Participation, piège à con!



Il faut avoir vécu les Débats Participatifs de l'intérieur pour en comprendre la mécanique.
Le témoignage poignant de Koz est de loin le meilleur de tous. Comme beaucoup, il s'est enfoncé incognito en terre PS pendant deux heures pour débattre d'éducation. Sans même un catogan. Et il a tenu. Il a relaté son expérience saisissante. Le journalisme de terrain n'est pas mort. Il en est pour qui la vérité ne se négocie pas et qui savent s'exposer pour elle. Merci!
On tire de son témoignage magnifique quelques conclusions qui recoupent celles tirées en général des expériences participatives:
Conclusion 1: faire un constat de situation est un exercice plutôt facile. On laisse parler l'expérience, le quotidien, et les problèmes remontent et s'organisent. Proposer des mesures correctrices innovantes, par contre est effroyablement difficile, et le "groupe" a vite fait de se vautrer dans les poncifs, quand ça n'est pas dans un silence affligeant.
Conclusion 2: les facilitateurs et organisateurs du débat - dit "ouvert" - ont quand même un mal fou à ne pas "cadrer" les participants de telle sorte qu'ils proposent ce qu'on souhaite entendre, c'est-à-dire la ligne du parti ou les positions de la candidate.
Conclusion 3: dès qu'un "expert" s'exprime - qu'il ait tort ou raison - sa parole s'impose sur l'intelligence collective, en particulier s'il s'exprime à travers un jargon technique peu compréhensible et émaille son discours de quelques pourcentages - le recours à "une étude américaine qui montre que… " étant moins prisé actuellement. "Les études montrent que 93% des gens croient une position si elle est assortie d'un pourcentage". Faites tourner cette phrase dans votre tête, elle plus retorse qu'elle en a l'air.
Conclusion 4: ne viennent débattre que ceux qui étaient "déjà là" autrement dit les militants. Ils vont, dans le meilleur des cas, conforter leur position, et dans le pire sortir troublés par la démarche et s'interroger sur la valeur de cette opération. Et passer chez Fabius, qui attend tranquillement que tout cela parte au tapis. Et se prépare pour 2012.
Conclusion 5: l'homogénéité culturelle de l'audience laisse présager que les solutions novatrices et décoiffantes ont peu de chance d'émerger, puisque par définition, elles n'émergent que lorsqu'il y a frottement, confrontation entre points de vue différents.
Bref, le 11 février, Ségolène Royal et son équipe vont révéler les grands axes de leur campagne. De deux choses l'une, ou bien le contenu sera si novateur, si surprenant, si convaincant, que la France sourira, les yeux gonflés de larmes, bouleversée par sa propre intelligence collective, soit nous aurons droit au catalogue habituel des mesures déjà connues, et le sentiment prévaudra qu'il n'était pas vraiment nécessaire de mener 2000 réunions pour accoucher de la généralisation des 35 heures, l'abandon du CNE ou l'implantation massive d'éoliennes… Dès lors la droite aura beau jeu de démontrer le caractère manipulateur de l'opération. J'espère qu'elle ne s'en privera pas.
Mais Ségolène Royal voulait sans doute établir son autorité au sein même du PS. Y est-elle arrivée?
claude a écrit :
la participation est en effet une operation de communication. ou du moins qui doit etre pilotee par elle, ce qui est un comble …
j’observe par ailleurs que Charles met “con” au singulier … soit il est vraiment optimiste, soit … tss tss … Charles !
Posté le 30-Jan-07 à 9:17 pm | Permalink