La vie édifiante de l’Opinius Publicus Gallicus
Wednesday, February 28, 2007
L'opinius est un gros animal sympathique et dolent, plutôt peureux, d'un tempérament conservateur et amical. Sa chair est plutôt forte en graisses et l'huile qu'on en tire peut facilement être utilisée pour l'entretien et la mise en valeur du cuir, pour la sellerie ou la chaussure.
Sa principale occupation? Se taper un coup de Buzet et s'installer au soleil, je veux dire devant un écran allumé, la gueule largement ouverte dans l'axe, pour que rien ne lui échappe, de 19h45 à 23h. Puis de 7h30 à 8h30, toutes saisons confondues. C'est ainsi qu'il se nourrit. Le reste du temps, il est amorphe mais n'en pense pas moins.
Certains, rassemblés en troupeaux, ne doivent leur salut qu'à l'engagement d'individus appelés KOL (Key Opinion Leaders), ou "People". Ceux-là sont des aventuriers ou des artistes qui naviguent sur les ondes et à qui l'on doit d'ailleurs la découverte de l'animal. Ils parviennent parfois à provoquer la transhumance du troupeau, un voyage long et laborieux, d'une idée à une autre.
L'opinius connaît des phases actives. La première est la période des amours, en général tous les cinq ans, au cours de laquelle le troupeau s'enrichit de sujets exceptionnels, les NA (Nouveaux Adhérents). Mais attention, d'une génération à l'autre, les comportements sont imprévisibles. L'animal connaît alors des dérèglements pour certains stupéfiants, pour d'autres extrêmement amusants. D'un jour à l'autre, sa température, suivie très régulièrement, connaît des écarts impressionnants. Tout dépend de ce qu'il a mangé la veille. Il est pris de soubresauts et affiche des comportements incohérents dont l'interprétation, encore mystérieuse est sujette à de solides prises de bec entre spécialistes. L'animal souffre, ne trouve pas sa position, s'énerve et cherche son partenaire avec cette naïveté pataude mais sereine qui est le signe que son cortex, habituellement au repos, s'agite.
La deuxième phase active est dite contestataire. L'opinius est une animal sage par nature, mais également déterminé. Il ne faut pas le chercher trop longtemps. Il s'agace. Il arrive même qu'il se mette à sentir extrêmement mauvais. C'est un signe de colère. C'est inquiétant. Il peut alors s'ébrouer et se mettre en mouvement. Rien ne l'arrête et le leader démuni doit alors se plier à la loi du troupeau.
Sujet: l'opinion privée est-elle la version libérale de l'opinion publique? Commentez.
Vignette: Opinius Publicus en pleine activité
On ne tient jamais assez compte des "signes faibles", ces détails qu'on remarque à peine mais qui, si on s'y intéresse, sont révélateurs. Je regardais François Bayrou hier soir, je dis bien je regardais, pour autant qu'il faille considérer séparément l'image et le son. Parfois, ce que nous voyons en dit davantage que ce que nous entendons. Ainsi – l'exercice est ennuyeux – est-il utile de ne garder que l'image. Puis séparément, le son. Trois émissions, trois candidats. Que voyons-nous?
Nicolas Sarkozy revient en force sur l'autorité. Il était temps, diront certains, après la glissade empathique mais nécessaire de janvier, peaufinée par des scribes moyennement branchés. L'autorité, dit-il, une valeur qui s'est enlisée depuis 1968 dans les atermoiements d'un Etat chevelu et honteux d'y avoir recours. Il n'a sans doute pas tort, mais rendre la gauche responsable du laxisme républicain, c'est oublier vite que la droite s'est installée docilement dans le même déni, depuis quarante ans.
On dit de la nouvelle équipe socialiste qu'elle apporte à Ségolène Royal une compétence qui sera déterminante pour lui assurer l'accès au trône. Soit, mais c'est en creux valider le fait que la candidate en manquait, malgré le CV impressionnant qu'elle a cru bon de dérouler devant 9 millions de téléspectateurs qui attendaient les pubs pour se distraire un peu.
Après avoir chassé les éléphants dans les conditions qu'on connaît, et mené le troupeau tambour battant jusqu'au bord du gouffre, Royal "rassemble". Entendez par là qu'elle invite la nouvelle génération, celle du renouveau, à partager avec elle "une autre façon de faire de la politique". Qui en douterait? "Ils sont venus, ils sont tous là"… Mauroy, Fabius, Emmanuelli, Delanoë, Aubry, Kouchner, Roudy, massacres ressuscités, hier encore bien disposés sur les murs du bureau politique. Le temps de retrouver le numéro de téléphone de Rocard et le tableau sera complet. Tous des mordus de la démocratie participative. Ils l'ont dit. Le Monde va commenter une "légère inflexion dans la campagne", on peut parier.
Conversation avec Mark, un ami de Londres, écrivain, anglais, cordial.
Soudain l'envie de rapprocher trois événements qui mettent en scène trois candidats dits "crédibles" de notre championnat quotidien. L'un ancien, l'autre assez récent, le troisième encore chaud.
Il ne date pas d'hier, le deal qui lie l'Etat français et le peuple: providence contre dépendance. "Tu auras la sécu et tu te tiens à carreau". On l'a vu s'installer, avec son lot de compromis, de caricature, et éliminer lentement tout ce qui, hors de la sphère publique – bien maîtrisée – pouvait ressembler à l'initiative, la responsabilité et la réussite, individuelles. Proscrites!
Ne pas être de gauche, c'est naturellement être de droite. Et c'est par essence être haineux, abjecte, inculte et très con. Je suis toujours frappé par cette culture de
Après La Scène,
On s'interdira le moindre jeu de mot sur le départ brutal d'Eric Besson et son remplacement par Michel Sapin au sein d'un état major de campagne et d'un PS qui l'un et l'autre connaissent un léger moment de trouble, un peu de vague à l'âme, un semblant de doute. On sait depuis toujours que l'état de grâce, cette parenthèse magique où tout homme ou femme politique sait qu'il ou elle peut courir sous la mitraille sans être touché, faire passer l'inacceptable auprès de masses médusées et profiter d'une presse sidérée, et bien ce miracle ne dure que cent jours. Or, on ne reconduit par un état de grâce comme on reconduit un préavis. Après cent jours, c'est bouclé, et si l'état de grâce de Ségolène lui a valu de gagner les primaires, le vrai combat commence maintenant et la grâce s'est ralliée au Centre. Bien sûr, tout peut changer et le retour trop attendu d'Arnaud Montebourg - le jour où le monde entre avec la Chine dans l'année du Golden Cochon - va remettre tout le monde de bonne humeur. Moi, en tout cas.
Le 18 novembre 2006 la France avait une candidate socialiste. Les primaires prenaient fin dans ce que l'histoire retiendra sous le nom de "massacre des éléphants" et sur la victoire écrasante d'une outsideuse vaporeuse et médiatique, portée par l'opinion et une vague de "nouveaux adhérents" dont on ne savait rien. DSK, défenses rognées jusqu'au collet, retournait à son blog en marmonant quelques imprécations bien senties, avant de préparer son ralliement. Fabius avait enfin du temps pour garder les enfants. Montebourg, alors encore fréquentable, tournoyait dans le lumière et agitant ses crécelles. Il riait à tue-tête, radieux, le visage baigné de larmes. On parlait dans les salons d'une vraie leçon de démocratie. Les trouillards de droite suppliaient Nicolas de sortir du bois au plus vite, l'Histoire était en marche. L'âme de l'Oncle planait sur la campagne, le miracle de Solutré s'était produit.
Années grises, années de poussière et d'ennui, ce début des années soixante-dix en Lorraine, Nancy, la ville étudiante de l'Est. Solex et bruine, Ferré chante la mer. Ca brûle à Montreux, Deep Purple enregistre Smoke On The Water dans un hôtel et diffuse son riff percutant sur les ondes du monde entier, la pandémie du rock se répand. Là, cours Léopold, ou place Stanislas, des choses se passent. Jack L. un agité culturel fiévreux, un futur ministre – mais qui l'imagine alors? -, organise le Festival Mondial de Théâtre. Marco D. à la logistique… on dort sur la place Stanislas, à se noyer dans le Regard du Sourd, de Bob Wilson, des heures et des heures durant, on se laisse porter par l'hystérie baroque des Whores Of Babylon du Godzilla Rainbow… On voit bien que le monde bascule. Tout autour l'occident continue sa mue, les Brigades Rouges complotent, les Fractions Armées Rouges planifient leurs actions, Action Directe imprime ses tracts, tous ces soldats perdus de la grande cause que l'Allemagne, l'Italie et la France sortent aujourd'hui de leurs prisons, tous ceux-là brûlent alors leur dernières cartouches. Brejnev voit ça d'un mauvais œil.
Je dis à Alice, 17 ans, ça se pourrait bien que je vote Sarkozy, l'autre, Jeanne des Banlieues, pourrais pas. Elle se ferme. Je demande pourquoi tu ne veux pas que je vote pour lui? Elle dit, parce qu'il est violent. Et comment sais-tu qu'il est violent? Elle répond, je ne sais pas, mais il est violent.
Juin 1967, on prépare le festival de Monterey en Californie, première apparition d'un jeune guitariste assez véloce, Jimi Hendrix, juste rentré de Londres, invité sur le conseil avisé de Paul McCartney. Les Beatles qui n'ont rien produit depuis Revolver, dix-huit mois plus tôt, sortent Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band et la soucoupe planante de Lucy atterrit sur les électrophones du monde entier. Tout en nuance, Timothy Leary - pape du psychédélisme qui ravage la côte ouest américaine – fait des Fabs 4 les prophètes d'un culte naissant et qualifie l'album d'Evangiles de Liverpool. L'époque le voulait… c'est tout. On ne va pas chipoter.
Prenons les choses là où elles commencent.
A l'heure où j'écris, le Pépite Show a dû commencer à Villepinte et les Cahiers d'Espérance, résultats du grand tamisage citoyen des dernières semaines vont être révélés au pays stupéfait. Pendant ce temps, à la Mutualité, le challenger essaie d'occuper un peu le terrain, mais ne nous y trompons pas, Ségolène a l'initiative aujourd'hui et elle ne peut pas perdre, à court terme. C'est mécanique et plusieurs raisons font qu'à moins d'une défaillance pathétique, elle emportera le morceau, au moins pour quelques jours.
Lorsqu'on a appris, par la presse, elle-même probablement informée par un policier syndicaliste ami, que le scooter du petit Sarkozy, volé devant chez lui (et sans doute mal garé) avait été retrouvé grâce aux empreintes ADN laissées sur l'engin par un jeune de Bobigny en panne de dialogue, la gauche a crié au scandale, au favoritisme, à l'abus de pouvoir d'un homme qui décidément en a trop et qui par conséquent fait peur. A juste titre. Et s'il fallait encore une preuve de la dérive bonaparto-fasciste qui nous guette…
"Tout commence par les familles, car si elles fonctionnent bien et assument leur devoir d’affection, d’éducation et de surveillance, alors les enfants démarrent dans la vie dans de bonnes conditions." Qui a dit cela? Jean-Marie Le Pen? L'abbé Pierre? Monseigneur Lustiger? Jean-Pierre Raffarin? Philippe de Villiers? Et bien non. Et ça n'est pas non plus un verbatim (ridicule) tiré d'une réunion paroissiale (ringarde) sise dans le ghetto catholique (intégriste) de Versailles, c'est la phrase d'entrée de l'e-mail de Désir d'Avenir du 9 février. Autrement dit le message de Ségolène Royal, coryphée parfois hésitante de la gauche dite de gouvernement pour les quelques mois qui s'annoncent. Jolie doublure, la veste! On comprend mieux la phrase de monsieur Assouline "Aller sur les idées de droites avec nos valeurs de gauche…" Le travail, c'est déjà bouclé, reste la Patrie… Mais de quelles valeurs parle-t-il, déjà? Qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire? Prenons un exemple historique puisqu'apparemment Il est l'Exemple. Allez, au hasard, les écoutes téléphoniques chez Carole Bouquet, ces sont des idées de droite avec des valeurs de gauche, ou des idées de gauche avec des valeurs de droite? On s'y perd.
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