De la providence institutionnelle à la providence compassionnelle
Il ne date pas d'hier, le deal qui lie l'Etat français et le peuple: providence contre dépendance. "Tu auras la sécu et tu te tiens à carreau". On l'a vu s'installer, avec son lot de compromis, de caricature, et éliminer lentement tout ce qui, hors de la sphère publique – bien maîtrisée – pouvait ressembler à l'initiative, la responsabilité et la réussite, individuelles. Proscrites!
Cette esprit de "providence", on l'a vu se déployer au cours du débat hier soir sous une forme nouvelle, sans la sécheresse institutionnelle des grands systèmes, mais plus compassionnelle, plus émotionnelle, plus maternelle. A croire que le plateau avait été conçu pour permettre à la candidate d'inonder les ondes d'un pathos humanitaire parfois dérangeant. Nicolas a été moins gâté.
Dans la tranchée, quand tout est perdu, le poilu appelle sa mère. Pas son père. Figure féminine contre figure masculine. La femme, qui donne la vie, n'a pas son pareil pour accompagner dans la mort. En sommes-nous là? On pense aux affiches de la première guerre mondiale quand la république-mère enlace le soldat à l'agonie. On pense à Michel Ange, à sa Pieta, figure magique de marbre blanc où une mère-vierge d'à peine quinze ans enlace le corps d'un fils qui en avait trente-trois…. L'émission d'hier n'a été que le parcours laborieux mais touchant du bestiaire de toutes nos souffrances, à quoi Royal répond "mamans", "gamins", "écoles", "dispensaires" et "subventions"… On ne le lui reprochera pas, mais quand elle parle de ce qui nous fera réussir, des ressources indispensables à sa générosité, elle est moins convaincante. Signer des chèques à l'envi ne fait pas une politique sociale.
Cette image d'une France engluée dans sa propre souffrance n'est pas construite sur rien. Mais en faire toute la France et ne répondre qu'à celle-là par une prise en charge institutionnelle, est-ce que cela n'est pas une fois encore investir dans le problème et pas dans les solutions quand, précisément, les solutions créatrices de richesses sont découragées et fuient. Royal a raison de dire que la croissance est le moteur indispensable du traitement. Mais qui peut lui faire confiance dans ce domaine? L'avenir se résume-t-il à une augmentation du smic et des petites retraites?
En instituant la providence compassionnelle comme brique fondamentale – et quasi unique - de sa relation au citoyen, Royal, comme l'Etat français, corrompt la notion de responsabilité, la rend diffuse, au point qu'en cas de difficulté, la tendance nationale sera encore davantage de s'en prendre "au système", "à l'Etat", "aux politiques", toutes entités accusées de tous les maux et dont un corps social rendu aboulique et docile attendrait éternellement… une prise en charge providentielle.
Je reviens sur des points déjà évoqués ici. Plus la campagne avance, plus la distinction se fait entre un maternage palliatif sans réalité économique, et une offre peu complaisante mais ancrée dans les faits. J'ai fait mon choix, sans grand enthousiasme, à vrai dire, mais fait quand même.
Tout est dans le regard que l'on porte sur le corps social et électoral. Sportif… ou mourant…
zirikolatz a écrit :
et si pour une fois les mouches changeaient d’âne
les fois dernières nous avions chirac le mec sympa (sympathie et compassion ont la même signification l’un en grec, l’autre en latin) et jospin le huguenot réaliste
charles vous avez fait votre choix
les français c’est pas dit
wait and see
Posté le 20-Feb-07 à 8:51 am | Permalink
olivier a écrit :
“une offre peu complaisante mais ancrée dans les faits”…
comme la baisse de 4 points des prélèvements obligatoires ?
Et franchement, ce n’est pas le ministre d’état-ministre de l’intérieur et ancien ministre de l’éconnomie qui peut donner des lecons en matière économique. Pour l’instant, et jusqu’à preuve du contraire, le gouvernement Jospin a eu de meilleurs résultats.
Le débat ne se résume pas à juste deux icones : il y a de vraies différences de programmes, qui ne se résument pas a subventions VS réductions d’impots.
Posté le 20-Feb-07 à 10:29 am | Permalink
domino a écrit :
Tout à fait d’accord avec votre article du jour. La France n’est pas isolée du monde et il faut donner la priorité à l’eficacité plutôt qu’à l’assistanat. Même si SR dit représenter la France qui entreprend, je ne vois pas quel entrepreneur se réjouierait de son élection à la Présidence. La France qui entreprend vote, mais pas pour elle.
Posté le 20-Feb-07 à 11:06 am | Permalink
david-david a écrit :
Tiens? d’ailleurs, pourquoi Jospin n’a-t-il pas été élu contre Chirac? Parce que sa campagne était mauvaise? ça en dit long sur l’état de l’électorat. Mais pourtant son bilan était meilleur. Et pourquoi les socialistes semblent-ils se comporter à l’opposé de Jospin? Je ne suis pas tellement jospiniste (haha), mais il semblait encore être (ou avoir été) le plus compétent.
Posté le 20-Feb-07 à 1:16 pm | Permalink
Rémi a écrit :
On ne saura jamais si Jospin aurait été élu contre Chirac.
Posté le 20-Feb-07 à 1:52 pm | Permalink
david-david a écrit :
hm c’est vrai… mais quand même
Posté le 20-Feb-07 à 6:41 pm | Permalink
olivier a écrit :
Ce n’est pas parce qu’on est élu que l’on a raison. Ni l’inverse.
André Laignel avait dit “juridiquement tort, puisque politiquement minoritaires” et c’était une belle connerie.
Et de la même façon, parler au nom de la France qui entreprend est un peu prétentieux. Mais bon, le petit chef aime bien diviser la France en deux, ca aide à reigner.
Posté le 20-Feb-07 à 8:01 pm | Permalink
manu a écrit :
Au moins, personne ne vous contestera un certain sens de la formule (j’ai beaucoup aimé Royal en distributeur à café).
En revanche, pardon, mais il existe de très nombreux pays où on se tient à carreau, et autrement plus qu’en France, sans avoir la Sécu.
L’un n’a rien à voir avec l’autre.
Merci de l’avoir noté.
Posté le 05-Mar-07 à 8:12 pm | Permalink