Les prébendes de la confiance

christopher2.jpgSi nous votons pour l'un, et non pour l'autre, c'est qu'en tout état de cause, nous faisons davantage confiance à l'un qu'à l'autre, même si, au fond, nous ne faisons qu'une confiance limitée à "tous ces politiciens" qui parlent beaucoup et livrent peu. Le candidat pour qui nous votons, nous lui prêtons – mieux qu'aux autres - la capacité à prendre en charge les nombreux risques qui nous guettent et le pouvoir de rendre la vie plus facile, pour nous et jusqu'à un certain point, pour les autres. Lorsque nous votons nul, puisque le blanc n'est rien, nous déclarons notre totale défiance.
Bien. Je me souviens d'un travail fait par les canadiens au milieu des années 90. Il s'agissait d'observer des entreprises où de toute évidence le climat de confiance était très haut, et de rechercher les caractéristiques communes à ces organisations. Les conclusions étaient intéressantes. Quatre facteurs émergeaient, tous liés à la façon dont l'entreprise était pilotée.
D'une part, une perception claire, par le personnel, de la compétence technique des chefs. La base, en somme, on le comprendra, tant qu'à prendre l'avion, autant que le pilote ait des heures de vol…
Le deuxième point était la concentration des dirigeants. Leur application à cibler, à résoudre les problèmes et trouver les solutions sans se disperser.
Le troisième critère était l'honnêteté de leurs déclarations. Autrement dit on peut sans doute mentir et diriger, mais alors, il faudra le faire dans la défiance et sans les bénéfices de la motivation et de l'engagement…
Enfin, dernier point et peut-être le plus important, l'empathie, cette capacité de certains chefs à aller au contact, reconnaître, ressentir et intégrer dans leurs comportements et leurs décisions les difficultés rencontrées par leurs collaborateurs et, plus généralement, par le corps social de l'entreprise.
Il serait naturellement très peu scientifique et même assez ridicule d'extrapoler ces résultats à une situation électorale. Faisons-le donc avec bonheur. Et regardons sur chacun de ces critères, comment se placent nos candidats et tout ceux qui sont potentiellement en course au deuxième tour. On voit vite que si Ségolène Royal n'a pas encore convaincu sur le critère de la compétence - sur quoi Nicolas l'attaque de front - elle a choisi de miser sur l'empathie en alignant débat sur débat avec les Vrais Gens depuis un mois. Sarkozy, de son côté, par le contenu du programme et l'expérience, joue la carte de la compétence, mais il lui reste néanmoins du chemin à couvrir pour faire émerger une empathie jusque là plutôt discrète. Un déficit que le discours du 14 janvier avait à l'évidence pour objectif de combler. Mais attention, il ne faut pas confondre émotion et empathie… Bref chacun attaque sur la faiblesse de l'autre. Mais tous deux, du fait de leur appartenance à des partis forts, sont associés à des catéchismes politiques jugés anciens, parfois éculés. Ils risquent de se voir reprochée une langue de bois qui pénalise leur image d'honnêteté. Nicolas, comme Ségolène, cherchent à s'affranchir de ces pesanteurs, le premier en le déclarant clairement ("je ne suis plus le candidat de la seule UMP"), l'autre en distinguant bien son équipe de celle du parti.
Ce qui n'est pas le cas de Bayrou qui équilibre plutôt bien son image, encore trop floue, trop faible, sur les quatre critères. Ce qui lui permet de capter mieux qu'un autre les hésitants que Ségolène consterne et que Nicolas inquiète.  Le Pen, lui, reste le Grand Menteur, celui qui, pour paraphraser Pascal, "réclame aujourd'hui, au nom de nos valeurs, des libertés qu'il détruira demain au nom des siennes"…
Si d'aventure il terminait au palais.

Vignette: Saint Christophe portant l'enfant Jésus. Orazio Borgianni