Le képi, pièges et vertus

police.jpgNicolas Sarkozy revient en force sur l'autorité. Il était temps, diront certains, après la glissade empathique mais nécessaire de janvier, peaufinée par des scribes moyennement branchés. L'autorité, dit-il, une valeur qui s'est enlisée depuis 1968 dans les atermoiements d'un Etat chevelu et honteux d'y avoir recours. Il n'a sans doute pas tort, mais rendre la gauche responsable du laxisme républicain, c'est oublier vite que la droite s'est installée docilement dans le même déni, depuis quarante ans.
Ce faisant, néanmoins, il se repositionne sur le langage qu'on lui connaissait, celui d'une fermeté républicaine qui a (avait) mauvaise presse mais que, d'une certaine façon, Ségolène Royal a réhabilité en osant l'inacceptable, en brisant le dogme de son propre camp: faire appel à l'armée pour encadre les sauvageons que seuls un képi blanc ou bleu pourrait ramener à la raison. Le grand tabou. L'armée. Ca n'est pas passé inaperçu. Mais là ne s'arrête pas la surprise. Plus étonnante encore est la suite, car les militants l'ont suivie, sans doute pour beaucoup exaspérés par une insécurité que leur propre parti, éludant la question par des discours lénifiants, n'avait jamais osé affronter.
Ainsi admise et porté des deux côtés, l'autorité de l'Etat et les formes qu'elle prendra deviennent centrales dans le débat qui s'annonce. Ce sur thème, et quelle que soit la position traditionnelle de son camp, Royal me semble avoir l'avantage, sinon l'initiative. En ouvrant les portes des casernes et des commissariats, Ségolène invente une "répression de gauche". Entendez une répression acceptable. Ce qu'elle appelle un Ordre Juste. Mais que veut dire cette expression séduisante? Là, personnellement, je me perds un peu. Je suis confus. Mais peut-être ai-je tort de m'attacher à comprendre ces slogans qui ne sont que des labels de campagne. La police pourrait bien rester la police. Les voyous des voyous.
Sarkozy, quel que soit son bilan et ce qu'on en pense, est en difficulté. Parce qu'il ne démissionne pas, le candidat de droite prend un risque évident. D'une part il laisse se superposer le rôle rarement populaire de ministre de l'intérieur, celui du candidat qui prône un retour sans complexe de l'autorité, dans la famille, à l'école, dans la société, et une personnalité d'un naturel, disons, anxieux. Une confusion idéale pour adoucir son image… Enfin, parce qu'il ne démissionne pas, il doit à la fois assurer une campagne qui s'annonce difficile et piloter un ministère très lourd.
De son côté, Royal reste concentrée à plein temps sur sa campagne… et bat la campagne.