Vers une poétique de l’insulte

cobra.jpgNe pas être de gauche, c'est naturellement être de droite. Et c'est par essence être haineux, abjecte, inculte et très con. Je suis toujours frappé par cette culture de l'excès et de l'insulte qui sévit aujourd'hui à gauche, pour dénoncer une droite démocratique finalement assez modérée dans ses propos, un lexique qui, par un singulier renversement, était celui de l'extrême droite intellectuelle d'avant-guerre. Peut-être une parenté de forme, peut-être aussi un clin d'œil affectueux aux traditions soviétiques et chinoises. N'ont-elles pas fait de la diatribe ordurière une poétique de l'hygiène qui donnait sens à leurs épurations successives? On en garde la musique. Elle est chaude au cœur.
Bref, avoir une vision libérale de la société, c'est en France être de droite. C'est être passible d'insulte. "Libéral" est devenu presqu'aussi embarrassant que "fasciste". Et je suis libéral. Social aussi, mais la gauche a fait de cette association un oxymoron à fort bénéfice politique, rares donc sont ceux qui, à droite comme à gauche, osent le rapprochement. Donc je me sens assez souvent insulté avec une violence que je n'utilise que rarement et que regrette à chaque fois.
Ce long préambule pour dire que de la performance de la Cheffe, ce soir à la télé, va dépendre la musique de la suite, je veux dire le ton de la campagne. Soit Elle est bonne (mais qui y croit encore…) et, parce que la candidate sera remontée un peu dans l'estime du corps électoral, le choix se fera encore sur les idées. Soit elle se vautre (mais qui s'en étonnerait…) et son programme n'aura plus de sens.
Ne restera alors comme stratégie que l'affaiblissement du concurrent par tous les moyens, on passera du débat sur le fond au débat sur le pire. L'insulte, le procès d'intention, l'invective, la vulgarité, l'indécence, l'impudence, l'inconvenance, le mensonge, la calomnie remplaceront peu à peu un débat somme toute assez plan-plan, mais nécessaire, sur le chiffrage des programmes, les valeurs de la république ou les options d'équipement de la Royale.
Dans le grand recyclage de la politique en France, les poubelles auront chacune leur couleur. On sera tendance.

Vignette: le cobra

Commentaires (3) to “Vers une poétique de l’insulte”

  1. Alors, est-ce que ce que dit Bayrou vaut quelque chose? Je lis dans Le Monde qu’il a en tête de monter, en cas d’élection, un gouvernement composé d’individus, avant tout compétents, de gauche et de droite. ça me parait sensé (après tout c’est ce que nous avons en Suisse depuis 1959). Alors, est-ce que ça pourrait marcher auprès des Français?

  2. Je dois avoir un problème de valeur, ou de jugement, mais je ne vois pas en quoi le texte cité est insultant pour les gens de droite. Je dis bien “les gens de droite” car en tapant sur Sarkozy et ses supplétifs chez Match, et les quelques militants qui, sciemment ou non, reprennnent cette idée quand même absurde de médias majoritairement gauchistes, je ne vise pas à travers eux les gens de droite. Par contre, curieusement, les gens de droite se sentent visés quand on dénonce l’excès de certains de leurs camarades - mais ce n’est pas mon probleme. La différence entre “l’insulte totalitaire” de propagande et ma pratique sommes toutes modérée de l’insulte est bien là, je ne vise pas “les bourgeois” ou “les koulaks” mais bien quelques individus qui méritent, eux, ce traitement.

  3. david-david,
    Je connais mal Bayrou, mais mon sentiment est qu'il est urgent de s'y intéresser. Je posterai quelque chose là-dessus demain. Donc je vais voir, mais je crains que l'homme ne soit qu'un fantasme de cohabitation à lui seul…

    Guillermo,
    Allez, mon lien n'était pas 100% honnête… Mais oui, je m'associe à ce qui est dit de mon camp – puisque j'y suis renvoyé, sans honte - et j'entends comme cela est dit, the music behind. C'est difficile, sur la carte politique absurde que la presse ne cesse de renforcer, de se dire à la fois libéral et social. C'est pourtant bien la position dans laquelle je me sens à l'aise. Il y a, au PS comme à l'UDF et même à l'UMP, des gens qui aimeraient que cet espace politique existe, d'autre qui pensent devoir le proscrire parce qu'il ne correspond à aucun fond de commerce électoral connu (crédible, en tout cas). Aujourd'hui, si je fais fi des personnalités – et des sentiments – c'est le discours de Sarkozy qui me semble être la réponse la plus crédible pour débloquer l'ankylose nationale.

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