Bas les masques

masque.jpgDialogue. Acte I, scène 1.
(Le jeune François a présenté sa jolie compagne à un vieil oncle. Les deux hommes se retrouvent au fumoir pendant que la jeune femme débarrasse.)
- Alors, oncle Rodolphe? Que pensez-vous d'elle? Soyez direct. Dites-moi… franchement…
(Un silence. L'oncle tire sur sa pipe, le regard perdu dans l'ambre d'un Armagnac).
- François, mon garçon, votre jeune compagne est une adorable ingénue, pour ne pas dire une parfaite idiote, mais quel délicieux enfant… vous voilà tranquille pour longtemps. Mais soyez prudent quand-même…croyez-en votre vieil oncle, soyez prudent…

Dialogue. Acte I, scène 1.
(La jeune Cécilia range la cuisine avec sa mère, après un déjeuner de présentation).
- Vous ne dites rien, maman… que pensez-vous de lui? Soyez directe. Dites-moi… franchement…
(Un silence. Elle lui répond sans la regarder, les mains à plat sur le lave-vaisselle)
- Ma chérie, votre compagnon m'a l'air couillu comme un Postier Breton. C'est très bien. C'est vers la cavalerie qu'il vous faut le pousser… mais… je ne sais pas… sachez le soutenir… il m'a quand même l'air fragile sous ses airs…

La voilà posée, la vraie dramaturgie de la campagne qui s'annonce, un queum contre une meuf… Ségolène a rejoint Nicolas sur la valeur travail, sur ses thèses sécuritaires, et plus récemment fiscales. Nicolas a rejoint Ségolène, regarde désormais dans les yeux la France qui souffre et cite Jaurès à tout bout de champ..
Il nous reste le "genre" pour les départager. Ca va être chaud.

Chez Ségolène, la féminité. Celle du sens commun, celle du stéréotype, celle artificielle et ridicule d'un Feydeau, d'un Labiche, d'un Guitry, pas celle d'une Simone Weil, d'un(e) Thatcher ou d'une Cresson. Voyez vous-même: elle pouffe de ses propres bourdes lexicales, petit rire de gorge, mains rassemblées devant la bouche, yeux levés vers le ciel, non mais quelle gourde je fais alors là vraiment… Jack est là, patelin, et trouve ça formidable. Quelques linguistes en appellent à la négritude de Senghor pour valider le dérapage… Rideau. "Désir d'avenir"? Mon Dieu, mais quel nom! A croire que Laurence Pernoud animait le brainstorming pendant la quatrième grossesse… Les vœux? Souillon a juste eu le temps de retirer son tablier pour aller s'asseoir dans l'office, devant la caméra tremblante du petit. Et tout à l'avenant…
Et sous le masque maîtrisé, sous la mise en scène volontairement désuète? Tous les témoignages concordent. Une détermination et une ambition portées par une brutalité sans égale. Une capacité d'écoute limitée à ce qui la sert. Un cynisme spectaculaire – elle a été à bonne école, celle de l'Autre François. J'en veux pour preuve sa plus belle escroquerie: l'instrumentalisation de ce pauvre Montebourg. Il semble acquis maintenant que ce Saint-Just d'opérette se fera déchiqueter avant la fin à l'instar de tous les crétins qui sortent trop tôt de la tranchée en hurlant d'enthousiasme… A sa sortie du coma, elle lui rendra visite. Elle sera généreuse et douce. Et le nommera ambassadeur de France. Aux Kerguelen…

Chez Nicolas, la virilité. Celle du sens commun, celle du stéréotype… Tout est là, la raideur trapue de la nuque et le menton haut pour compenser ce que le squelette abandonne aux regrets. Le cheveu est court, où se découpe l'oreille pointue. Autour de lui, les barbouzes patibulaires dégagent sans ménagement la foule des Vrais Gens. Il avance. Le pupitre est là, et la lueur bleue en fond de scène. Le langage découpe le réel comme le scalpel qui libérera la France de la tumeur socialiste. On revoit toutes les images, tous les articles. La bande de potes assise en cercle autour du chef, le soir, Chez Beauvau, quand on fait le point, une mousse à la main. On y va, les gars, tout est possible, castagne frontale, y compris avec les copains quand ils sortent des clous, y compris avec le père – il a fait son temps, le Mâle Dominant, quoi merde. Même MAM, on la lui laissera pas. Et l'autre, le grand pommadé, on va lui faire bouffer ses listings… Quant à la petite – sa place est à la maison, - on va la chercher jusqu'à New York s'il le faut et on la ramène en la tirant par les cheveux… Et tout à l'avenant…
Et sous le masque maîtrisé, sous la mise en scène d'un chef parfait? Tous les témoignages concordent. Une détermination et une ambition portées par un vrai sens de l'amitié et de la personne. Sarkozy, dit-on, est plutôt quelqu'un qui écoute, qui doute et trébuche parfois, comme il a trébuché sur sa propre rupture, qui n'était pas tranquille, comme il a trébuché sur ce bon Edouard. Quelqu'un d'humain. Un Vrai Gens?

Singulier paradoxe qui veut que derrière la femme de dialogue grimace l'intransigeance et que derrière le rictus fiévreux du lutteur se cache une douceur enfouie. Ségolène saura-telle dévoiler un contenu que personne ne soupçonne? Nicolas révèlera-t-il une humanité que personne ne soupçonne?
La campagne fera-t-elle tomber les masques?

Commentaires (5) to “Bas les masques”

  1. un petit commentaire juste pour flatter l’ego du bloggeur…

  2. … et le voilà flatté.
    “Ain’t gonna work on Maggie’s farm… NoMore”

  3. que vous avez raison, mon bon monsieur…
    euh…il s’agissait de quoi au fait ?

  4. Dylan 1964. Private joke. No harm, Maggie, no harm.

  5. intéressante, du point de vue rhétorique, la différence faite entre l’image médiatique que tout le monde connaît (?), et les témoignages qui tous concordent. ils viennent d’où les témoignages qui tous concordent ?

    cela dit, je vais abonder avec un témoignage de deuxième main, et qui concorde d’une certaine façon : quelqu’un travaillant dans un ministère central est descendu avec Sarko sur le terrain. il trouvait que Sarko était ouvert, n’arrivait pas avec une analyse et une solution toute faite, mais au contraire allait au contact et rentrait dans la discussion. cela donne parfois l’impression qu’il donne dans la confrontation, mais cela est une image médiatique, n’est-ce pas ?

    et un petit témoignage, de première main. lors d’un pôt gigantesque, il y avait plus de mille personnes compactées, le hasard a voulu que nous nous retrouvions en face trois fois. les deux premières fois, il m’a serré la main comme le font tous les politiques, de façon automatique. la troisièmes fois : “mais on s’est déjà vu !” … il est définitivement pas déconnecté de réel.

    par contre, lors de ce même pôt, il y avait Cécilia, qui le suit en le dominant d’une tête. elle scannait la salle, et la combinaison des deux, l’une en retrait et dominant, et l’autre, actif et au contact, était intéressante.

    moralité : “où est la femme ?”

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