Le Pépite-Show sera sublime, forcément sublime

 A l'heure où j'écris, le Pépite Show a dû commencer à Villepinte et les Cahiers d'Espérance, résultats du grand tamisage citoyen des dernières semaines vont être révélés au pays stupéfait. Pendant ce temps, à la Mutualité, le challenger essaie d'occuper un peu le terrain, mais ne nous y trompons pas, Ségolène a l'initiative aujourd'hui et elle ne peut pas perdre, à court terme. C'est mécanique et plusieurs raisons font qu'à moins d'une défaillance pathétique, elle emportera le morceau, au moins pour quelques jours.

D'abord les médias. Ils attendent. Après l'avoir portée aux nues, l'avoir béatifiée sans procès, un été durant, puis avec la constance qu'on leur sait l'avoir livrée nue à l'opinion qui attendait, gluante aux babines, son dépeçage de Noël – pardon, de Fin d'Année -, après tout cela donc, la presse a besoin d'un Acte III. Si Ségolène tombe, la pièce s'arrête, l'affaire est bouclée, l'opinion se déporte sur autre chose, sur des détails style Irak, Iran, Corée du Nord ou, pire, les primaires américaines… Il faut donc booster l'opinion, lui injecter une amphétamine subreptice et costaude, qui la ramènera docilement, d'écran de pub en écran de pub, face au débat quotidien ou dans les pages glacées d'une presse en mal de marronniers.

Ensuite il y a le peupledegauche qui, frustré par ce départ de campagne, se bayrouise la mort dans l'âme et se rêve un 10 mai pour effacer le cauchemar du 21 avril. Qu'importe le message de la candidate, pourvu qu'il y ait message, qu'il y ait quelque chose pour combler le vide dans lequel jusqu'à maintenant n'ont résonné que quelques bourdes ou quelques hardiesses lexicales. La psychologie du sympathisant étant ce qu'elle est, l'attente est telle qu'elle sera comblée, quoiqu'il arrive, au moins à court terme. A l'enthousiasme de la première heure suivra peut être la déception mais – les paris sont ouverts – les quelques jours qui viennent seront ségoléniens.

Enfin, la troupe. On fait donner les maréchaux d'empire. Ils sont tous là, Lionel à part, pour célébrer, malgré le fiel qui leur noie les molaires, le coup d'état de la plus jeune aventurière du socialisme français. On est allé chercher Orsenna - en son temps plume sensible, habile et sous-terraine de François M. le Mentor -, Orsenna, académicien humain, brillant et disposé à offrir son épée pour occire l'hydre sarkozienne et sa plume pour sublimer l'envol de la colombe du Poitou. Le discours sera beau. Les pépites serties et les perles évitées. On peut faire confiance à Erik.

Mais il faudra tenir et, pour citer Orsenna, justement, dont la deuxième carrière s'ouvre aujourd'hui: "Les seules vérités qui vaillent sont des vérités lentes."
Oui, il faudra tenir, et ça n'est pas gagné.

Vignette: Gold Washing in the Sierra Nevada

Du courage en politique

vespa.jpgLorsqu'on a appris, par la presse, elle-même probablement informée par un policier syndicaliste ami, que le scooter du petit Sarkozy, volé devant chez lui (et sans doute mal garé) avait été retrouvé grâce aux empreintes ADN laissées sur l'engin par un jeune de Bobigny en panne de dialogue, la gauche a crié au scandale, au favoritisme, à l'abus de pouvoir d'un homme qui décidément en a trop et qui par conséquent fait peur. A juste titre. Et s'il fallait encore une preuve de la dérive bonaparto-fasciste qui nous guette…
Lorsqu'on a appris que le petit Hollande s'était fait voler son scooter peu de temps avant et que la même procédure, incluant empreinte ADN, avait été suivie, la gauche est restée plutôt calme dans l'hémicycle. L'administration a simplement fait savoir par un communiqué laconique qu'il s'agissait de la procédure normale pour les personnalités. La différence, c'est qu'on a retrouvé le scooter du jeune Sarko et pas celui du jeune Hollande. Et ça, c'est intolérable.
Le jeune militant socialiste (tiens, je croyais qu'il ne devait pas y avoir d'encartés dans le panel représentatif de la population française) qui a dialogué avec Nicolas Sarkozy à la télé lundi 5 février a déclaré tenir à la disposition de la justice un "poil de cul" du voleur de son scooter. C'est élégant et audacieux. Belle leçon d'insolence démocratique, en tout cas. Cela force le respect de se dresser ainsi devant le Pouvoir. Oui, c'est courageux car si la droite gagne en mai prochain, il ne fait de doute pour personne qu'il sera incarcéré et torturé abominablement dans les caves de l'Elysée. Pour autant, il ne retrouvera pas son scooter car il n'est pas un people, comme Thomas Ségosphère. Mais, Vrai Expert et Vrai Gens, il a su pendant quelques secondes élever le niveau de la campagne. Presque jusqu'à la ceinture. Au fait, il représentait qui dans le panel, le militant? La catégorie des français qui se sont faits tirer leur mob, les djeunes, le PS? J'ai regardé l'émission jusqu'au bout et cherché qui me représentait. Pas trouvé.
C'était, paraît-il, ce qu'on appelle un grand moment de télévision citoyenne.