Des baffes, des câlins et des mots…

emeute.jpgSoudain l'envie de rapprocher trois événements qui mettent en scène trois candidats dits "crédibles" de notre championnat quotidien. L'un ancien, l'autre assez récent, le troisième encore chaud.
Le 8 avril 2002, François Bayrou, en campagne et en banlieue, gifle un gamin de dix ans qui lui faisait discrètement les poches. 25 octobre 2005, Nicolas Sarkozy reprend le mot "racaille", prononcé par une locataire excédée qui, de sa fenêtre, interpelle le ministre de l'intérieur. Le 19 février 2007, Ségolène Royal répand sur l'électorat bouleversé un pathos rarement égalé depuis les larmes en direct du candidat Barbu en 1965. Dans les trois cas, la télévision est là et la presse commente.
Dans les trois cas, il s'agit d'un même contexte, celui d'un pays qui souffre, celui de la banlieue devenue en quelques années le présage du pire. Dans deux des cas, il s'agit de violence, qu'elle soit physique ou verbale. Mais là s'arrête la comparaison, les conséquences ne seront pas les mêmes. Rien dans le premier cas. L'embrasement dans le second.
Ce qui m'intéresse ici est la question suivante: quelle est la réponse politique la mieux adaptée à la souffrance et la violence sociales qui corrompent inéluctablement le tissu social de centaines de quartiers en déshérence, et peut-être plus largement, du pays?
L'anecdote Bayrou? Elle ne pèse que le poids d'un homme seul qui répond façon Béarn traditionnel. Autrement dit, il en colle une au petit con et on n'en parle plus. Et personne ne s'émeut vraiment. En soi, la baffe n'est pas une réponse politique, elle n'engage que Bayrou. Encore que…
"Racaille" ? Le mot déclenche le dialogue que l'on sait. Les assureurs passent une mauvaise semaine. Les médias se régalent.
L'empathie larmoyante de Ségolène? Elle lui vaut deux ou trois points de hausse dans les sondages. A confirmer. On goûtera quand même le grand écart qu'elle exécute avec souplesse entre maternage et encadrement par la Légion… mais bon, l'art de la synthèse est une seconde nature, au zinc du Solférino.
Les trois gestes renvoient à trois univers de référence bien différents. Il y a, dans le réflexe de Bayrou un mouvement qui évoque la famille, la fermeté paternelle, le geste qui vaut en soi, dans l'instant, pour solde de tout compte. Tu l'as cherchée, ta baffe, tu l'as eue et maintenant tu files dans ta chambre. La gifle ne provoque rien parce qu'elle est appliquée sans haine, presque affectueusement, pour autant qu'on accepte qu'une violence physique mineure peut-être sans conséquence négative et durable.
La compassion royalienne, déjà évoquée ici, est une réponse "maternelle" et palliative à la souffrance, elle est de l'ordre du câlin et, comme tel, soulage davantage qu'elle ne guérit. Je ne crois pas que Ségolène puisse tenir ce registre deux mois encore. La solution pour guérir, elle, est dans le programme, sa cohérence et son réalisme. Et c'est sur ce point précisément que l'équipe semble se déchirer, tant les options sont divergentes au sein même du camp socialiste. A terme, le départ de Besson sera plus lourd que la main tendue à une heure de grande écoute.
Le mot de Sarkozy (même "retouché", voir Arrêt sur image du 6 novembre 2005) est terrible parce que mis en scène de la sorte, il invoque la violence diffuse, coercitive de l'Etat. La réponse n'est pas la bonne, parce que c'est le ministre qui parle, c'est la magnitude de son pouvoir qui prend date, incarnée par un homme qui n'a pas réussi à installer une image sereine. Bien au contraire, une image de nervosité rapidement travestie et tournée en violence larvée par ceux qui rêvent de l'abattre, à gauche comme à droite. Alors même que les émeutes n'ont pas fait de victimes. C'est pour cela qu'aujourd'hui le ministre pénalise le candidat.
C'est d'ailleurs là que se place à mon sens le plus grand défi pour Sarkozy. Alors que son équipe et son programme sont cohérents, il lui faut maintenant passer d'une perception de brutalité contenue à celle d'une fermeté humaine et puissante.
L'enjeu de la campagne est maintenant posé: comment sort-on de la souffrance? Qui peut conduire cela?

Commentaires (5) to “Des baffes, des câlins et des mots…”

  1. A propos de la posture de maternelle de Ségolène, on peut lire sans risque de s’ennuyer le réjouissant pamphlet de Michel Schneider, La confusion des sexes (Flammarion).

  2. Là encore, je relève le titre qui laisse entrevoir le parti pris.
    Pourquoi pas : “des baffes, des câlins et des injures”
    Ce qu’il y a de commun entre ces trois événements que vous décortiquez habilement, c’est que les personnes qui les ont provoqués en sont les auteurs. je veux dire par là que tous les trois sont bien conscient de leur rôle devant les caméras et qu’ils le jouent.

  3. Le parti-pris de montage médiatique dont a souffert Sarkozy me semble un peu plus grave que la petite torsion sémantique que vous relevez avec justesse…
    De sauvageon à racaille, le monde change…

  4. Non racaille est le bon mots. Ces jeunes font que les francais ont peur des jeunes de cité et je pense que la parole de sarkozy etait comme pour marquer un cout de point.
    Vous dites qu’”une image de nervosité rapidement travestie et tournée en violence larvée par ceux qui rêvent de l’abattre, à gauche comme à droite” c’est tout à fait les mots justes

    Petite () sur le forum de Elle je lis :

    Faut-il régulariser les parents immigrés d’enfants scolarisés en France? non avec 52% des voix

    C’est inadmissible . il devrait meme pas en y avoir 20 ca montre un malhaise de la société
    En tout cas bayrou c’est pas parce que je pen se qu’il a raison sur ce point que je voterais pour lui

  5. “On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui” disait Desproges.
    On peut appeller un chat un chat mais pas dans n’importe quelle situation. Une personalité politique accompagnée de journalistes dit-il “pute” pour parler d’une “prostituée”?

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