Flash Back, la blonde du GEC

bardot.jpgAnnées grises, années de poussière et d'ennui, ce début des années soixante-dix en Lorraine, Nancy, la ville étudiante de l'Est. Solex et bruine, Ferré chante la mer. Ca brûle à Montreux, Deep Purple enregistre Smoke On The Water dans un hôtel et diffuse son riff percutant sur les ondes du monde entier, la pandémie du rock se répand. Là, cours Léopold, ou place Stanislas, des choses se passent. Jack L. un agité culturel fiévreux, un futur ministre – mais qui l'imagine alors? -, organise le Festival Mondial de Théâtre. Marco D. à la logistique… on dort sur la place Stanislas, à se noyer dans le Regard du Sourd, de Bob Wilson, des heures et des heures durant, on se laisse porter par l'hystérie baroque des Whores Of Babylon du Godzilla Rainbow… On voit bien que le monde bascule. Tout autour l'occident continue sa mue, les Brigades Rouges complotent, les Fractions Armées Rouges planifient leurs actions, Action Directe imprime ses tracts, tous ces soldats perdus de la grande cause que l'Allemagne, l'Italie et la France sortent aujourd'hui de leurs prisons, tous ceux-là brûlent alors leur dernières cartouches. Brejnev voit ça d'un mauvais œil.
Cours Léopold, il y a le CROUS, le RestoU et en face, le foyer du GEC (Groupe des Etudiants Chrétiens), un endroit plutôt sage, on y joue au bridge, on écoute ce pianiste fou qui picole et séduira sa voiture en l'encastrant dans un camion, à huit grammes dans le sang. Des garçons et des filles, plus ou moins modérés. Il y a aussi cette blonde, avec sa cascade de cheveux sur les reins, qui vient avec son copain, Guillaume de C., sur une Kawasaki 850, je crois. Elle traverse la pièce. On lève les yeux sur elle. On revient sur son jeu, on oublie cette Ségolène qui a quand même une classe royale. Je n'imagine pas qu'un jour, on aura à choisir entre deux bulletins, un autre et le sien.
C'est comme ça que dix ans plus tard, Savine prénommera sa fille, à cause de la blonde qui traversait le GEC.

Vignette: Brigitte Bardot et Harley Davidson

Commentaires (3) to “Flash Back, la blonde du GEC”

  1. Cher Charles,

    J’anime un blog pluraliste qui jouit actuellement d’une belle audience.
    Nous avons quelques bonnes plumes invitées comme Toreador.

    Je trouve pour ma part vos articles vraiment affûtés.
    Ils parlent avec beaucoup d’humour de la perception – pour ne pas dire persistance rétinienne – de nos hommes politiques. Ce qui est passionnant : car le choix, au moment du vote, est guidé avant tout par du subjectif, de l’émotionnel.
    Je trouve que vos analyses sont souvent très pertinentes et mériteraient d’être plus diffusées.

    Seriez vous intéressé par partager certains de vos posts avec le lectorat de Politique Café, sous des modalités que vous aurez choisies.

    Très cordialement,

    Florent

  2. Mais la madone en cuir, Brigitte, avait quelque chose entre les jambe, elle.

  3. La madone en pull, Ségolène, par contre….

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