Leadership & Cheap Leaders

moise.jpgSégolène Royal et Nicolas Sarkozy sont-ils des Level 5 Leaders (leaders de niveau 5, le top du top tel que décrit par les derniers gurus américains du domaine)? Trouveraient-ils grâce aux yeux du lecteur sagace de Harvard Business Review?
On me dira peu importe, une élection, ça n'est pas du leadership, c'est de la vente. Certes. Mais après, la vente, il faut livrer. Contrat sur cinq ans. Alors regardons d'un peu plus près et voyons, à travers leurs comportements, ce que l'un et l'autre nous disent de leur style de leadership.

Ségolène, c'est d'abord un vocabulaire limité, une élocution hésitante, une caméra tremblante qui compense la fixité tragique de la candidate dans ses vidéos, le refus de répondre aux grandes questions et le recours à l'écoute pour justifier ce que d'autres décrivent comme un manque patent de compétences. C'est aussi un émotionnel envahissant, une simplicité de bon aloi mise en scène par une équipe à l'origine très féminine, avec plus ou moins de bonheur, disons le. On est chez les vrais gens et on est en famille. C'est tout juste si on n'entendait pas quelqu'un passer l'aspirateur pendant la vidéo des vœux. Un leadership de "position basse", en somme, mais articulé sur une volonté de gagner très clairement exprimée. Bingo! On est bien dans l'expression du Level 5, dont les fondements sont, rappelons-le, l'humilité et la volonté. A croire que Montebourg n'a pas encore suivi la formation.

Nicolas, c'est autre chose. C'est de l'UMP, du Gaulliste, on est dans la mystique du chef, du compagnon-godillot, on est chez les mecs, les vrais, manque plus que MAM pour être au complet. On est dans le marbre. Le vocabulaire est clair et incisif, précis, la diction irréprochable, la caméra - parfaitement fixe et professionnelle- cadre difficilement un candidat trop mobile. On est dans l'affirmation, l'assersion d'idées intelligentes, les yeux dans les yeux, oui, on est dans la conviction personnelle, dans l'action. L'émotionnel – le quoi? -, l'émotionnel, disons qu'il est un peu difficile à percevoir derrière le mur de gardes du corps coiffés comme des mercenaires rodhésiens. Aï! Désolé, Nicolas, mais ça, ça ressemble terriblement à du niveau 4, cette affaire. Un petit effort, nom de Dieu. La volonté est là, oui, mais où est l'humilité – la quoi? - l'humilité, les gars, que chérit la foule d'aujourd'hui?

Qui va gagner la vente? Que chacun fasse son tapis. Restent deux questions. La campagne n'y répondra que partiellement: Premièrement, Ségolène usurpe-t-elle cette position en s'affranchissant des niveaux précédents (il faut avoir acquis pour être un vrai Level 5)? Autrement dit est-elle simplement très creuse ou, au contraire, garde-t-elle un contenu qu'elle ne juge pas nécessaire d'expoiter aujourd'hui? Deuxièmement, Nicolas sera-t-il capable de développer une empathie suffisante pour rassurer ceux qui trouvent son activisme quasi-pathologique?
Tout se jouera sur les attentes de ces quelques pourcents d'indécis qui font traditionnellement basculer les élections. Soit leur sentiment d'urgence est faible et l'approche de Ségolène, plus consensuelle, plus enrobante, les convaincra, soit leur sentiment d'urgence est fort et le pari de rupture l'emportera. Par gros temps, quand une avarie se déclare, le skipper organise rarement des groupes de travail participatifs pour faire le tour des solutions possibles… Par temps calme, on peut toujours discuter du cap ou de la route à suivre. Autour d'un verre de Patrimonio.
N'oublions pas qu'à quelques encâblures d'ici, un leader a réussi à se vendre deux fois en déclarant n'avoir jamais lu qu'un seul livre dans sa vie. Il a fallu six ans aux américains pour s'en apercevoir. La connerie est rarement magicienne et la vente n'est pas l'exécution.
Et Chirac n'a pas dit son dernier mot.

Commentaires (1) to “Leadership & Cheap Leaders”

  1. Bien vu le benchmark des candidats à l’aune d’Harvard. Evidemment pas un seul de ces deux-là n’y a jamais mis les pieds et d’ailleurs combien de temps pourraient-ils y rester ? Quant à leur leadership, il est pour moi usurpé depuis le début : l’une c’est grâce à un chromosome, l’autre parce que c’est son tour… Ca vaut pas un coup de cidre c’te affaire. Et si Chirac… ?

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