La fille spirituelle de Marcel Barbu tiendra-t-elle?

Marcel Barbu est une belle figure du combat politique français. Le général de Gaulle l'affublait d'un affectueux surnom: "le brave couillon". Autoproclamé "candidat des chiens battus" pendant la campagne présidentielle de 1965, il restera gravé dans le marbre républicain comme celui que son propre discours fit un soir pleurer à la télévision, à l'heure où quelques millions de Français mâchouillaient leurs paupiettes. Véritable proto-ségoléniste, militant de la démocratie participative, il propose le référendum d'initiative populaire et en appelle aux idées claires des Vrais Gens, qu'il qualifie à l'époque de "Français en chair et en os", afin que tous réagissent à ce qu'il appelle ses "propositions justes". On croit rêver. Il obtiendra un peu plus d'un pour cent des suffrages exprimés.
Voilà le challenge! Ségolène se doit de faire un peu plus, mais sans désavouer l'ancêtre du débat citoyen. Montebourg - remake Saint-Justien du brave couillon - relève le défi et s'y emploie en faisant plonger la cheffe de 5% à chaque fois qu'il l'ouvre à la télévision. Encore trois émissions et l'affaire est bouclée. L'axe Sarko-Montebourg est en place.
Mais les nerfs de Barbu ont craqué, un soir en direct. C'était terriblement triste, très touchant. Et les français n'ont retenu que cela. Rien du fond, de son combat pour les droits de l'homme, rien d'un message étrangement moderne, tout était noyé dans l'ombre du Grand Homme. La deuxième guerre mondiale n'était pas loin, l'Algérie fumait encore.
Et les nerfs de Ségolène? Qu'en savons-nous? On sait tout de l'énergie vitale et dévastatrice d'un Chirac en campagne, la tension obtuse, méticuleuse et concentrée d'un Sarkozy ou d'un Jospin, l'économie cybernétique de la rhétorique d'Arlette, mais on se sait rien des performances athlétiques de la candidate PS, et la route des nuits courtes ne fait que commencer. Car en fin de compte, la différence se fait là aussi, dans l'injustice du corps qui tient ou ne tient pas.
Ready, Steady, Go!
Toreador a écrit :
Ah ! Barbu ! Lui a succédé Barbie, au costume blanc toujours éclatant, au sourire radieux et aux idées limpides.
Aujourd’hui, je me suis encore payé Bayrou, que décidément je trouve de plus en plus nul.
Posté le 20-Jan-07 à 9:05 pm | Permalink
claude a écrit :
tout à fait d’accord avec la nullitude de Bayrou. indépendamment de son aspect bovin, de son expression creuse, sa position est en porte-à-faux, Cf l’analyse de Pierre Manent : Bayrou part de l’analyse que les problèmes ne sont pas réglés à cause de l’antagonisme droite-gauche, qu’il faudrait donc dépasser pour ouvrir une voie. mais c’est l’absence de droite qui fausse le paysage … entre la droite et la gauche, Bayrou, indpendamment de son absence de qualité, n’a pas d’espace. peut-être un peu à gauche, entre la gauche et l’extrème-gauche ?
Posté le 23-Jan-07 à 11:13 am | Permalink