Royale catastrophe

tsunami.jpgJ'aime les "signes faibles", toutes ces petites infos qu'on lit dans la presse, qui n'accrochent pas vraiment l'attention, qui semblent posées là parce qu'il y avait une colonne à compléter, un article à finir mais qui, rassemblées, mises bout à bout, éclairent d'un coup la situation et la rendent lisible.
Libération, il y a quelques jours, indique à la fin d'un article que Sarkozy est passé devant Ségolène Royal dans les classes dites "populaires". Rapprochons-le d'un entretien publié par le Monde il y a quelques semaines, où Emmanuel Todd montrait, cartes à l'appui, que Ségolène Royal n'avait pas convaincu les départements "ouvriers", ceux qui souffrent. A l'inverse, Laurent Fabius y avait fait le plein. A quoi s'ajoutent ce matin les ricanements médiatiques sur l'ISF du couple royal qui, par définition, n'aime pas les riches et donc, ne s'aime guère. Avant-hier, en première page du Monde, un article contredit ouvertement les thèses du mouvement crypto-syndicaliste Sauvons La Recherche. En gros, la France dépense plus et trouve moins.
Conclusion? Le sol s'effondre sous les pieds de Ségolène Royal.
En convaincant les couches "populaires", Sarkozy prend sa rivale en sandwich et la prive de son référentiel traditionnel, le peuple ouvrier, les "travailleurs" (tiens, la valeur travail, au cœur du discours de NS). La tenaille est diabolique. Fabius, apparemment crédible pour le contrecarrer, a été éliminé aux primaires, et tout récemment humilié par le retour de DSK au cœur du dispositif de campagne. Que reste-t-il à Royal? Cette tranche de la classe moyenne, en majorité constituée de fonctionnaires, prompte à garantir ses acquis et ses privilèges, mais déstabilisée par les propos de la candidate sur les 35 heures au collège et son discours sécuritaire… Or comme le montre l'article sur la recherche, la parole se libère, y compris sur la complaisance de la fonction publique… Les sondages d'intention de vote montrent ce matin que la bascule est nette. Le PS doute et se fissure davantage.
La "grande habileté" de Ségolène Royal rencontre ainsi sa limite et je pense que ses supporters d'hier lui feront payer cher son aventure quand elle tournera court. On dit d'elle qu'elle applique la méthode Mitterrand, dont elle a été très proche. Reste toutefois une différence, mais elle est de taille. Ségolène n'est pas Mitterrand.
Moi, quand je prends une gratte, j'applique scrupuleusement les conseils de Clapton… rien à faire, ça ne sonne pas pareil.

Commentaires (5) to “Royale catastrophe”

  1. il y a plusieurs choses à relier dans ce que tu discernes : 1) le “vote” des classes populaires, 2) la cohérence interne du PS, entre le discours, l’histoire, l’image etc. et la réalité sociologique, 3) la perception de Royal, son inconsistance, la construction de son image, etc. 4) la parole qui se libère …

    1) il y a belle lurette que le PS n’est plus le parti des “ouvriers” et des “classes” populaires ; le FN lui a ravi la vedette depuis longtemps. le PS semble plutôt en effet être le parti des fonctionnaires, intellectuels et autres classes moyennes de privilégiés. une question est cependant : quelle proportion représentent-ils respectivement, quelle influence sur le vote ?

    2) l’incohérence et l’inconsistance du PS sont patentes depuis la fin Jospin, rendues manifestes par le programme, son processus tortueux d’élaboration et son contenu indigent. de même, le processus des candidats a été habilement récupéré et promu, mais il était d’abord un signe de désarroi. il n’empêche, “même morte la bête conserve son venin” … (c’est une image, à ne pas prendre au pied de la lettre SVP). les slogans du genre “au secours la droite revient !” qui suffisaient à rallier les gogos suffiront-ils aujourd’hui ? cela semble difficile en effet. mais le vote contre est encore le plus efficace.

    3)Royal a été lancée comme un produit, le marketing a été plutôt bien pensé et réalisé (par Attali et Ogilvy, entre autres … qui sont les donneurs d’ordre ?). la ressuscitation de Mitterrand il y a peu, par Attali et consort à nouveau, participait-elle de l’opération ? en tout cas, elle tombait bien : accrocher le wagon Royal à la locomotive Mitterrand … mais le marketing le plus réussi ne peut faire prendre longtemps des vessies pour des lanternes. l’inconsistance de Royal ne peut qu’apparaître au fil du temps. la question est : tiendra-t-elle jusqu’à l’élection ? le lifting médiatique tiendra-t-il le coup ? elle a encore des appuis solides dans le milieu.

    4) d’où la question en effet : le milieu va-t-il continuer à la soutenir contre vent et marées ? ou sera-t-il tenté de se ménager Sarkozy ? sans doute le référendum de 2005, le coup de semonce contre Libé peuvent-ils donner aux médias l’idée qu’il n’est pas bon de ramer contre. la parole se libère ? le 21 avril 2002 a largement contribué à fissurer la chape de plomb médiatique, le référendum de 2005 a également contribué à disqualifier les discours plombés.

    à prpos de “sauvons la recherche”, il est probable que les enfants d’Einstein ont voulu récupérer la réussite des enfants de Don Quichotte. sauf que là également, ils ne sont pas Einstein apparemment … il ne reste que quelques jours aux associations et collectifs en tout genre pour profiter de l’effet d’aubaine … on solde !

  2. Pour moi Royal est l’héritière de Chirac, plus que de Mitterrand, tant elle semble un enfant loup de droite élevé par la gauche

  3. L’article d’Emmanuel Todd était d’une mauvaise foi éclatante, ou pire à coté de la plaque. Sa démonstration est fausse concernant les votes populaires dans le PS, qui se sont bien plus portés sur SR que sur Fabius.

    Au dela, les attaques contre elle me semblent souvent mal cadrées. Souvent cela montre une incompréhension du phénomène. Elle est entourée de gens très biens, sa démarche participative est intéressante, cela fait participer des milliers de gens, et dans tout ça des propositions intéressantes vont émerger, je le vois de l’intérieur. Elle fait preuve d’une cohérence et d’un certain courage : elle ne cède pas à un antimondialisme protectionniste quand elle va en Chine, elle n’a pas enfourché la thématique facile de l’antiaméricanisme, en interne elle n’a pas eu peur de bousculer les profs et les élus. Elle prone une décentralisation accrue alors que les sondages montrent que les Français y sont plutôt opposés.
    Enfin elle n’est pas la naïve incompétente qu’essaie de présenter la droite, ni la catho apolitique que vilipende l’extrême gauche. Son personnage est construit, j’en suis persuadé, elle ne veut pas avoir l’image d’une représentante d’une élite que le peuple de gauche sanctionnerait.

    En résumé :
    -elle n’est ni naïve ni incompétente, bien entourée elle ne pourra que surprendre;
    -elle aura un programme et des propositions
    -elle a un positionnement et une cohérence, une ligne parfois courageuse

    Tout cela dit, on peut aimer ou pas, soutenir ou pas. Mais ne tombons pas dans le piège de l’apparence et du premier degrès.

  4. Certainement, laissons-lui le bénéfice du doute… mais les preuves s’accumulent avec un régularité consternante, même pour ses propres amis…
    Et la machine qui est en face est redoutable.

  5. elle est certes bien entourée, par son compagnon et son porte-parole. un programme ? l’extension des 35h … est-ce de la compétence, ou une redoutable absence de naïveté ?
    pour moi ce qui la tue est son sectarisme : ne pas vouloir saluer Françoise de Panafieu dans le hall de l’hotel David à Jérusalem est bizarre.

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