Détails et signes faibles

microscope.jpgOn ne tient jamais assez compte des "signes faibles", ces détails qu'on remarque à peine mais qui, si on s'y intéresse, sont révélateurs. Je regardais François Bayrou hier soir, je dis bien je regardais, pour autant qu'il faille considérer séparément l'image et le son. Parfois, ce que nous voyons en dit davantage que ce que nous entendons. Ainsi – l'exercice est ennuyeux – est-il utile de ne garder que l'image. Puis séparément, le son. Trois émissions, trois candidats. Que voyons-nous?
Sarkozy, concentré, les mains crispées sur le pupitre, déchargeant sur le pauvre objet la rage qu'il doit contenir quand un militant PS qui est là totalement par hasard le cherche sur des histoires de deux-roues. On voit Ségolène, soudain soulevée par l'émotion quitter ce même pupitre pour toucher l'épaule d'un malade en pensant le plus fort possible "Lève-toi et marche". Sait-on jamais? On voit Bayrou - il a certainement retenu la leçon - se dégager toujours du même pupitre et passer devant, aller "au contact" et on se dit soudain mais bon Dieu, pourquoi il ne va pas poser la main sur le genou de cette jolie brune qui minaude? Ca, c'est un geste à trois points, au moins.
En écoutant, en revanche, mais en faisant fi du contenu (est-ce si grave?) j'ai remarqué quelques hésitations dans le langage de Bayrou. Avec ceci de particulier que lorsqu'il ne trouve pas son mot, il hésite, laisse un blanc, regarde autour de lui, vaguement paniqué… et passe à autre chose. J'ai trouvé cela honnête. J'ai trouvé cela sincère. Il est là l'aveu de faiblesse de Bayrou. Il nous dit secrètement vous pouvez me faire confiance, je ne suis pas COMPLETEMENT une machine politique. D'ailleurs en écoutant son rêve de recomposition, on en est vite convaincu. François est l'incarnation du vote blanc.
Pas comme Ségolène qui produit du texte comme un distributeur. On met un euro, on appuie sur la touche thématique de son choix et la tasse se remplit avec la lenteur de ces foutues machines qui livrent un café insipide, toujours le même, mais qu'on boit parce qu'il le faut alors qu'on est à peine au-dessus de Lyon et que l'entrée de Paris promet d'être coton. Il y a pour moi, en filigrane de cette litanie, la grisaille totalitaire et inquiétante du dogme, de la vérité qui se veut morale. On ne demande pas à un distributeur d'improviser, et si par hasard il le fait, on appelle la maintenance. Ce qu'elle a fait la semaine dernière. D'ailleurs.
Nicolas Sarkozy, lui, fait tomber les mots à leur place comme mes enfants calaient sans faille les petites formes Tetris de leur Game Boy. On sent qu'il les maîtrise, qu'ils flottent derrière son front avant de s'agencer et de faire mouche. Ca n'est pas nouveau. A vingt ans déjà, il semblait lire les phrases qui s'imprimaient quelque part dans son cortex bien loti. On dit que la clarté du langage renvoie à celle du regard. En effet, Sarkozy dispose la vie avec l'exactitude d'un grammairien. On débat simplement pour savoir à quoi sont ordonnées ses propositions.
La rencontre d'un homme avec le peuple. On dit cela de l'élection présidentielle. On ne dit pas la rencontre d'un programme avec le peuple. Alors, l'observation de ce qu'ils sont, de leurs gestes, de leurs postures, de tout ce qui les construit nous indique aussi qui ils sont, au-delà de ce qu'ils disent - puisque franchement, ce qu'ils disent… L'un porte en lui l'humaine hésitation, l'autre une xyloglossie compassionnelle ou le troisième une clarté désincarnée? Il va falloir choisir.
Faites vos jeux.

Vignette: Microscope de Magny. 1751