Cochon qui s’en dédit

pig2.jpgOn s'interdira le moindre jeu de mot sur le départ brutal d'Eric Besson et son remplacement par Michel Sapin au sein d'un état major de campagne et d'un PS qui l'un et l'autre connaissent un léger moment de trouble, un peu de vague à l'âme, un semblant de doute. On sait depuis toujours que l'état de grâce, cette parenthèse magique où tout homme ou femme politique sait qu'il ou elle peut courir sous la mitraille sans être touché, faire passer l'inacceptable auprès de masses médusées et profiter d'une presse sidérée, et bien ce miracle ne dure que cent jours. Or, on ne reconduit par un état de grâce comme on reconduit un préavis. Après cent jours, c'est bouclé, et si l'état de grâce de Ségolène lui a valu de gagner les primaires, le vrai combat commence maintenant et la grâce s'est ralliée au Centre. Bien sûr, tout peut changer et le retour trop attendu d'Arnaud Montebourg - le jour où le monde entre avec la Chine dans l'année du Golden Cochon - va remettre tout le monde de bonne humeur. Moi, en tout cas.
Pourtant ce Besson s'était donné du mal, avait bien commencé. N'avait-il pas préfacé une biographie honnête et détaillée du candidat UMP il y a quelques semaines, un document fondateur dont on a parlé facilement pendant deux jours et que plusieurs personnes ont lu. C'est vrai, le document n'a pas fait un best seller, ce qui fait qu'Eric n'a pas émergé de l'ombre pour exister enfin dans le monde des people. Et Ségolène, avec cette tendresse toute maternelle qui est désormais sa marque, a commenté sa sortie en en minimisant l'impact. "Personne ne connaît M. Besson!". Elision sur [donc on en n'a rien à cirer de ce nabot, même pas célèbre].
La même, pourtant, publiait dans l'hebdo des socialistes le 14 octobre dernier un joli texte d'engagement pour les militants. Elle y déclarait "Nous croyons, nous socialistes, que l'arrogance de gouvernement, le mensonge d'Etat et le mépris des citoyens ne sont pas une fatalité: c'est la droite qui a fait le choix de l'autoritarisme, de la confusion et de l'irresponsabilité des pouvoirs, attisant la crise démocratique".
Et si Bourdieu avait raison, et si Ségolène était de droite…
 

Vignette: l'année du cochon, calendrier coréen.