Maggie’s Legacy

arracheur.jpgConversation avec Mark, un ami de Londres, écrivain, anglais, cordial.
Il dit "Je suis entouré de gens qui n'auraient jamais imaginé, vingt ans plus tard, qu'ils seraient thatcheriens à ce point. Moi non plus, d'ailleurs…". Thatcher si dure, si honnie en son temps, vilipendée. Une femme pourtant, je crois.
Au moment où Tony calls the boys back home, histoire de faire place nette sur son bureau, on peut s'interroger et comparer les deux héritages. Celui de Maggie - statufiée depuis hier par les Britanniques, n'en déplaise à Renaud - c'est une Angleterre en état de marche. Elle revenait de loin, pourtant. Ce que la France lui mettait dans la vue à l'époque, elle le lui met aujourd'hui. The Thatcher legacy aura bien servi Tony. Le nettoyeur était passé. Merci. Les suivants pouvaient surfer. Mais jusqu'à un certain point. On se demandera toujours ce qu'avait fumé le Premier pour décider, contre toute évidence, d'engager son pays avec la bravitude qu'on connaît au service d'un idéal démocratique et universel. On en mesure chaque jour, à Bagdad, la joyeuse éclosion. Il laisse une Angleterre toujours tonique économiquement et moralement secouée, ahurie chaque jour devant les images de la Grande Bourde. Pourtant, Dieu sait combien les Anglais aiment la guerre… Thatcher avait repris les Malouines, Tony s'enlise à Bassora.
Impossible pour moi de ne pas penser à la France. A nos enjeux. Sur l'étal, il va falloir choisir. Penser aujourd'hui à ce qui sera pensé dans quinze ans, ce que diront les Mark qui nous entourent, et ceux qui auront quinze ans alors. On dit qu'il n'y a pas de mémoire en politique… c'est vrai. Qui se souvient encore que la gauche de 1981 voulait changer la vie? Pour revenir en 1983 à la rigueur. Comme tout le monde. Tous les voyants sont au vert, avait paradé Mauroy peu avant à la télé, déjà de l'eau jusqu'à la taille. Comment ne pas voir qu'on nous sert le même brouet en 2007? La joie, l'espérance et l'enthousiasme des citoyens experts – et quelques chèques – vont fédérer les énergies positives et les vibes feront le reste. L'idée que la douceur des choses viendra à bout de la dureté des temps est une escroquerie électorale éculée. On nous la ressert pourtant, avec un ruban rose dans les cheveux. Elle a un si beau sourire, Ségo.
Mais sommes-nous prêts à passer chez le dentiste pour un jour sourire… comme elle.

Vignette: l'arracheur de dents. Anonyme flamand. XVIème siècle