Droite-gauche, la confusion

brain.jpg"Tout commence par les familles, car si elles fonctionnent bien et assument leur devoir d’affection, d’éducation et de surveillance, alors les enfants démarrent dans la vie dans de bonnes conditions." Qui a dit cela? Jean-Marie Le Pen? L'abbé Pierre? Monseigneur Lustiger? Jean-Pierre Raffarin? Philippe de Villiers? Et bien non. Et ça n'est pas non plus un verbatim (ridicule) tiré d'une réunion paroissiale (ringarde) sise dans le ghetto catholique (intégriste) de Versailles, c'est la phrase d'entrée de l'e-mail de Désir d'Avenir du 9 février. Autrement dit le message de Ségolène Royal, coryphée parfois hésitante de la gauche dite de gouvernement pour les quelques mois qui s'annoncent. Jolie doublure, la veste! On comprend mieux la phrase de monsieur Assouline "Aller sur les idées de droites avec nos valeurs de gauche…" Le travail, c'est déjà bouclé, reste la Patrie… Mais de quelles valeurs parle-t-il, déjà? Qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire? Prenons un exemple historique puisqu'apparemment Il est l'Exemple. Allez, au hasard, les écoutes téléphoniques chez Carole Bouquet, ces sont des idées de droite avec des valeurs de gauche, ou des idées de gauche avec des valeurs de droite? On s'y perd.
Nicolas Sarkozy en appelle à Jaurès et parle à la France qui souffre avec des accents guaino-panthéoniques. Ca énerve à gauche. Ségolène Royal en appelle à la stabilité familiale avec le pétainisme bourgeois et désuet d'une fille de la Légion d'Honneur. Ca énerve à droite. Tout se brouille, comme si la droite ne supportait plus de n'être pas franchement de gauche, et la gauche de n'être pas franchement de droite. Chacun a honte de ne pas être ce qu'il n'est pas et propose de l'être en disant ce qu'il n'a jamais dit et en espérant avoir ce qu'il n'aura jamais. Ca simplifie tout.
Tout cela me conforte dans l'idée que l'axe droite gauche n'est plus vraiment pertinent, n'en déplaise à la presse, paresseuse par nature, et à certains politiques dont il est le principal fond de commerce. L'axe dirigiste - libéral me semble mieux rendre compte des options ouvertes aux dirigeants aujourd'hui, un axe qui d'ailleurs traverse les deux camps traditionnels, comme l'a montré la farce reférendaire de 2005. Après tout, faire s'exprimer l'expertise citoyenne, n'est-ce pas aussi libéraliser pour entreprendre davantage? Zut, encore la confusion…
A la fin du parcours, la victoire pourrait bien s'appeler cohabitation.