Hitler retrouvé!
Juin 1967, on prépare le festival de Monterey en Californie, première apparition d'un jeune guitariste assez véloce, Jimi Hendrix, juste rentré de Londres, invité sur le conseil avisé de Paul McCartney. Les Beatles qui n'ont rien produit depuis Revolver, dix-huit mois plus tôt, sortent Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band et la soucoupe planante de Lucy atterrit sur les électrophones du monde entier. Tout en nuance, Timothy Leary - pape du psychédélisme qui ravage la côte ouest américaine – fait des Fabs 4 les prophètes d'un culte naissant et qualifie l'album d'Evangiles de Liverpool. L'époque le voulait… c'est tout. On ne va pas chipoter.
Lennon, déjà très imbibé d'un joli cocktail de substances diverses, tenait avec sa cohérence légendaire à ce que Jésus, Hitler et Gandhi figurent sur la couverture réalisée par le photographe designer Peter Blake. On a prétendu à l'époque que non, Hitler avait été retiré pour ne pas blesser la sensibilité d'EMI et des quelques millions d'anciens combattants qui financeraient l'achat du disque pour leur progéniture. Donc exit Adolphe. Du moins le croyait-on, plutôt rassurés.
Et bien non! "Il est bien là! révèle quarante ans plus tard Peter Blake, mais on ne le voit pas car il est caché derrière le Beatles. Hitler et Jésus étaient les deux personnages qui prêtaient à la controverse. Jésus, on a décidé de ne pas le mettre – mais on a utilisé l'image d'Hitler. Si vous observez les photos de plateau, vous voyez l'image d'Hitler dans le studio. Avec la foule derrière, il y avait un élément de hasard quant à qui serait visible et qui ne le serait pas, et nous ne savions pas qui serait vraiment caché en fin de compte. En fait, Hitler est caché par le groupe".
Je n'avais pas, mais pas du tout envie de parler de Campagne. Au moins A Day In The Life.
Antoine Block a écrit :
Bonjour Charles,
Vous qui semblez très versé en Beatlophilie, que pensez-vous de cette déclaration de Peter Blake ? Est-ce crédible ? Peut-on deviner quelque chose sur la pochette de l’album (la reproduction que vous nous donnez est un peu trop petite pour le vérifier) ?
Et, plus largement, comment comprenez-vous cette fascination inattendue pour le Fürher ? Naïvement, j’assimilais le positionnement des quatre garçons dans le vent au “peace & love” de l’époque, aussi Jésus et Gandhi ne m’étonnent-ils pas, mais Hitler… ?
Peut-on avancer que l’idéologie des Beatles (et sans doute, en particulier de Lennon) était moins politiquement correcte et moins philosophiquement claire que l’image qui en est généralement donnée ? Dans les années soixante, il était courant de voir se cotoyer, dans les communautés hippies et chez leurs leaders, un mélange improbable de références humanistes et racistes, pacifistes et ultra-violentes, populistes et élitistes… (je pense à Charles Manson, par exemple).
Merci pour vos lumières.
Posté le 13-Feb-07 à 2:57 pm | Permalink
olivier a écrit :
est ce une metaphore pour evoquer le retour de Montebourg ??
Posté le 13-Feb-07 à 3:01 pm | Permalink
Charles a écrit :
Antoine bonjour,
Au début des années 60, les Beatles n’ont pas l’image de bons garçons, ils sont une insulte aux sociétés traditionnelles britannique, européenne, américaine et finalement mondiale. Lennon, le plus perturbé du groupe, restera un rebelle un peu limité dans ses options, mais une icone quand même. Cette fascination pour Hitler est évidemment un affront à l’encontre d’une société adulte qui sort à peine de la guerre et qui cicatrise encore les blessures qu’il a infligées au pays.
On retrouvera cette fascination pour les nazis, ou au moins pour leur attirail, chez les Stones, puis pendant le période punk de 76-79, à NY (CBGB) et à Londres. Mais vous avez raison, le paradoxe est là. Bonne conscience antirasciste et croix gammée… on appelle ça la perte des repères, je crois.
Olivier, non, ça serait excessif. Seul point commun, Montebourg s’est suicidé, mais très tôt, dans le bunker de Canal+.
Posté le 13-Feb-07 à 6:34 pm | Permalink