Democracy
Janvier 2007, Channel 4, en Angleterre, diffuse sa fiction The Trial of Tony Blair, (le procès de Tony Blair), une "fiction" qui met en scène le Premier ministre britannique plusieurs années après qu'il ait quitté la pouvoir. Aux Etats-Unis, Hillary Clinton en est à son second mandat, Gordon Brown est installé au 10 Downing Street. En Irak, la spirale de l'horreur persiste et un Tribunal International est saisi de l'affaire. Tony Blair comparaît et doit répondre de ses décisions. Prudents et donc non signataires, les Américains ne relèvent pas de cette juridiction et font passer un message à Tony, l'allié fidèle : oui, ils auront à témoigner et sans doute à dire sur lui "des choses une peu désagréables" mais ce sont des choses que, naturellement, ils ne pensent pas vraiment. De vrais alliés, de vrais amis.
En attendant, Tony écrit, chez lui, dans sa maison de Connaught Square. Oui. Sur son destin, sur l'histoire dont il a bien souvent "senti la main se poser sur son épaule". Son éditeur met quand même le doigt sur quelques phrases surprenantes, dont celle-ci: "J'ai prié tant et tant qu'à la fin de cette nuit là, j'ai su que donner le feu vert pour un cinquième terminal à Heathrow était la chose à faire"… Thanx God!
L'Angleterre est l'un des ennemis favoris de la gauchosphère antilibérale. Pas de ça chez nous! Cela dit, où sont nos docu-fictions français? Où sont rangés les scénarios, les synopsis, le déroulé dramatique des décisions qui présidèrent au massacre d'Ouvéa en Nouvelle Calédonie, au grossier torpillage du Rainbow Warrior dans le port d'Aukland, à la pose de micros chez une actrice à la beauté altière et au bassin étroit, au montage des pompes à fric électorales en banlieue parisienne ou en région PACA, à la braderie des stocks de sang, à toute cette turpitude républicaine si souvent pressentie, parfois dénoncée, si rarement sanctionnée.
Les leçons de démocratie - comme celle de courage et d'indépendance des médias - ne se prennent que rarement à Paris. Et qui se souvient encore de ces mots français adressés aux anglais, qui s'élevaient dans la lumière douce du Westminster Hall, un jour de 1960.
"Ainsi, dépourvus de textes constitutionnels minutieusement agencés, mais en vertu d'un irrécusable consentement général, trouvez-vous [les Anglais] le moyen d'assurer, en chaque occasion, le bon rendement de la démocratie, sans encourir, cependant, ni l'excessive critique des ambitieux, ni le blâme sourcilleux des juristes."
Photo: Robert Lindsay dans le rôle de Tony Blair
claude a écrit :
il y avait aussi un régime qui n’avait pas de constitution écrite, et fonctionnait pas si mal : la monarchie. au fait, le Royaume-Uni n’est-il pas un royaume ?
Posté le 22-Jan-07 à 3:03 pm | Permalink
Antoine Block a écrit :
Claude, la monarchie était un régime qui ne “fonctionnait pas si mal”, selon vous ?
Hmm, hmm…
Posté le 23-Jan-07 à 4:21 am | Permalink
claude a écrit :
tout est relatif, certes. mais comparée à notre “démocratie” un peu république bananière, la monarchie me semble moins arbitraire, et moins hypocrite. le roi de France n’avait pas autant de pouvoir que le Président de la Vème, les contre-pouvoirs étaient vivants, le droit ne croulaient pas sous les 580 000 textes normatifs, les prélévements obligatoires étaient bien moindres que 50%. les privilèges ? chacun sait qu’ils sont abolis : alors pourquoi les fonctionnaires et assimilés en ont-ils encore ? certes il y avait les lettres de cachet, condamnables sur le principe évidemment, mais utilisées surtout par Voltaire (Cf le dernier livre de Xavier Martin sur le sujet, très instructif).
il me semble que le regard porté sur la monarchie est celui du vainqueur : Vae Victis, ou pour le dire autrement “quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage”. il fut un temps où le Moyen-Age aussi était supposément l’âge sombre, celui de l’inculture, etc. on en revient, évidemment.
du reste, je confonds volontairement royauté (comme au Royaume-Uni) et monarchie. comme le dit Charles, il y a beaucoup de démocratie au Royaume-Uni.
Posté le 23-Jan-07 à 11:05 am | Permalink
claude a écrit :
qu’en pensez-vous ?
Posté le 23-Jan-07 à 11:07 am | Permalink
JPM a écrit :
I wonder where the third way is in this whole discussion. Is the current economical prosperity of the brits because of the Iron Lady or his Tonyness. I use economical prosperity as a gross measure of wellbeing and the well working of a democracy, as one might argue that prosperity of a country must be the goal of it’s democracy.
If there is a problem in France it is that the top politicians, top business men and goverment functionaires act like they all live as nobility in a country where the king lets them do whatever they choose to the people (even funnier the people let them).
Posté le 25-Jan-07 à 10:01 pm | Permalink
Charles a écrit :
From an economical standpoint, I don’t see no third way. I see thirld world, France’s destinity if Sego makes it. For sure.
Posté le 26-Jan-07 à 7:21 am | Permalink
claude a écrit :
comme dit JPM, “even funnier, the people let them”. precisement, les gens laissent faire d’autant plus que c’est au nom de la democratie, pour le bonheur de l’humanite, etc. et non en vue du bien commun. celui-ci etait bien mieux incarne, et defendu, par … je n’insiste pas. la democratie francaise, pour autant qu’elle existe, en-dessous de la Republique, au service de la REPUBLIQUE, est polarisee par des enjeux qui la depasse. c’est un pb indeed.
Posté le 26-Jan-07 à 10:50 pm | Permalink
Antoine Block a écrit :
Claude,
J’entends bien une bonne part des reproches que vous faites à notre république, ainsi que le diagnostic historique (vae victis) que vous portez sur le sort réservé à la monarchie.
Tout cela est juste et même, probablement, encore en-deça de la réalité. On pourrait mentionner la collusion entre les médias et les politiques (le taux de mariages et de liaisons étant un bon indicateur de la promiscuité de ces deux mondes), de l’impératif économique qui prend le pas sur toute autre valeur, des manœuvres indispensables qui conduisent nécessairement un politique ambitieux à abandonner tout idéal et toute sincérité, etc.
Mais, mais, mais de là à regretter un système politique totalement figé et inégalitaire dans ses principes mêmes, il y a un grand pas que je ne franchirai pas au risque d’une déchirure des adducteurs !
Vous écrivez que “la monarchie me semble moins arbitraire, et moins hypocrite”. Certes, elle est moins hypocrite parce qu’elle affirme qu’en effet, tous les sujets ne sont pas égaux. Dans nos démocraties, l’égalité des citoyens a incontestablement de gros progrès à faire, mais est-ce une raison pour l’enterrer définitivement en promulguant l’inégalité ? Autant adopter un régime d’apartheid sous prétexte que le racisme existe, ou légaliser l’inégalité de traitement entre hommes et femmes parce que, dans les faits, les femmes gagnent 25% de moins que les hommes, à poste équivalent.
Quant à l’”arbitraire” de la monarchie, il est indépassable ! Comment considérer que n’est pas arbitraire un régime où le pouvoir est héréditaire, où la majorité est maintenue dans un état de sujétion éternelle, où le sort de chacun est strictement lié à sa naissance… ?
Les privilèges de la noblesse ne sont en aucune façon comparables à ceux des fonctionnaires ! Il ne m’apparaît pas que des hordes de fonctionnaires aient le droit de saccager votre propriété, ni de violer votre femme, ni de vous faire enfermer ou tuer si ça les amuse…
Non, vraiment, si la démocratie française me désespère souvent, c’est précisément parce qu’elle demeure (ou redevient) un peu trop proche d’un pouvoir monarchique.
Posté le 29-Jan-07 à 3:07 am | Permalink
JPM a écrit :
True that govermental employees are not aloud to rape the women (one of things I really don’t fear from M.Sarko) however it is incredible how untransparent and corrupt the system seems to be. So although they are not violating our women, I wouldn’t be able to say the same about the money that we pay to the goverment. And in regards to the politicians, find me one politician in France who hasn’t been in front of a judge these last years…(yes yes Chirac). Connected politicians, functionaires and business people are above the law, thats how they resemble nobility.
Posté le 29-Jan-07 à 4:17 pm | Permalink
Antoine Block a écrit :
JPM, I agree with you : I never said Republic or french democracy is perfect (so far…). But, its lacks dont’t come from its differences with monarchy, but from its likeness with it. That’s what I meaned when I wrote : “si la démocratie française me désespère souvent, c’est précisément parce qu’elle demeure (ou redevient) un peu trop proche d’un pouvoir monarchique”.
Sorry for my english… xxx
Posté le 29-Jan-07 à 5:40 pm | Permalink
claude a écrit :
desole les amis, j’etais en transit temporaire vers une democratie, une vraie …
la question centrale de la philosophie politique, de Aristote a Strauss, qui l’a remis sur la table, est en effet celle de la forme du pouvoir, et je vois qu’elle souleve encore, a juste titre, les passions, surtout quand elle se combine avec un regard sur l’histoire : deux legitimites a retravailler, surtout en France … le pouvoir en France creve de n’etre pas legitime, et ce depuis la revolution Francaise, depuis la mise a mort du roi. c’est du moins mon analyse.
a propos des exactions denoncees (viol des femmes, saccage de la propriete, etc.), j’ai l’impression qu’elles font reference aux dragonnades ; du moins je ne vois pas d’autres exemples de ce genre dans la longue histoire de la monarchie francaise. mais alors il faut les replacer dans leur contexte, celui des guerres de religion. sur ce sujet aussi il est important de ne pas s’en tenir a l’histoire officielle. les guerres de religion s’etendent sur une longue periode, et ne sont pas que l’histoire de la repression intolerante des gentils protestants par les mechants catholiques (pouvoir et eglise, mis comme il se doit dans le meme panier). c’etait une guerre civile en bonne et due forme, le camps minoritaire (mais influent aupres des nobles) voulant prendre le pouvoir politique en France. les dragonnades, evenement certes malheureux, sont limitees dans le temps et situees en fin de parcours. pourquoi ne pas rappeler alors les exactions commises par le camp protestant (du moins evidemment par la part active de ce camp) qui ne laissent en rien en violence et en atrocite (cures empales par les crucifix sur l’autel, par exemple, saccage des biens religieux ou assimiles). curieusement, il est rarement fait mention de ce cote de l’histoire … voila pour les dragonnades.
la question centrale est en fait celle de l’egalite formelle ou reelle, pour reprendre une distinction fameuse. Tocqueville avait deja bien diagnostique la passion francaise pour l’egalite, passion qui deborde toutes les autres apparemment, en particulier l’exercice de la liberte. ma these est que la liberte, formelle et reelle, n’est pas conditionnee par l’egalite. pour le dire simplement, on peut etre libre dans l’inegalite. evidemment, il faut preciser ce que l’on entend par liberte, et c’est une grande question. dans la philosophie issue des Lumieres (’issues’, car elles sont contradictoires et superficielles), la liberte est comprise comme la capacite pour l’individu de faire ce qu’il veut (la ou s’arrete celle des autres, suivant la formule fameuse, qui montre deja bien un des problemes de cette definition programmatique).
de tout cela je ne fais evidemment pas une apologie de l’inegalite, ni meme de la difference, au contraire de ce qui est fait aujourd’hui, dans une superbe aporie d’ailleurs : la promotion apologetique de l’egalite aboutit a la promotion de la difference (communautarisme), tout en pronant la lutte contre la discrimination … tout cela est bien logique, n’est-ce pas ?
au reste, la non plus je prone pas une philosophie totalement logique et rigoureusement coherente, il est bon de pouvoir tenir ensemble des bouts dissemblables, parfois contradictoires, souvent inhomogenes. la ou il y a de l’homme, il y a de l’hommerie. mais justement, ne condamnons pas arbitrairement une organisation du pouvoir (la monarchie) au nom de principes qui sont si peu coherents ou fondes, et si peu effectifs en fait … ces principes sont certes attractifs, et dynamisants, voire dynamitants, ils ont mis en branle le monde. mais l’egalite n’est pas l’alpha et l’omega ni de la pense, ni de l’action, ni de la forme d’organisation du pouvoir.
Posté le 30-Jan-07 à 8:52 pm | Permalink
claude a écrit :
qu’en pensez-vous ? j’ai l’air affirmatif comme ca, mais ce sont des questions qui m’ont bien travaille, comme on dit. je les trouve particulierement importantes pour la France, d’ou la passion que j’y mets. et spontanement je me fais vololontiers l’avocat du diable … avec tout cela, il faudra completer le propos par une these sur la liberte, une liberte qui ne soit pas hors sol, pas une liberte formelle et principielle, programmatique, idealiste et irresponsable quant aux consequences, mais une liberte incarnee dans le reel. disons pour faire vite que la liberte ne se fonde pas toute seule, comme le baron de Munchhausen. mais c’est une autre histoire …
Posté le 30-Jan-07 à 8:59 pm | Permalink
Antoine Block a écrit :
Je parlais en effet des cas les plus extrêmes qui, s’ils ne furent pas le mode de focntionnement quotidien, existaient bel et bien, comme vous en convenez.
Mais en dehors de ces cas, les privilèges essentiellement fiscaux, politiques et de carrière étaient insupportables et absolument injustifiés.
Pourquoi donc la noblesse était-elle exemptée de la Taille, lorsque cet impôt représentait 53% des revenus d’un roturier (sans aucune progressivité, cela va sans dire) ?
Au nom de quoi, ces mêmes roturiers devaient-ils s’acquitter d’un droit de péage et de passage, non pas en tant que contribution au bien général, mais bien pour l’enrichissement personnel du seigneur ? Pourquoi les grandes carrières dans l’armée étaient-elles réservées de droit aux nobles, lorsque le brave gueux avait seulement le droit de se faire trouer la peau ? Etait-il juste et équitable que l’accès aux assemblées des états provinciaux fussent interdit aux roturiers, c’est-à-dire à l’immense majorité de la population ? Comment justifier qu’un noble coupable d’un délit ne comparaisse pas devant le même tribunal qu’un délinquant ordinaire, mais devant le “parlement” ?
Etc., etc., on pourrait ainsi énumérer bien longtemps les injustices flagrantes du régime monarchique. Et je n’aborde même pas la question du pouvoir du roi et de l’absolutisme…
Mais il est vrai que nous ne pourrons probablement pas nous entendre, dès lors que vous considérez que “l’egalite n’est pas l’alpha et l’omega ni de la pense, ni de l’action, ni de la forme d’organisation du pouvoir”.
Posté le 31-Jan-07 à 5:17 am | Permalink
claude a écrit :
allez, je vous abdique bien volontiers ma couronne et mes titres et mes privileges devant les inegalites fiscales et les impots injustes. si la Revolution s’etait faite au nom de ca (comme aux Etats-Unis, plus ou moins) pourquoi pas ? mais cela n’est pas la cas. je veux bien admettre que vous avez raison sur bien des points, et j’exagere dans l’autre sens. mais je pense effectivement que l’egalite ne doit pas se faire aux depens de la liberte, c’est-a-dire qu’elle n’est pas l’alpha et l’omega de etc.
deux remarques sur des points mineurs cependant :
1) dans la liste des injustices que vous donnez, il y a l’inegalite dans les carrieres militaires, la cloture des assemblees et la difference de juridiction. jusqu’a la premiere guerre mondiale, il me semble que les carrieres militaires etait un peu de ce genre au Royaume-Uni. la cloture de la Chambre des Lords a encore cours (de meme pour les privileges fiscaux, la cloture des clubs etc. quels machistes ces Anglais !). sur bien des points, la demnocratie est plus vivace en Angleterre, malgre les inegalites de principe. et en France il y a une juridiction differente pour les affaires relevant de l’Administration … bon, j’admets, l’argument est delicat a manier, il s’agit de l’Administration, pas des personnes. mais justement la frontiere est tenue. de meme il y a un droit canonique, les deux droits etant naturellement specifique a l’exercice de l’activite. (et je ne connais pas l’etendue du privilege de la juridiction speciale de la noblesse)
2) vous accablez la monarchie en raison des privileges des nobles, qui furenty ceux d’un temps, mais je crois que cela n’est pas l’essence de la monarchie qui est en cause, seulement un de ses accidents, comme diraient les scolastiques. elle aurait pu evoluer naturellement vers plus de democratie, comme au Royaume-Uni par exemple. mais quand on veut tuer son chien …
last but not least. les inegalites sont une chose, les massacres une autre, et sur la balance, ceux de la Republique pesent infiniment plus, ne serait-ce que dans les 10 premieres annees de son existence. j’aime bien les beaux principes, mais je trouve qu’il y a une limite dans l’application concrete …
Posté le 31-Jan-07 à 8:42 pm | Permalink
Antoine Block a écrit :
Comme je vous l’ai écrit dans un message précédent, je n’exonère en aucune façon la Révolutuion Française de ses horreurs. C’est malheureusement, à de rarissimes exceptions près, le lot de toutes les révolutions. Lorsqu’une minorité s’accroche de manière illégitime au pouvoir et s’oppose à la volonté du peuple, que ceui-ci n’a plus d’autre choix que l’insurrection (quoi que vous pensiez de leurs motivations), cela fait des dégâts. Sans compter les dérives, les poltiques extrêmes et les purges (comme l’a été la Terreur).
Mais même si cette phase de transition (”transition démocratique” dit G. W. Bush au sujet de l’actuelle guerre civile en Irak) est effroyable, cela n’a rien à voir avec le régime démocratique en lui-même. Un massacre est un massacre, qu’il soit perpétré par les uns ou par les autres. Mon opinion est simplement qu’un régime démocratique est préférable à une monarchie, pas que la Terreur est justifiée et encore moins qu’elle est consubstantielle à la république.
Concernant vos précisions anglaises, vous avez raison, et l’Angleterre est incontestablement une démocratie, preuve que cela n’est pas incompatible avec la survivance de la monarchie (parlementaire). Mais quelle est l’utilité réelle de la famille royale ? Elle entraîne des dépenses somptuaires (sur ses deniers propres, certes, mais ces ressources proviennent bien, à l’origine, du travail des sujets anglais) qui trouveraient sans doute à s’employer plus utilement ailleurs. Le seul aspect positif que l’on pourrait y trouver consiste en le maintien d’une image rassurante, identitaire et unitaire, une ligne (et même une lignée) qui assure la continuité de l’histoire du pays, au-delà des vicissitudes et des soubressauts de la politique. Mais trouver en cette icone, ou en cette allégorie, un ancrage rassurant (?) résulte d’une confiance insuffisante en la démocratie. Ceux — de moins en moins nombreux en Angleterre — qui demeurent attachés à la royauté révèlent que la voix du peuple ne leur paraît pas suffisante.
Les privilèges de la noblesse consituent-ils l’essence de la monarchie ou en sont-ils seulement un accident ? Je ne connais aucun régime monarchique qui n’ait pas de noblesse (mais je peux fort bien pécher par ignorance). Et, structurellement, l’organisation féodale est indispensable au pouvoir du roi (subdivisions et contrôle du territoire du royaume, loyauté envers le pouvoir central, privilèges en contrepartie…). La Révolution Française n’a d’ailleurs été possible que lorsque la noblesse a été dans une phase d’affaiblissement, tandis que la bourgeoisie prenait au contraire de plus en plus de pouvoir.
“L’egalite ne doit pas se faire aux depens de la liberte”, dites-vous. La question est : qui ? L’égalité de qui ? La liberté de qui ? Si vous me dites que la liberté souveraine (c’est le cas de le dire) d’une infime minorité prime sur l’égalité de tous, je ne peux pas vous suivre.
Posté le 01-Feb-07 à 10:57 pm | Permalink
claude a écrit :
J’ai l’impression que l’on a ouvert une boite de Pandorre. Ce debat est un vrai programme de recherche intellectuelle. Il faudrait bien preciser le contenu exact et l’articulation entre tous les termes, comme par exemple, noblesse / feodalite / aristocratie. Il faudrait aussi considerer les choses dans leur ancrage historique, qui peut eclairer l’explication utilitaire et fonctionnelle sous un autre jour.
Par exemple, lorsque vous ecrivez : “l’organisation féodale est indispensable au pouvoir du roi (subdivisions et contrôle du territoire du royaume, loyauté envers le pouvoir central, privilèges en contrepartie…)”, il me semble que cette explication est a l’inverse du deroulement historique. Le roi est certes issu de la feodalite, etant a l’origine un chef de clan parmi d’autres, et la royaute, puis la monarchie, s’est construite, apparemment, contre la feodalite. La noblesse a perdu de l’importance et de la legitimite, du fait de l’evolution de la guerre et l’evolution generale des techniques, mais aussi de la politique active des rois luttant contre les baronies. Le souvenir des Frondes a toujours ete vivace. De ce point de vue, l’interpretation couramment donnee de Louis XIV domestiquant la noblesse a Versailles, et de ce fait l’affaiblissant aussi, est sans doute juste.
Il me semble que ‘noblesse’ n’a pas que la couleur pejorative a laquelle ‘aristocrate’ est reduit en France, ou, comme chacun sait, un bon aristo est celui pendu a la lanterne. l’acception mejorative de ‘noblesse’ vient de quelque part, et a mon avis, pas uniquement des privileges.
Pour ce qui est du Royaume-Uni, je ne saurais dire, n’etant pas citoyen du royaume, l’attachement des Anglais, Gallois, Ecossais (?) et autres Irlandais du Nord pour leur souverain. Les Anglo-saxons etant gens eminemment pratiques et utilitaristes, l’explication utilitariste / fonctionnelle peut jouer dans les deux sens : soit la Royaute remplit effectivement un role, a preciser, comme vous en esquissez les contours, soit au contraire elle ne joue aucun role, a part celui d’etre une caution metaphysique et mystique, la preuve qu’ils ne seraient pas trop materialistes …
L’attachement a la royaute au Royaume-Uni est peut-etre effectivement une marque de defiance vis-a-vis de la democratie, comme vous le soulignez. Je ne sais pas, pour moi les deux choses ne sont pas sur le meme plan, et donc pas strictement opposables, comme l’exemple du Royaume-Uni d’ailleurs le montre. Peut-etre que ‘la voix du peuple’ n’est pas suffisante, peut-etre aussi qu’elle n’est pas toujours si audible.
Il me semble que Pierre Manent travaillait recemment sur Rome, autre exemple qui nous permettrait de reflechir, qui a connu la Republique (certes peu democratique au sens moderne, mais avec la ‘vox populi’) et l’Empire, la royaute etant assimilee a ce dernier ou releguee aux confins de l’histoire. Athenes aussi avait une forme de democratie, pas universelle, mais qui a inspire les fondateurs des EU (plus que les philosophes et hommes politiques en france, curieusement).
D’autres auteurs recents se sont interesses a cette ‘voix / volonte du peuple’ : “We the people …” de Bruce Ackerman (liberal au sens US), “Par la volonte du peuple” de Timothy Tackett. La comparaison entre le serment du jeu de Paume et la declaration d’Independance est sans doute interessante, je ne la connais pas en detail. Leur travaux montrent en tout cas que le sujet n’est pas clos. Il y a aussi Allan Bloom sur Rousseau en particulier. Pour faire court, il me semble que le probleme de la philosophie politique des Temps Modernes qui sevit chez nous est issu en partie de cette theorie du contrat social, qui est rien moins que fondee, qui promeut une abstraction (personne n’a jamais signe un tel contrat) en pierre d’angle. D’ou la fragilite de l’edifice, son cote immaterielle, peu incarne, donc, comme la machine, susceptible de rendre les hommes esclaves. D’ou la tendance a l’idealisme, a l’irrealite, a l’angelisme, a l’absolutisation de la purete. D’ou cette possibilite ouverte a la purgation comme solution finale, que la Revolution Francaise a inventee et mis en pratique avant tout le monde, contre la Vendee. Il me semble que les exces que vous deplorez ne sont pas des accidents, mais inscrits dans l’essence meme de la Revolution, dans son programme genetique (au contraire, encore une fois, du programme different de la Revolution americaine, comme le montre Ackerman, et l’histoire).
pour ce qui est du dernier point, “la liberte de qui ?” : la liberte de tous justement. a mon sens, il est possible d’etre libre malgre l’inegalite, mais il est facile d’etre soumis a la tyrannie de l’egalite quand la reherche de celle-ci vire a l’egalitarisme.
Posté le 02-Feb-07 à 9:52 am | Permalink
claude a écrit :
je reviens une seconde sur l’origine du debat, la chronique de Charles a propos de l’exemple de democratie, en France on dirait “citoyenne” comme aux plus belles heures de la Revolution !, donnee par le telefilm montrant un proces. Ce qui est interessant, c’est que l’appel a la responsabilite se fasse par le proces, et non, comme dans une democratie representative, par les elections. Cette tendance a la judiciarisation de la politique vient, on le voit tous les jours, et pas que a la tele, des Etats-Unis. Il me semble que c’est un debat ouvert : judiciarisation de la politique, politisation du droit, proces et elections … la question est celle centrale de la legitimite du pouvoir, et de son exercice.
Posté le 02-Feb-07 à 10:00 am | Permalink
Antoine Block a écrit :
Je ne reviens pas sur les origines historiques de la monarchie, de la société féodale, de l’indépendance américaine, de Rome, de la Grèce… Cela fait beaucoup et je ne suis pas suffisamment compétent pour tirer des conclusions définitives et novatrices sur ces sujets-mastodontes.
Juste un mot sur la distinction que vous esquissez entre noblesse et aristocratie. Au risque de vous surprendre, je suis très attaché à une notion d’aristocratie, si on l’entend au sens étymologique — grec — d’aristokratoï : les meilleurs d’entre nous. Jusques dans la tradition européenne, l’aristocratie est fondée sur la notion de sacrifice. Les meilleurs (aptitudes essentiellement militaires, intellectuelles et morales) ont la responsabilité de mettre leurs talents au service de la collectivité. Cela passe notamment par l’idé de service religieux et de service militaire, la prêtrise et l’armée étant les deux carrières privilégiées, “destinées” aux aristocrates.
Mais cette aristocratie, ainsi entendue, peut parfaitement être une aristocratie élective (dans les deux sens du terme). Cette distinction sociale repose essentiellement sur une exigence personnelle, l’attachement à des principes, le sacrifice, le travail sur soi, etc. Une telle conception s’oppose radicalement à celle d’une noblesse de sang : je ne vois pas en quoi les qualités aristocratiques seraient héréditaires (l’histoire de toutes les monarchies démontre le contraire, s’il en était besoin) et pourquoi un roturier en serait nécessairement dépourvu. Si l’aristocratie authentique ou originelle est une caste, c’en est une qui se constitue et se recompose en permanence, à l’épreuve des actes et des faits, reconnaît certains membres (adoubements ou autres rituels équivalents) et en exclut d’autres.
Paradoxalement, une telle aristocratie n’est pas incompatible avec la démocratie. Elle en est même une des formes. Le corps des hauts fonctionnaires ressemble (idéalement) beaucoup à cela : des compétences élevées, un recrutement objectif sur concours anonyme (principe qui s’oppose au droit du nom, au droit du sang), exigence de loyauté et de sacrifice au service de l’intérêt général… Bien entendu, la réalité est malheureusement moins idyllique et, comme toutes les élites, le corps des hauts fonctionnaires a tendance à s’auto-reproduire de manière incestueuse et se rapproche, en cela, d’un fonctionnement nobiliaire (comme les grandes familles de médecins, d’hommes politiques, de capitaines d’industrie, etc.).
Un mot encore sur la question de la judiciarisation des sociétés occidentales. J’avoue que je ne sais trop qu’en penser.
D’une part, lorsqu’elle ressemble à une chasse aux sorcières et à un délire de Vérité et de Rationalité, la recherche d’un coupable à châtier me répugne profondément. En particulier, le prétendu “droit des victimes” tend à s’institutionnaliser comme un droit à la vengeance. La couverture médiatique et le voyeurisme attaché aux affaires judiciaires s’apparente aux lynchages en place publique et autres mises au pilori qui flattent les instincts les plus bas.
Mais d’un autre côté, l’idée que chacun est responsable de ses actes et qu’il doit en rendre des comptes est liée à la notion de responsabilité individuelle. C’est-à-dire que nul n’est au-dessus des lois, nul ne peut s’abriter derrière son nom, sa caste ou sa fonction. Je préfère une société faite d’hommes imparfaits à une société gérée anonymement par une administration déresponsabilisante (dont l’histoire nous a montré les excès et les dérives extrêmes, puisque l’argument récurrent du procès de Nuremberg était : “Je ne suis pas responsable, je n’ai fait qu’obéir aux ordres”).
Enfin, vous écrivez qu’ “il est possible d’etre libre malgre l’inegalite, mais il est facile d’etre soumis a la tyrannie de l’egalite quand la reherche de celle-ci vire a l’egalitarisme”.
Je ne vois pas, concrètement, comment un individu peut être libre si la loi le définit comme inférieur en droits (voire en nature) à un autre.
Je ne sais pas très bien ce que vous entendez par la “tyrannie de l’égalité”. Qui subit cette tyrannie ? Par quels moyens s’exerce-t-elle ? En quoi réside sa violence (”tyrannie”) ?
Si l’égalitarisme est la volonté d’empêcher toute distinction (notamment de mérite) entre les citoyens, c’est évidemment stupide et, une fois encore, je ne vois pas qui cherche aujourd’hui à imposer cela (peut-être les régimes communistes se sont-ils approchés de cela, et encore).
Les républiques démocratiques occidentales postulent une égalité de droit (”Les hommes naissent libres et égaux en droit…”), mais ce n’est qu’une donne de départ. Ce postulat n’affirme que l’égalité à la naissance (donc contre la noblesse), mais pas les distinctions et les hiérarchies qui se dessineront inévitablement au cours de la vie d’un individu en fonction de ses efforts, son travail, ses sacrifices (donc pour l’aristocratie élective).
Posté le 03-Feb-07 à 1:12 am | Permalink
nnenna a écrit :
vous êtes mieux placés pour parler de la démocratie en Europe (La France et la Grande-Bretagne).
Vous avez de l’eau potable, l’électricité, les routes bien goudronnées, cyclables;la nouritture, etc. hélas, vous-vous inquiétez du devenir de moins /non classables(ni bourgeois, ni aristo, ni politiciens).
Que diriez-vous de la démocratie ailleurs? la mienne en particulier, où l’on ne reclame que les nécéssités de la vie. la monarchie, l’aristocratie;la démocratie, je ne’en ai rien à foutre; mais dites-moi comment ils ont bâti la France et la grande-bretagne d’aujourd’hui.
Posté le 12-Feb-07 à 6:58 pm | Permalink
Charles a écrit :
Nnenna, vous écrivez d’Afrique, je pense. Ces débats, qui agitent la France, de façon légitime, peuvent sembler bien superflus lorsqu’ils sont lus de si loin et dans un contexte si dur. Mais le fait que votre post soit là, aujourd’hui, est un pas énorme, pour vous qui pouvez à peu de frais être connecté au reste du monde, et pour le reste du monde afin qu’il sache ce que vous vivez.
Faites aussi votre blog!
Envoyez-moi le lien.
Posté le 13-Feb-07 à 6:39 pm | Permalink