La vie édifiante de l’Opinius Publicus Gallicus

sondages.jpgL'opinius est un gros animal sympathique et dolent, plutôt peureux, d'un tempérament conservateur et amical. Sa chair est plutôt forte en graisses et l'huile qu'on en tire peut facilement être utilisée pour l'entretien et la mise en valeur du cuir, pour la sellerie ou la chaussure.
Sa principale occupation? Se taper un coup de Buzet et s'installer au soleil, je veux dire devant un écran allumé, la gueule largement ouverte dans l'axe, pour que rien ne lui échappe, de 19h45 à 23h. Puis de 7h30 à 8h30, toutes saisons confondues. C'est ainsi qu'il se nourrit. Le reste du temps, il est amorphe mais n'en pense pas moins.
Certains, rassemblés en troupeaux, ne doivent leur salut qu'à l'engagement d'individus appelés KOL (Key Opinion Leaders), ou "People". Ceux-là sont des aventuriers ou des artistes qui naviguent sur les ondes et à qui l'on doit d'ailleurs la découverte de l'animal. Ils parviennent parfois à provoquer la transhumance du troupeau, un voyage long et laborieux, d'une idée à une autre.
L'opinius connaît des phases actives. La première est la période des amours, en général tous les cinq ans, au cours de laquelle le troupeau s'enrichit de sujets exceptionnels, les NA (Nouveaux Adhérents). Mais attention, d'une génération à l'autre, les comportements sont imprévisibles. L'animal connaît alors des dérèglements pour certains stupéfiants, pour d'autres extrêmement amusants. D'un jour à l'autre, sa température, suivie très régulièrement, connaît des écarts impressionnants. Tout dépend de ce qu'il a mangé la veille. Il est pris de soubresauts et affiche des comportements incohérents dont l'interprétation, encore mystérieuse est sujette à de solides prises de bec entre spécialistes. L'animal souffre, ne trouve pas sa position, s'énerve et cherche son partenaire avec cette naïveté pataude mais sereine qui est le signe que son cortex, habituellement au repos, s'agite.
La deuxième phase active est dite contestataire. L'opinius est une animal sage par nature, mais également déterminé. Il ne faut pas le chercher trop longtemps. Il s'agace. Il arrive même qu'il se mette à sentir extrêmement mauvais. C'est un signe de colère. C'est inquiétant. Il peut alors s'ébrouer et se mettre en mouvement. Rien ne l'arrête et le leader démuni doit alors se plier à la loi du troupeau.
Sujet: l'opinion privée est-elle la version libérale de l'opinion publique? Commentez.

Vignette: Opinius Publicus en pleine activité

Commentaires (8) to “La vie édifiante de l’Opinius Publicus Gallicus”

  1. Ohlala, que c’est caustique! Et un peu simpliste à mon avis…

  2. Oui, Peg, c’est sans prétention. Mais la foule rompait les barrières pour acclamer Pétain quelques mois avant la libération, elle rompait les mêmes pour acclamer de Gaulle avec le même enthousiasme, quelques mois après, l’opinion allemande suivait Hitler à la fin des années trente, l’opinion américaine soutenait le projet démocratique iraquien… La démocratie d’opinion, dramatisée par les sondages, ne dit pas grand-chose, et nous en sommes gavés… non?
    Le Robert dit “opinion, manière de penser, de juger”. Je doute.

  3. Quelle différence entre la sardine et le banc de sardine?
    Le banc de sardine est une fantasmagorie de la sardine. Séduisant pour laisser croire qu’il protège, voire qu’il effraie, il ne fait qu’attirer le prédateur glouton.
    Sujet: Du déterminisme du banc de sardine, au regard de la sardine.
    Commentez!

    J’apprécie beaucoup ce que vous écrivez.

  4. Quid de son cousin d’Amérique??:^)

  5. Est-ce que les foules font ou pensent des bêtises, est-ce qu’elles sont frivoles, est-ce qu’elles se trompent? Bien sûr.

    Mais le peuple en soi est-il méprisable? J’en suis pour ma part beaucoup moins sûr. Il me semble que la démocratie aboutit à des résultats moins erronés que les autres régimes. Qu’est-ce qui est le plus scandaleux, que les foules se soient livrées à Hitler — ou qu’Heidegger ait été Nazi?

    Je signale au passage que le premier sondage national effectué en France le fut en 1938, qu’il concernait les accords de Munich, et qu’il découvrit une légère majorité CONTRE. Qui avait raison alors, le peuple ou ses élites?

  6. L’opinion publique de 1938 n’avait pas encore rencontré TF1. Superposer opinion publique et démocratie est un raccourci osé. Osé…

  7. Arrivant chez vous au hasard d’une recherche sur le mot “dolent”, je découvre votre blog. A la télé je fais quelquefois le même exercice que vous - séparer le son et l’image - où l’on découvre bien des choses, et il m’arrive aussi de ne regarder que les yeux de celui qui parle - on comprend alors bien des choses aussi : regardez les yeux de Sarko qui ne cillent jamais, à l’inverse de ceux qui l’entourent, journalistes ou autres : le commun des mortels en somme. Je me souviens de ceux de Balladur ; c’était exactement le regard faux-jeton de Louis de Funès dans ses meilleurs moments !
    Je reviendrai vous lire avec plaisir, et merci pour cela.

  8. Bienvenu(e) Mifa. Mystérieux, une recherche sur le mot dolent…

Poster un commentaire
*Obligatoire
*Obligatoire (mais jamais publié)
 

*
Prouvez-moi que vous n'êtes pas un robot et recopiez le mot.
Anti-Spam Image