Est-il acceptable de manger les rats vivants?

yahhos.JPGAux pays des Houyhnhnms, ces chevaux rationnels et moraux, Gulliver croise aussi les Yahoos et peine à se reconnaître dans ces humanoïdes répugnants, dépravés, sales, corrompus, contrefaits qui se nourrissent de détritus et mangent les rats vivants. Gulliver préfère se projeter dans les chevaux raisonnables et méprise sa propre espèce. Cela dit, que serait-il arrivé à Gulliver s'il avait croisé un Google…
Dans notre monde désespérément peuplé de Broods, de Limules, de Tyranides, de Zergs, d'Erinyes, d'Hyppalectrion, de Monegarn ou d'Alfes, chacun à sa manière vit sa vie et regarde l'autre en haussant les sourcils. On se retrouve donc assez vite, dans le meilleur des cas (juridique) devant un tribunal à discuter de caricature et dans le pire des cas, dans un beau charnier ou sous l'éboulis d'une paire de tours.
Partout où la norme culturelle, technologique, politique et démocratique du premier monde cherche à "imposer sa tolérance" (oxymoron?), les particularismes culturels se crispent, et l'enfer étant Les Autres par définition, le relativisme culturel rencontre nécessairement une limite. Refuser l'excision, est-ce refuser la culture de l'autre? Où est la limite qui sépare l'acceptable de l'inacceptable? La circoncision est-elle une mutilation rituelle archaïque? En caricaturant l'immigration un peu vite pendant le débat de lundi – égorger les moutons dans les baignoires, exciser les filles etc. – Sarkozy a pris un risque, déclenché un débat assez vif et s'est fait applaudir par la salle. Pour avoir passé pas mal d'années confronté à la question du choc culturel, ma conviction est qu'au-delà d'une vision "positive" et somme toute assez naïve, qui consiste à y voir un "formidable réservoir de créativité", il y a là surtout un formidable réservoir de violence que la "société globale" d'aujourd'hui, privée de lois universelles et reconnues comme telles, n'est pas à même de canaliser et d'épuiser autrement que par la guerre.
Pourtant, aucune fatwa n'a été promulguée. En portant  l'affaire des caricatures devant la justice, les musulmans de France s'intègrent dans le système, qui repose sur la loi. Quelle que soit la décision du juge, il s'agit d'une victoire de la démocratie, et la création du CFCM y est pour beaucoup.
On le doit aussi à Sarkozy, que par ailleurs la gauche critique violemment pour en avoir favorisé la création.

Vignette: Un Yahoo, illutration de Grandville 1838 pour les Voyages de Gulliver, Voir J.J. Grandville, Delpire Editeur.

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Décidé de virer le post sur José Bové. Beaucoup de réactions sur un propos qui dépassait réellement mes intentions.
So scratch!
Merci à ceux qui ont réagi, Antoine.

Bea B et DemiMondaine à La Scène, Paris

bea2.jpgLa Scène est l'une des bonnes salles rock de Paris et sans doute pour beaucoup, elle est ce que The Cavern, le Bus Palladium ou le CBGB ont été pour d'autres, en d'autres temps, un lieu où le son pulse bien, où la bière est fraîche, où le talent se révèle.
Bea B y sera sur scène, vendredi à 20 heures, avec son groupe, DemiMondaine. Béa B est une voix et une écriture, un missile littéraire et physique qui vient creuser son cratère au cœur même de Paris, car c'est ainsi que les guerres éclatent dans la ballistique hasardeuse du rock. On ne sait jamais où ça tombe, on ne sait jamais si ça retombe. On ne sera pas dans la colophane d'un alto, dans la douceur plaintive d'un hautbois, mais plutôt dans les concrétions sonores d'un Fender DeLuxe à bout de nerfs, dans le souffle d'une basse compressée et dans le tempo d'un drummer co-co-co-lérique. Ca va cogner. Il y aura ceux qui y étaient et ceux qui n'y étaient pas… C'est tout.
Pour en savoir plus voir la section Bea B dans la partie MUSIK de ce même blog.
La Scène, 2 bis rue des Taillandiers, 75011, Paris; jeudi 8 février à 20 heures.

Coup de soleil sur la banquise

polars.jpgLa science a-t-elle jamais été autre chose que politique? Que la terre tourne autour du soleil faisait en d'autres temps tourner la tête des prélats, qu'elle se réchauffe un peu vite semble aujourd'hui faire tourner celle des cardinaux du Nouvel Ordre Mondial. Non, le réchauffement de la planète n'échappe pas à la règle et l'administration Bush semble fondre ce qui lui reste de plombs au même rythme que la banquise.
The Guardian rapporte que L'AIE (American Entreprise Institute), un thinktank financé en grande partie par ExxonMobil et proche de la Maison Blanche, a récemment envoyé une série de lettres à des scientifiques américains et européens. La lettre offre de financer des publications. Ca démarre plutôt bien. Oui, mais lesquelles? Facile, il suffit de publier pour contester la validité scientifique des conclusions du rapport de Nations Unies sur le réchauffement climatique (IPCC). D'ailleurs, la lettre dénonce le rapport comme "rétif à toute critique ou désaccord raisonnable, et prompt à offrir des conclusions soutenues par un travail d'analyse médiocre". Elle en appelle à des publications qui "explorent avec sérieux les conclusions du modèle climatique". Autrement dit qui concluent : Réchauffement? Connais pas!
Exit la science, bienvenu les pataugas. Ben Stewart, de Greenpeace dit de l'affaire: " L'AEI est davantage qu'un Thinktank, il fonctionne comme une mafia intellectuelle de l'administration Bush. […] Ils ont perdu sur la science; ils ont perdu sur la morale; tout ce qui leur reste, c'est une valise de billets…".
Lord Rees of Ludlow, président de la Royal Society, l'institut scientifique le plus prestigieux de Grande Bretagne, conclut en ces mots: "Toutefois, et encore une fois, il y aura une minorité de voix, avec son propre agenda, qui essaiera de suggérer autre chose".
Ca va chauffer…

Les prébendes de la confiance

christopher2.jpgSi nous votons pour l'un, et non pour l'autre, c'est qu'en tout état de cause, nous faisons davantage confiance à l'un qu'à l'autre, même si, au fond, nous ne faisons qu'une confiance limitée à "tous ces politiciens" qui parlent beaucoup et livrent peu. Le candidat pour qui nous votons, nous lui prêtons – mieux qu'aux autres - la capacité à prendre en charge les nombreux risques qui nous guettent et le pouvoir de rendre la vie plus facile, pour nous et jusqu'à un certain point, pour les autres. Lorsque nous votons nul, puisque le blanc n'est rien, nous déclarons notre totale défiance.
Bien. Je me souviens d'un travail fait par les canadiens au milieu des années 90. Il s'agissait d'observer des entreprises où de toute évidence le climat de confiance était très haut, et de rechercher les caractéristiques communes à ces organisations. Les conclusions étaient intéressantes. Quatre facteurs émergeaient, tous liés à la façon dont l'entreprise était pilotée.
D'une part, une perception claire, par le personnel, de la compétence technique des chefs. La base, en somme, on le comprendra, tant qu'à prendre l'avion, autant que le pilote ait des heures de vol…
Le deuxième point était la concentration des dirigeants. Leur application à cibler, à résoudre les problèmes et trouver les solutions sans se disperser.
Le troisième critère était l'honnêteté de leurs déclarations. Autrement dit on peut sans doute mentir et diriger, mais alors, il faudra le faire dans la défiance et sans les bénéfices de la motivation et de l'engagement…
Enfin, dernier point et peut-être le plus important, l'empathie, cette capacité de certains chefs à aller au contact, reconnaître, ressentir et intégrer dans leurs comportements et leurs décisions les difficultés rencontrées par leurs collaborateurs et, plus généralement, par le corps social de l'entreprise.
Il serait naturellement très peu scientifique et même assez ridicule d'extrapoler ces résultats à une situation électorale. Faisons-le donc avec bonheur. Et regardons sur chacun de ces critères, comment se placent nos candidats et tout ceux qui sont potentiellement en course au deuxième tour. On voit vite que si Ségolène Royal n'a pas encore convaincu sur le critère de la compétence - sur quoi Nicolas l'attaque de front - elle a choisi de miser sur l'empathie en alignant débat sur débat avec les Vrais Gens depuis un mois. Sarkozy, de son côté, par le contenu du programme et l'expérience, joue la carte de la compétence, mais il lui reste néanmoins du chemin à couvrir pour faire émerger une empathie jusque là plutôt discrète. Un déficit que le discours du 14 janvier avait à l'évidence pour objectif de combler. Mais attention, il ne faut pas confondre émotion et empathie… Bref chacun attaque sur la faiblesse de l'autre. Mais tous deux, du fait de leur appartenance à des partis forts, sont associés à des catéchismes politiques jugés anciens, parfois éculés. Ils risquent de se voir reprochée une langue de bois qui pénalise leur image d'honnêteté. Nicolas, comme Ségolène, cherchent à s'affranchir de ces pesanteurs, le premier en le déclarant clairement ("je ne suis plus le candidat de la seule UMP"), l'autre en distinguant bien son équipe de celle du parti.
Ce qui n'est pas le cas de Bayrou qui équilibre plutôt bien son image, encore trop floue, trop faible, sur les quatre critères. Ce qui lui permet de capter mieux qu'un autre les hésitants que Ségolène consterne et que Nicolas inquiète.  Le Pen, lui, reste le Grand Menteur, celui qui, pour paraphraser Pascal, "réclame aujourd'hui, au nom de nos valeurs, des libertés qu'il détruira demain au nom des siennes"…
Si d'aventure il terminait au palais.

Vignette: Saint Christophe portant l'enfant Jésus. Orazio Borgianni

Montebourg tuera-t-il The Pépites Show?

hannibal.jpgSégolène Royal a remis les choses dans l'OJ (Ordre Juste) le 17 janvier 2007 en bâillonnant Montebourg pour un mois. C'est prudence. On se souvient qu'en 2002, à chaque fois qu'Arnaud disait vouloir mettre Chirac en prison, Jospin plongeait dans les sondages… Mais enfin, on peut raisonnablement penser (espérer) qu'il reprendra la parole le 17 février, soit 6 jours exactement après The Pépites Show. Je veux dire ce moment intense où la candidate singulière d'un gauche vaguement plurielle révélera son programme. On le sait, il s'agit en fait du tamisage méticuleux de l'intelligence collective de tout ce que la France compte d'enseignants et de fonctionnaires de la Poste encartés PS. Oui, 5500 DP (Débats Participatifs), modérés par des Mod's (modérateurs) qui remontent de la pépite en une page. Le parti a toujours eu le sens de la synthèse… C'est ainsi qu'ils ont trouvé, les Mod's, que "la vie chère" était mieux que "le pouvoir d'achat". C'est ça, la vie en rose… changer la vie.
En installant le suspense, Ségolène garde l'initiative. Le 12 février, on peut prédire un petit sursaut de la candidate dans les sondages, tant l'attente est grande d'un programme. Le militant hésitant prendra ce qu'on lui sert et en sera rassuré, et cela même si le contenu est d'une indigence extrême.
Mais Ségolène s'est mise dans une situation délicate. Soit le contenu est tellement socialiste et classique qu'il était inutile de passer des mois à discutailler tard le soir, et la frustration, voire la colère, seront grandes. Soit le DA (Désir d'Avenir) est vraiment très original, décalé, et donc forcément peu socialiste, et la confusion règnera au sein du parti… Dans les deux cas, le naufrage se confirmera.
La droite peut donc préparer tranquillement sa cartouchière face à ces deux éventualités dont le calendrier a été annoncé. Merci. Elle peut également organiser les choses de telle sorte que le terrain médiatique soit surencombré entre le 10 et le 15 février, histoire de noyer un peu l'effet d'annonce
Reste la grande inconnue: en quelques mots, Montebourg sera-t-il le nettoyeur de tout ça?