Repli identitaire
Friday, March 30, 2007
J'ai lu et relu le long entretien de François Bayrou dans le Figaro de mercredi. C'est centriste. Ca détend. Il dit cette phrase clé, celle qui revient sans cesse pour rythmer sa campagne: "Il y a quelque chose qui ne va pas!".(Il faut prononcer "pas" avec un [a] antérieur, comme dans carotte, et non un [a] postérieur, comme dans pâturages). Mais certes. On peut même dire, sans être terrassé par une attaque décliniste massive, que des problèmes, il y en a plusieurs.
Notamment un, sur l'identité de la France, sujet traditionnellement tabou passé glamour depuis peu. Je me souviens d'une petite boutique, proche de la Bastille, qui vendait tout un ensemble de babioles, services de tables, linge de table et de maison, gravures, autour du drapeau tricolore… il n'a pas tenu. Sur ce point, François s'exprime: "Dans l'histoire de France, on n'a jamais cédé à l'exaltation nationale, y compris le général de Gaulle." Là, j'ai coincé. Il n'a pas lu les mémoires du grand homme, c'est clair. On peut jouer sur les mots, mais tout de même, la période post révolutionnaire ou la guerre de 14 sont traversées par une exaltation nationale et patriotique d'un bon calibre. Ou bien je n'ai rien compris.
Je me suis dit, tiens, qu'est-ce qui relie ces deux périodes à la nôtre? Il me semble que la notion de "menace extérieure" prévaut. Celle des coalisés après la révolution, celle des Allemands pendant la Grande Guerre. Alors aujourd'hui? D'une part la déstabilisation culturelle qui, même partiellement, est la conséquence d'une immigration massive et de souche non chrétienne, différente en cela des vagues historiques que le pays à connues, et l'assimilation plus ou moins explicite, plus ou moins imaginaire, plus ou moins manipulé de cette nouvelle population à l'islam radical, violent et extérieur. Tout incursion sur ce thème était immédiatement taxée de collusion avec le Front National. Peu de politiques l'ont osée et la plupart de ceux qui l'on fait en ont payé le prix. D'autre part la menace que représente, à nos portes, le sang impur d'une Europe dont la grande majorité des membres a choisi des voies libérales - pardon, ultralibérales. Menace repoussée par voie référendaire en 2005. Enfin, tous ces nouveaux mercenaires capitalistes d'Inde, de Corée ou de Chine, tous ces fonds de pension anglo-saxons qui font main basse sur notre industrie avec la complicité du patronat, cet ennemi de l'intérieur. Arena, qui profile les maillots de Laure Manaudou, est acquise par un fond de pension italien qui délocalise dans la foulée en Asie. Mais la France ne s'abaisse pas à créer ses fonds.
Notre "modèle", même exsangue, continue d'habiter l'inconscient socialiste. On sort les drapeaux, la Marseillaise, bientôt les fourches et, aujourd'hui… le tracteur. Car il me saute aux yeux comme un symbole nostalgique d'une France restée mentalement rurale, qui vacille sous les coups de la modernité, cet ennemi qui bien longtemps nous est venu de l'ouest et qui, lui aussi, se globalise. La France ne rayonne plus, c'est sur elle que d'autres rayonne. Va-t-elle rester figée dans la lumière des phares ou s'ébrouer et s'ouvrir?
Bref, la vague de la menace se surfe à droite comme à gauche. Et François fait la synthèse…
Vignette: Austerlitz
Le premier opus d'Eric, le portrait de Sarkozy, je l'ai lu à Noël. Le dernier, je l'ai attrapé au Relai H de la gare du Nord - avant qu'elle ne brûle dans le jamboree de mardi soir - et lu avec un brin d'amusement. On sent une touche d'amertume dans le ton. Un beau traité d'équarrissage, en somme.
Je suis né à Troyes, en Champagne, donc un peu ministre de l'Intérieur depuis hier. Ca s'arrose. J'y retourne assez régulièrement. J'ai rencontré François Baroin une fois ou deux. François est cordial, sympathique et articulé. Il sait écouter en donnant à son interlocuteur l'impression qu'il est unique et providentiel. Après, on verra… Il a donc les véritables qualités d'un homme politique, né dans le sérail, un ADN parfaitement tricolore. Un destin. Député à 28 ans, maire et ministre à 30, président à…
"Tous les Français devraient avoir chez eux le drapeau tricolore " pour l'afficher " aux fenêtres, comme cela se fait dans d'autres pays, le jour de la fête nationale" C'est Elle, Royal, qui dit cela. On a cru à une blague… mais non. On fera donc comme aux Etats-Unis où chaque maisonnette arbore stars and stripes pour fêter les boys qui cassent du muslim dans la banlieue de Bagdad en écoutant du metal rock. Jusque là, le drapeau, c'était réservé aux transports en commun le 14 juillet et aux soirs de finales. Quand la France gagne. Pour le reste, le pays avait réussi à échapper au syndrome de l'étendard-sanglant-est-levé. Le rouge, on l'oubliera, on l'aura au front en brandissant le tricolore, emprunté au voisin, le type sympa qui milite au Front National. Bref, c'est la déclinaison que - toute liberté reprise - la candidate propose au peuple de gauche à la suite du tour de piste identitaire de son concurrent. Allez, de Gaulle sur tous les teeshirts! On oublie l'Internationale, on chantera tous la Marseillaise, mais en expliquant bien qu'un sang impur c'est juste une image pour désigner la droite ignoble et grimaçante.
Drôle de campagne. Drôle de moisson. Chacun s'accorde sur le constat, la France ne va pas fort. Elle ne se redressera qu'à long terme. L'analyse du contexte, tous l'ont fait.
La C6R n'est pas le dernier break Citroën, une vertèbre lombaire ou le numéro de ma porte de cave, mais la Convention pour la VIème République, organisation à fort rayonnement intercommunal mise au point il y a quelques temps déjà par Arnaud Montebourg – celui qui a le parler haut - afin de provoquer la rupture institutionnelle qu'il appelle de ses vœux, le poing dressé etc. etc. On aura donc compris que si la notion de rupture, chez Sarlozy, tient du danger public, chez Arnaud, elle tient du salut public… La constituante… une nouvelle république… allez, un effort, les tribunaux révolutionnaires… la place de Grève… on y est presque et Arnaud crie tout seul sous la douche… "Hortense! Tu as vu, repasse mon jabot, elle a tout pris, tout!!!!"
Fin décembre 2006, Eric Besson publiait pour ses amis d'alors un portait honnête et objectif de Nicolas Sarkozy, repris en chœur par le parti socialiste qui trouvait là, enfin mise dans l'ordre, la nosographie complète des troubles psycho-politiques du futur candidat UMP. Du vitriol, disait-on. Un pamphlet dont la cible, touchée à mort, ne devait pas se relever. Car toujours, et seule, la vérité est révolutionnaire! Ta ta tzoum ! Pris de remords, il semblerait qu'ensuite Eric ait transmis à Nicolas un petit signe d'amitié. Allez, Nico, c'était pour rire… Cohérence. En tout cas, ce document, si la personne qui l'a lu visite ce blog, qu'elle me contacte, j'aimerais échanger avec elle avant d'acheter.
Ceux qui ont lu mes quelques billets le savent, Ségolène Royal ne m'a jamais vraiment convaincu. C'est peu dire. "Avatar" collectif conçu au printemps dernier dans l'étreinte incestueuse de médias et sondages de tous ordres, elle a promené avec une constance inquiétante son sourire à facettes. D'abord celui d'Aphrodite. Beauté de la différence rayonnant sur les ondes, éblouie par le miroir d'un peuple qui tend les mains. Celui de Diane ensuite, carnassier, traquant avec bravoure le gros gibier dans le grand safari des primaires. Celui d'une prêtresse, enfin, dévote psalmodiant son ordre juste dans d'obscures et stériles messes laïques où, mains encore tendues, quelques adeptes bouleversés réclamaient quinze élèves par classe. Mais tout a changé soudain et rien n'est plus comme avant. Depuis peu, sur le masque fatigué, flotte le sourire d'une égarée. Demain celui du martyre. Après un court et improbable pas-de-deux avec ses éléphants, la dompteuse elle a repris sa liberté. Le public évacue le chapiteau. Dans l'ordre. Le brûlot de Besson fera le reste. (Mais d'ailleurs, qui connaît ce type?).
La mécanique des fluides est un truc compliqué. Elle explique aussi bien la chorégraphie ondulatoire des bouchons sur l'A10 le premier weekend d'août que l'insupportable trépidation d'un robinet quand, pour des raisons mystérieuses, l'eau rebondit bruyamment sur un coude mal agencé, ou même l'effroyable rot d'une eau qui s'évacue trop vite. Je naviguais ce matin sur les fluctuations houleuses de l'opinion depuis six mois. Même pas mal au coeur! Mais un sondage, en particulier, m'a accroché. Selon IFOP, palmarès paru jeudi dans Paris Match, 59% des Français tablent sur une victoire de Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle et 16% sur celle de François Bayrou (qui fait un bond de 13 points) et 20% prévoient le succès de Ségolène Royal qui perd 9 points. La question est: qu'est ce qu'on fait de ça, sinon de dire qu'un flux d'opinion coince davantage dans le lavabo de Ségolène que dans celui de Nicolas? Comment donner un nom à un tel sondage? Et pourquoi ce sondage me fait-il penser à la mécanique des fluides?
A l'heure où la seule à pouvoir battre Sarkozy se demande si elle battra Bayrou, un détour chez le Béarnais s'impose. Se souvient-elle de la vase de Soisson, l'apprentie cornac? Je veux parler de ce moment historique d'ouverture à l'ouest au cours duquel un Mitterrand soudain consensuel s'est tourné vers l'aile droite et a convoqué Soisson Jean-Pierre. Le temps d'apprendre quelques citations de Jaurès dans la CX, et le voilà un genou au sol. Pan, ministre! Ca ne se refuse pas. S'en suivit une politique claire et volontariste dont nous nous souvenons tous comme d'un grand tournant. Ne me demandez pas dans quel sens. Sa contribution à la formation professionnelle, à la modernisation administrative et au développement rural est dans tous les esprits. Pas le mien, en fait. Je me souviens, par contre, qu'il était coiffé avec les cheveux très en arrière, assez plaqués. Pour le reste, cette époque tenait davantage du marécage que de la rupture de l'axe droite-gauche et devait se terminer par une déculottée socialiste de magnitude 9, le drame Bérégovoy et l'intronisation digne et compassée d'Edouard. Vaseux.
La Délégation Générale à la Langue Française ("DGLFLF", un peu le bruit d'un pigeon qui s'envole transmis par SMS) sous tutelle du ministère de la culture et de la communication, reprend le dossier les anglicismes qui polluent, salissent, pervertissent, abîment, corrodent, minent, sapent, brisent défoncent, rongent, étouffent et finalement anéantissent la langue française. On ressort donc la Loi Toubon, de 95, mais sans Toubon. Qui s'en plaindrait? Ce matin donc, tôt, on débattait à la radio de la traduction la plus juste de la "free-box". Oui. Free-box, c'est simple, c'est direct, c'est punchy, pardon, c'est coup de poing, alors pourquoi pas "Libre boitier de services de connexions multiples permettant l'accès au téléphone, à l'internet et aux chaînes audio-visuelles". C'est simple, c'est punchy, pardon, c'est direct. Non?
Pour moi, la campagne est de plus en plus simple, alors même que je ne connaissais pas Claude Batolone.
Jean Baudrillard est mort le 7 mars 2007. Il était né en 1929, l'année même où Berliet organisait le premier raid sur pneu, entre Touggourt et Tombouctou. L'a-t-il jamais su? Il n'en a jamais parlé, je crois. Pourquoi? S'il y en avait un qui se baladait sur la langue en amortissant les bosses, c'est bien lui. L'hyper-réalité, ça dégage des contingences. Et du coup, les vrais, les puristes, ne l'aimaient pas.
Arnaud Montebourg is back. J'ai craint un moment qu'il ne boude, qu'il ne s'effondre. Mais non, la névrose tient bon. Dans la dernière lettre de Désir d'Avenir, Little Miss Sunshine lui donne enfin la parole et il parle de politique industrielle. Il s'en prend à Nicolas Sarkozy. La dernière phrase laisse rêveur : pour lui, le candidat de l'UMP "a oublié d'évoquer Péchiney, racheté par voie d'OPA par Alcan le canadien, Arcelor racheté par Mittal l'indien, sans que les équipes Sarkozy au pouvoir n'aient levé le petit doigt". Evidemment, avec Montebourg, disons Ministre de l'Intérieur en Charge des Questions Industrielles, ça n'aurait pas traîné. Il lâchait le GIGN et on lui amenait les deux connards au ministère, après un petit dialogue dans le fourgon.
J'entre dans le sixième mois (octobre était incomplet…).
D'abord des détails. Quelque chose dans le sourire qui me mettait mal à l'aise. Quelque chose dans le regard qui semblait porter au-delà de ce qui est vu. Puis ce vocabulaire qui tournait immanquablement autour de l'Espérance, de la Justice, mais aussi d'un Ordre. Lequel? Espérance, justice, ordre… Puis cette eschatologie participative pour pétrir ensemble la glaise d'un monde meilleur, quand tard le soir se retrouvaient les adeptes bouleversés d'une nouvelle Parole. "J'invente une autre manière"… Tout cela prenait la forme de béatitudes politico-administratives que voilait à peine une rhétorique socialo-familiale. La famille. La crèche.
Lors d'un tête-à-tête avec l’abbé Pierre, dans les années soixante, Einstein évoquait trois bombes : la bombe atomique, la bombe de l’information et la bombe démographique, et leur rôle critique sur le futur de l'humanité. Personnellement, quand je lis cela, j'en tire une conclusion immédiate. Einstein n'était pas la moitié d'un con. On peut également en déduire qu'Albert voyait loin. Autrement dit qu'il était clairvoyant, qu'il avait une vision.
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