœur du dispositif de campagne. Que reste-t-il à Royal? Cette tranche de la classe moyenne, en majorité constituée de fonctionnaires, prompte à garantir ses acquis et ses privilèges, mais déstabilisée par les propos de la candidate sur les 35 heures au collège et son discours sécuritaire… Or comme le montre l'article sur la recherche, la parole se libère, y compris sur la complaisance de la fonction publique… Les sondages d'intention de vote montrent ce matin que la bascule est nette. Le PS doute et se fissure davantage.
La "grande habileté" de Ségolène Royal rencontre ainsi sa limite et je pense que ses supporters d'hier lui feront payer cher son aventure quand elle tournera court. On dit d'elle qu'elle applique la méthode Mitterrand, dont elle a été très proche. Reste toutefois une différence, mais elle est de taille. Ségolène n'est pas Mitterrand.
Moi, quand je prends une gratte, j'applique scrupuleusement les conseils de Clapton… rien à faire, ça ne sonne pas pareil.

L’écoute paye…

oreille.jpg"Ce que veulent les Français…" C'est la phrase clé. La preuve de l'écoute. Ca se dit face à la caméra, Bayrou le fait très bien… D'abord un léger silence, les yeux dans l'objectif, on sait qu'on entre dans la confidence… "Ce que veulent les Français? Je vais vous le dire, moi…" autrement dit, et moi je le sais et je suis seul à y répondre.
A chaque fois ça m'intéresse parce que comme ça, je vais savoir ce que je veux. Il suffit d'écouter Bayrou. Donc j'écoute. Et à chaque fois c'est à côté. Ca n'est jamais ce que je veux! Mais puisque Bayrou ne se trompe jamais, ça veut forcément dire que je ne suis pas Français. Surement un de ces skieurs exilés ou de ces traders ultralibéraux qui picolent le soir dans les bars de la City. Peut-être que les Français - disons les électeurs, c'est plus honnête - veulent simplement savoir ce que veulent leurs politiques et ce qu'ils vont faire.
Ségolène, elle, est très honnête. Elle ne sait pas. Du coup elle n'affirme aucune conviction et ne fatigue personne en les assenant. Le Français a beau être l'animal le plus sondé du monde, pour elle ça reste assez flou. Donc elle pensera ce qu'ils penseront, le moment venu. Elle l'a dit. Et comme il faut un programme, elle organise cent jours avant l'élection des débats passionnants dans les patronages laïques et les écoles communales, des discussions hyper-consensuelles et profondes où l'intelligence collective se mobilise pour reconstruire l'Europe, refonder les règles du commerce international, définir une position française sur la prolifération nucléaire, planifier la décentralisation, réformer la justice ou relancer la recherche sur les nanotechnologies… Pendant ce temps, au Soférino, les lieutenants s'invectivent sur la fiscalité, sans le faire exprès DSK marche sur la figure de François, Julien Dray - qui doit gagner plus de 4.000€ par mois - émet des doutes sur ce chiffre, et Montebourg déclenche une polémique européenne en attaquant ouvertement la Suisse et la perfide Albion. Tout baigne.
Depuis dimanche, c'est clair du côté de Sarkozy, comme on pouvait s'y attendre, l'avalanche des ses positions a résonné dans le silence intersidéral de la campagne socialiste. Chacun jouera son style, je persiste sur le mot déjà publié. Nicolas Sarkozy habitera l'espace UMP en en respectant les tropismes culturels et la pompe. Mais il le fait bien, avec son style et la clarté de son discours. Libération révélait hier qu'il est passé devant Ségolène Royal auprès des couches populaires de l'électorat.
Le pari d'un leadership fort et affirmé pour passer la crise reste une option crédible pour gagner.

Bas les masques

masque.jpgDialogue. Acte I, scène 1.
(Le jeune François a présenté sa jolie compagne à un vieil oncle. Les deux hommes se retrouvent au fumoir pendant que la jeune femme débarrasse.)
- Alors, oncle Rodolphe? Que pensez-vous d'elle? Soyez direct. Dites-moi… franchement…
(Un silence. L'oncle tire sur sa pipe, le regard perdu dans l'ambre d'un Armagnac).
- François, mon garçon, votre jeune compagne est une adorable ingénue, pour ne pas dire une parfaite idiote, mais quel délicieux enfant… vous voilà tranquille pour longtemps. Mais soyez prudent quand-même…croyez-en votre vieil oncle, soyez prudent…

Dialogue. Acte I, scène 1.
(La jeune Cécilia range la cuisine avec sa mère, après un déjeuner de présentation).
- Vous ne dites rien, maman… que pensez-vous de lui? Soyez directe. Dites-moi… franchement…
(Un silence. Elle lui répond sans la regarder, les mains à plat sur le lave-vaisselle)
- Ma chérie, votre compagnon m'a l'air couillu comme un Postier Breton. C'est très bien. C'est vers la cavalerie qu'il vous faut le pousser… mais… je ne sais pas… sachez le soutenir… il m'a quand même l'air fragile sous ses airs…

La voilà posée, la vraie dramaturgie de la campagne qui s'annonce, un queum contre une meuf… Ségolène a rejoint Nicolas sur la valeur travail, sur ses thèses sécuritaires, et plus récemment fiscales. Nicolas a rejoint Ségolène, regarde désormais dans les yeux la France qui souffre et cite Jaurès à tout bout de champ..
Il nous reste le "genre" pour les départager. Ca va être chaud.

Chez Ségolène, la féminité. Celle du sens commun, celle du stéréotype, celle artificielle et ridicule d'un Feydeau, d'un Labiche, d'un Guitry, pas celle d'une Simone Weil, d'un(e) Thatcher ou d'une Cresson. Voyez vous-même: elle pouffe de ses propres bourdes lexicales, petit rire de gorge, mains rassemblées devant la bouche, yeux levés vers le ciel, non mais quelle gourde je fais alors là vraiment… Jack est là, patelin, et trouve ça formidable. Quelques linguistes en appellent à la négritude de Senghor pour valider le dérapage… Rideau. "Désir d'avenir"? Mon Dieu, mais quel nom! A croire que Laurence Pernoud animait le brainstorming pendant la quatrième grossesse… Les vœux? Souillon a juste eu le temps de retirer son tablier pour aller s'asseoir dans l'office, devant la caméra tremblante du petit. Et tout à l'avenant…
Et sous le masque maîtrisé, sous la mise en scène volontairement désuète? Tous les témoignages concordent. Une détermination et une ambition portées par une brutalité sans égale. Une capacité d'écoute limitée à ce qui la sert. Un cynisme spectaculaire – elle a été à bonne école, celle de l'Autre François. J'en veux pour preuve sa plus belle escroquerie: l'instrumentalisation de ce pauvre Montebourg. Il semble acquis maintenant que ce Saint-Just d'opérette se fera déchiqueter avant la fin à l'instar de tous les crétins qui sortent trop tôt de la tranchée en hurlant d'enthousiasme… A sa sortie du coma, elle lui rendra visite. Elle sera généreuse et douce. Et le nommera ambassadeur de France. Aux Kerguelen…

Chez Nicolas, la virilité. Celle du sens commun, celle du stéréotype… Tout est là, la raideur trapue de la nuque et le menton haut pour compenser ce que le squelette abandonne aux regrets. Le cheveu est court, où se découpe l'oreille pointue. Autour de lui, les barbouzes patibulaires dégagent sans ménagement la foule des Vrais Gens. Il avance. Le pupitre est là, et la lueur bleue en fond de scène. Le langage découpe le réel comme le scalpel qui libérera la France de la tumeur socialiste. On revoit toutes les images, tous les articles. La bande de potes assise en cercle autour du chef, le soir, Chez Beauvau, quand on fait le point, une mousse à la main. On y va, les gars, tout est possible, castagne frontale, y compris avec les copains quand ils sortent des clous, y compris avec le père – il a fait son temps, le Mâle Dominant, quoi merde. Même MAM, on la lui laissera pas. Et l'autre, le grand pommadé, on va lui faire bouffer ses listings… Quant à la petite – sa place est à la maison, - on va la chercher jusqu'à New York s'il le faut et on la ramène en la tirant par les cheveux… Et tout à l'avenant…
Et sous le masque maîtrisé, sous la mise en scène d'un chef parfait? Tous les témoignages concordent. Une détermination et une ambition portées par un vrai sens de l'amitié et de la personne. Sarkozy, dit-on, est plutôt quelqu'un qui écoute, qui doute et trébuche parfois, comme il a trébuché sur sa propre rupture, qui n'était pas tranquille, comme il a trébuché sur ce bon Edouard. Quelqu'un d'humain. Un Vrai Gens?

Singulier paradoxe qui veut que derrière la femme de dialogue grimace l'intransigeance et que derrière le rictus fiévreux du lutteur se cache une douceur enfouie. Ségolène saura-telle dévoiler un contenu que personne ne soupçonne? Nicolas révèlera-t-il une humanité que personne ne soupçonne?
La campagne fera-t-elle tomber les masques?

When I Followed Her, To The Station…

johnson.jpgOn ne passe pas sans dommages du 14mg au 7mg. Blues velu, garanti. J'ai dû leur laisser le prix de mon immeuble, à Nicopatch. Depuis le temps.
Bon, mon soixante-et-unième arrêt de tabac se passe en douceur. Déprime nominale. C'est le bon, je le sens. Comme les autres… Je ressasse. Je ressasse pendant qu'à la télé on annonce le sacre du prince, demain à la Porte de Versailles (symbole royal), qu'on atteint par les Maréchaux (symbole impérial). Même ça, ça n'arrive pas à me faire sourire. MAM a rejoint les compagnons dans le vestiaire des garçons, j'avais prédit. Le Chef doit s'enfiler des poignées entières d'Euphon et de Ritalin. Il va nous le faire Great Balls Of Fire, le discours. Tout le monde va en parler. Blogs-Journaux-Télés-Radios-Commerçants… François Hollande fera un commentaire horrifié. Je pense.
Le moral dans les chaussettes. Moi. J'aime bien Nicolas, mais là…
Un état d'esprit qui me ramène obstinément vers Villepin. VillepinJospin… Avec tendresse. C'est peut-être cette foutue terminaison en "pin" qui pose problème. Quelle solitude! Lionel s'offre à la république. Tout le monde s'en fout. Dominique fait baisser le chômage. Tout le monde s'en fout. Ségolène renoue avec la tradition giscardienne et dîne ce soir chez les Vrais Gens, ça intéresse… Décarcassez-vous !
Et pour m'achever, ce mail du courageux Volcouve (président du Club des 4 de Liverpool, les choses sérieuses) qui nous tient régulièrement au courant du cauchemar conjugal de Sir Paul. Heather déconne. Ce qu'elle veut pour sceller le divorce? La maison de St John's Wood (4 m£), celle de Beverly Hills, Hollywood (5m£), un appartement et un bureau à New York, la propriété du Sussex (sacré Heather) à 1,5m£. Naturellement la maintenance des propriétés, personnel de maison, concierge et jardinier. Ah oui, une nounou pour Beatrice, jusqu'à ses dix-huit ans. Deux trajets en hélicoptère par semaine. Et la mise à disposition d'un jet privé. Un garde du corps 24h/24 pour Beatrice. Enfin pour la nuit on verra. Une voiture pour chaque propriété, sinon, c'est TERRIBLEMENT mal pratique. Le remplacement de son ordinateur et de son téléphone chaque année. Une dotation pour sa garde robe et celle de Bea. L'école privée pour la petite. Une pension alimentaire et une dotation régulière pour ses loisirs, pour ses courses et son essence. Des soins privés pour elle et sa fille. Une rente annuelle. Et 50m£ en cash.
Ca fait plus de 4.000€ par mois, ça.

Vignette: Robert Johnson

Bavure écologique

discharge.jpgCa castagne chez les Ecolos. Yann Wehrling, qui porte la parole nationale des Verts, tance vertement Nicolas Hulot dans Le Monde (9 Janvier) parce que ce dernier n'a pas sa carte du parti, parce qu'il a parlé à l'oreille de Chirac et parce qu'il ne s'enchaîne pas aux grilles du MEDEF pour dénoncer l'outrage fait à Gaïa par l'Abominable Grand Capital. Et même pas un mot sur sa coupe de cheveux !
A quoi Jean-Paul Besset, qui porte la parole de Nicolas Hulot, lui répond bonne humeur et sympathie dans Le Monde également (12 janvier), et lui demande de rejoindre la bande à Nico, ou d'aller se faire foutre sur la banquise. Tant qu'elle existe. Quand on passe même pas à la télé, on la ramène pas.
Tiens, tout ça me rappelle une bavure écologique observée il y a quelques années. J'étais à Rangoon, Myanmar, pour la Commission Européenne, une quinzaine de jours. Il y a, dans la ville, des rues où se concentrent certains métiers, et parmi elles, celle des papetiers. Je m'y baladais. Je suis entré dans une boutique, impressionné par de grandes feuilles d'un papier que je croyais artisanal et dont j'aimais la texture approximative et belle. J'ai demandé au commerçant de me présenter son produit. Il le vendait très bien, m'a-t-il dit, bien qu'il le trouvât très moche. Ses principaux clients étaient les grands distributeurs d'Europe de l'Ouest, qui l'utilisaient pour faire des enveloppes de papier dit "recyclé". J'ai demandé s'il était recyclé. Il a ri, mais alors ri… "Non, mais il en a le look parce que nos machines sont vétustes. Et, vous savez quoi? Notre industrie est la plus polluante du monde!". Et de rire encore, et encore… Ah ah ah! Mais quelle fameuse blague! Il en avait les larmes aux yeux…
Bref, nos consommatrices écolo-conscientes qui choisissaient à l'époque leurs enveloppes recyclées dans les rayons de leur grand magasin préféré, nettoyaient de toute vie animale, et sans le savoir, les deltas du sud de la Birmanie, pays aidé et "hors quotas" à l'époque…
Je trouve tout ça terriblement compliqué. Pas vous?

Le PS fait la vérité sur Nicolas Sarkozy

dictateur.jpgLe parti socialiste met depuis peu à la disposition du public une étude impartiale sur Nicolas Sarkozy afin de contribuer de la manière la plus objective possible au débat électoral à venir. Elle est téléchargeable gratuitement sur son site. Le document, d'une petite centaine de pages, fascinera les foules comme elles le furent il y a peu en découvrant avec passion la Constitution Européenne. Bonne lecture!
Dans son introduction, Eric Besson, auteur et pilote du dossier, nous rassure. La démocratie française n'est pas en danger avec le président de l'UMP si par malheur il venait à gagner. Il est un "adversaire respectable". Oui, le slogan Sarko-facho n'a de sens que pour les fronts-bas de la LCR.
Le document détaille ensuite les quelques réserves d'usage qui peuvent être apportées à sa philosophie politique. Nicolas Sarkozy est un mystique qui laisse l'islam le plus radical s'introduire au cœur de la république, un obsédé sécuritaire qui veut inféoder la justice, un xénophobe frontiste qui veut fermer le pays, un ultralibéral ultrabushiste qui s'émerveille, pousse de petits cris et bat des mains devant les balbutiements attendrissants de la toute jeune démocratie iraquienne, un suppôt du grand capital qui écrasera les classes laborieuses et tous les salauds de pauvres sous le talon ultralibéral de sa botte de cuir noir… Un démocrate, quoi, comme dit dans l'introduction. Pas le genre du PS de tomber dans la caricature. Mais un démocrate de droite, donc "opportuniste, cynique et calculateur", qui invente un nouveau type de mensonge pour satisfaire son désir démesuré de pouvoir.
On se demandait comment le PS allait réagir à l'angoissante vacuité du discours de sa candidate.
Réponse, coupe Magic-Form, en 90 pages.

PS, le pari gagnant de la bêtise

ane.jpgC'est avec une certaine lassour, pardon lassitude, que je lis et relis, aussi bien sur les blogs que dans la presse de gauche, les billets narquois et sarcastiques que provoque l'invention de la bravitude par Ségolène.
Et pourtant, bravoure ou bravitude, je crois qu'une fois encore elle est dans le vrai et que sa stratégie de la bourde est gagnante, n'en déplaise à l'UMP et aux penseurs de son camp - qui rechignent un peu à se reconnaître dans la Dame et commencent à raser les murs de la blogosphère. Plus elle est vague, approximative, creuse, obtuse, godiche, gauche, empotée, maladroite, plus elle se démarque de l'insupportable pertinence intellectuelle de ses concurrents, plus elle s'affranchit du débat et plus elle consolide le désir, l'empathie et le rêve qui la portent aujourd'hui. La candidate surfe avec grâce sur un simplisme et une connivence qui valent pour réponse à la complexité d'un monde que l'électeur moyen ne déchiffre plus depuis longtemps. Il y a, dans la "France d'en haut", une mystique de l'intelligence qui trouve aujourd'hui sa limite dans l'incapacité des élites à se réformer, et par conséquent à réformer le reste. Ségolène s'en méfie et s'en écarte. D'une certaine façon, elle met ce pauvre Raffarin KO deux fois, en lui piquant sa région puis son style.
Mon conseil, aller lire un article, "Eloge de la Bêtise", qui décrit de façon involontaire mais stupéfiante la stratégie développée par Royal pour promouvoir sa candidature. Une phrase en passant ? "Mais surtout, la bêtise pourrait devenir une réponse particulièrement adaptée dans certains cas de figure. Lorsque anticiper la meilleure réponse n’est plus possible, alors une stratégie consiste à multiplier les réponses et ne choisir qu’a posteriori. Dans ce cas, il est nécessaire de ne pas sélectionner " a priori " la réponse qui nous semble la plus intelligente, mais plutôt d’accepter de tester d’autres réponses qui nous semblent plus " bêtes".
S'il fallait mieux décrire la stratégie participative et l'outil de collecte que sont Désir d'avenir et les débats citoyens, on ne pourrait pas.
Baudelaire disait "La bêtise est souvent un ornement de la beauté". Qu'a-t-on besoin d'ajouter?

Staline, une vision “singulière” de la démocratie…

accuse.jpg"C'est comme quand un souffle de vent fait tournoyer quelques feuilles et que, bientôt, quelques autres viennent s'agréger autour d'elles, formant un tourbillon qui retombe avec le vent…" Cette bien jolie phrase, tirée d'un article titré "Huit jeunes gens très ordinaires" (Le Monde, 28 décembre) décrivait la "bande" de djeunes qui a incendié un bus à Marseille et très gravement brûlé une passagère, il y a quelques semaines. Lyrique, non? De bons garçons un peu turbulents.
"Nicolas C. n'était pas considéré comme particulièrement dangereux…" est tiré d'un autre article du même journal (7 janvier). Les mots s'appliquent au détenu de Rouen qui a assassiné un compagnon de cellule avant de faire cuire et consommer partiellement l'un des poumons de sa victime. Bien sûr, il avait été auparavant condamné à cinq ans pour braquage, puis mis en examen pour tentative de viol avec arme et fait quelques séjours en HP. Rien que de très normal. De là à le considérer comme dangereux…
Dans la même veine, on pourrait proposer: "En massacrant une génération entière du peuple cambodgien, Monsieur Pol Pot a sans doute involontairement engagé une stratégie politique discutable…" Ou bien "En faisant briser les doigts du guitariste chilien Victor Jara, les supporters d'Augusto Pinochet ont sans doute voulu montrer leur détermination à ouvrir une sur nouvelle conception de la démocratie"
Il y a quelque chose d'aussi choquant dans la mollesse des mots que dans la brutalité qu'ils veulent gommer. Les exemples sont pléthore. Comme si le journaliste ou le commentateur, la peur au ventre, n'osait plus dénoncer, établir une responsabilité, présenter des faits - nommer le mal, en fait - et que seuls la litote, l'antiphrase, l'amphigouri, l'auxèse, l'euphémisme, l'ellipse, la métaphore (etc.) devenaient les figures exigées par un lectorat (une rédaction?) qu'effraye toute position marquée. Pas question de laisser ses traces de doigts sur l'opinion d'autrui.
On appelait ça tourner autour du pot. On ne peut pas mieux dire.

Requiescat In Pace

couronne.jpgL'euthanasie est un sujet embarassant. En fin de dîner, la conclusion s'impose, "y'a du pour, y'a du contre et inversement". On passe. Allez, on change d'assiettes pour le fromage…
Pour autant, comment expliquer l'acharnement thérapeuthique que doit subir, sans espoir de rédemption, le corps inerte mais vivant de Libération.
L'encéphalogramme du journal est plat depuis des lustres. Ca n'est un secret pour personne. La masse musculaire décline régulièrement depuis quelques années. On a extrait quelques organes défaillants. D'autres ont été remplacés. Mais les écrans sont formels et bipent dans le silence de la chambre, même faiblement, les fonctions vitales résistent, qui veillent et ne réagissent plus qu'à de rares stimuli, tels une blague de Marine Le Pen, un arrêt de travail à la SNCF, un manif à Denfert, une pensée de Rocard, une déclaration de repentance de Lou Reed ou l'occupation d'une entreprise quelconque par une coordination quelconque dans une ville quelconque…
C'est sans doute cela - cette vigilence politique dans l'insoutenable dérive libérale du présent - qui a poussé une nouvelle troïka dirigiste (composée d'un Rothschild, d'un Publicis, d'un BHL et d'un Caracciolo, métro-boulot-dodo, quoi) au chevet du mourant afin sans doute d'en apprécier le dernier souffle.  Pourquoi pas Microsoft ? Le radical est de plus en plus chic.
Nous avons (presque) (ndc) tous aimé et détesté Libé. Allez, au moins les couvertures. Mort de Lennon, mort de Hergé, mort de Gainsbourg… Mais pourquoi, et au nom de quoi, tant d'acharnement à maintenir en vie un nécrologue si virtuose ? Nous savons tous que le peseur d'âme est passé au journal, depuis longtemps. Alors, à quand la dernière couv ? La sienne.
Et tournons la page avant que l'opération ne fasse école ! On murmure dans Paris que certains pourraient être tentés. J'entends dire que François Pinaud (PPR) et Bernard Arnaud (LVMH) travailleraient à la résurection de La Cause du Peuple.

Leadership & Cheap Leaders

moise.jpgSégolène Royal et Nicolas Sarkozy sont-ils des Level 5 Leaders (leaders de niveau 5, le top du top tel que décrit par les derniers gurus américains du domaine)? Trouveraient-ils grâce aux yeux du lecteur sagace de Harvard Business Review?
On me dira peu importe, une élection, ça n'est pas du leadership, c'est de la vente. Certes. Mais après, la vente, il faut livrer. Contrat sur cinq ans. Alors regardons d'un peu plus près et voyons, à travers leurs comportements, ce que l'un et l'autre nous disent de leur style de leadership.

Ségolène, c'est d'abord un vocabulaire limité, une élocution hésitante, une caméra tremblante qui compense la fixité tragique de la candidate dans ses vidéos, le refus de répondre aux grandes questions et le recours à l'écoute pour justifier ce que d'autres décrivent comme un manque patent de compétences. C'est aussi un émotionnel envahissant, une simplicité de bon aloi mise en scène par une équipe à l'origine très féminine, avec plus ou moins de bonheur, disons le. On est chez les vrais gens et on est en famille. C'est tout juste si on n'entendait pas quelqu'un passer l'aspirateur pendant la vidéo des vœux. Un leadership de "position basse", en somme, mais articulé sur une volonté de gagner très clairement exprimée. Bingo! On est bien dans l'expression du Level 5, dont les fondements sont, rappelons-le, l'humilité et la volonté. A croire que Montebourg n'a pas encore suivi la formation.

Nicolas, c'est autre chose. C'est de l'UMP, du Gaulliste, on est dans la mystique du chef, du compagnon-godillot, on est chez les mecs, les vrais, manque plus que MAM pour être au complet. On est dans le marbre. Le vocabulaire est clair et incisif, précis, la diction irréprochable, la caméra - parfaitement fixe et professionnelle- cadre difficilement un candidat trop mobile. On est dans l'affirmation, l'assersion d'idées intelligentes, les yeux dans les yeux, oui, on est dans la conviction personnelle, dans l'action. L'émotionnel – le quoi? -, l'émotionnel, disons qu'il est un peu difficile à percevoir derrière le mur de gardes du corps coiffés comme des mercenaires rodhésiens. Aï! Désolé, Nicolas, mais ça, ça ressemble terriblement à du niveau 4, cette affaire. Un petit effort, nom de Dieu. La volonté est là, oui, mais où est l'humilité – la quoi? - l'humilité, les gars, que chérit la foule d'aujourd'hui?

Qui va gagner la vente? Que chacun fasse son tapis. Restent deux questions. La campagne n'y répondra que partiellement: Premièrement, Ségolène usurpe-t-elle cette position en s'affranchissant des niveaux précédents (il faut avoir acquis pour être un vrai Level 5)? Autrement dit est-elle simplement très creuse ou, au contraire, garde-t-elle un contenu qu'elle ne juge pas nécessaire d'expoiter aujourd'hui? Deuxièmement, Nicolas sera-t-il capable de développer une empathie suffisante pour rassurer ceux qui trouvent son activisme quasi-pathologique?
Tout se jouera sur les attentes de ces quelques pourcents d'indécis qui font traditionnellement basculer les élections. Soit leur sentiment d'urgence est faible et l'approche de Ségolène, plus consensuelle, plus enrobante, les convaincra, soit leur sentiment d'urgence est fort et le pari de rupture l'emportera. Par gros temps, quand une avarie se déclare, le skipper organise rarement des groupes de travail participatifs pour faire le tour des solutions possibles… Par temps calme, on peut toujours discuter du cap ou de la route à suivre. Autour d'un verre de Patrimonio.
N'oublions pas qu'à quelques encâblures d'ici, un leader a réussi à se vendre deux fois en déclarant n'avoir jamais lu qu'un seul livre dans sa vie. Il a fallu six ans aux américains pour s'en apercevoir. La connerie est rarement magicienne et la vente n'est pas l'exécution.
Et Chirac n'a pas dit son dernier mot.

Et le verbe s’est fait chair.

grossesse.jpg

L'article du Monde (daté du 3 janvier) "Par mon verbe je vaincrai", n'aura échappé à personne. Il traite de la façon dont les candidats choisissent et combinent leurs mots, les jouent comme des pions dans la partie qu'ils ont engagée. Vrais mots pour vrais gens, formules chocs ou oxymorons, épanalepses, synecdotes et métonymies… le six-coups rhétorique en main, ça défouraille.
Je me suis intéressé aux mots de Ségolène. Et justement, le site Désir d'avenir, propose un petit encadré intéressant, dit
"nuage de mots" (l'image ci-dessous, cliquez). Voilà donc ce qu'il donne, le merveilleux nuage, en tout cas mardi 2 janvier. Il s'agit, par ordre de taille, des mots les plus fréquemment employés dans l'ensemble des pages du site de Ségolène Royal. Autrement dit une approche lexicale de la logomachie participative que la candidate entretient avec les vrais gens. Magie de l'internet.
Intéressant! Regardons de plus près. On en déduit naturellement la phrase "Ségolène Faire Beaucoup Enfants"! Et voilà qui :
1. confirme le trospisme maternel de la campagne initiée par la bande de Melle
2. prouve qu'elle a lu Tintin au Congo dans l'édition de 1930
3. permet aux nouveaux inscrits qui ont remplacé le Bescherelle par le Texto de se sentir connectés.
On ne peut qu'applaudir ce positionnement parturient car les enfants, à défaut d'y parvenir, on peut toujours essayer d'en faire. Le plus souvent possible.
Et pour tout dire, moi très content! Oui, moi content parce que nuage Désir renforcer sentiment diffus, confirmé par un sondage JDD fin novembre: le succès de Ségolène dans l'opinion publique tient au fait qu'elle est une femme. Or tout porte à croire qu'elle le restera au moins jusqu'en mai, sauf engagement sacrificiel au service du mariage gay.
Pour autant, on peut s'interroger sur la pérennité du concept d'éternel féminin en politique, et naturellement sur le nuage de Nicolas.
Oui, Ségolène est une femme! Et, à ce jour, telle est sa programme.

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