Repli identitaire

austerlitz2.jpgJ'ai lu et relu le long entretien de François Bayrou dans le Figaro de mercredi. C'est centriste. Ca détend. Il dit cette phrase clé, celle qui revient sans cesse pour rythmer sa campagne: "Il y a quelque chose qui ne va pas!".(Il faut prononcer "pas" avec un [a] antérieur, comme dans carotte, et non un [a] postérieur, comme dans pâturages). Mais certes. On peut même dire, sans être terrassé par une attaque décliniste massive, que des problèmes, il y en a plusieurs.
Notamment un, sur l'identité de la France, sujet  traditionnellement tabou passé glamour depuis peu. Je me souviens d'une petite boutique, proche de la Bastille, qui vendait tout un ensemble de babioles, services de tables, linge de table et de maison, gravures, autour du drapeau tricolore… il n'a pas tenu. Sur ce point, François s'exprime: "Dans l'histoire de France, on n'a jamais cédé à l'exaltation nationale, y compris le général de Gaulle." Là, j'ai coincé. Il n'a pas lu les mémoires du grand homme, c'est clair. On peut jouer sur les mots, mais tout de même, la période post révolutionnaire ou la guerre de 14 sont traversées par une exaltation nationale et patriotique d'un bon calibre. Ou bien je n'ai rien compris.
Je me suis dit, tiens, qu'est-ce qui relie ces deux périodes à la nôtre? Il me semble que la notion de "menace extérieure" prévaut. Celle des coalisés après la révolution, celle des Allemands pendant la Grande Guerre. Alors aujourd'hui? D'une part la déstabilisation culturelle qui, même partiellement, est la conséquence d'une immigration massive et de souche non chrétienne, différente en cela des vagues historiques que le pays à connues, et l'assimilation plus ou moins explicite, plus ou moins imaginaire, plus ou moins manipulé de cette nouvelle population à l'islam radical, violent et extérieur. Tout incursion sur ce thème était immédiatement taxée de collusion avec le Front National. Peu de politiques l'ont osée et la plupart de ceux qui l'on fait en ont payé le prix. 
D'autre part la menace que représente, à nos portes, le sang impur d'une Europe dont la grande majorité des membres a choisi des voies libérales - pardon, ultralibérales. Menace repoussée par voie référendaire en 2005. Enfin, tous ces nouveaux mercenaires capitalistes d'Inde, de Corée ou de Chine, tous ces fonds de pension anglo-saxons qui font main basse sur notre industrie avec la complicité du patronat, cet ennemi de l'intérieur. Arena, qui profile les maillots de Laure Manaudou, est acquise par un fond de pension italien qui délocalise dans la foulée en Asie. Mais la France ne s'abaisse pas à créer ses fonds.  
Notre "modèle", même exsangue, continue d'habiter l'inconscient socialiste. On sort les drapeaux, la Marseillaise, bientôt les fourches et, aujourd'hui… le tracteur. Car il me saute aux yeux comme un symbole nostalgique d'une France restée mentalement rurale, qui vacille sous les coups de la modernité, cet ennemi qui bien longtemps nous est venu de l'ouest et qui, lui aussi, se globalise. La France ne rayonne plus, c'est sur elle que d'autres rayonne. Va-t-elle rester figée dans la lumière des phares ou s'ébrouer et s'ouvrir?
Bref, la vague de la menace se surfe à droite comme à gauche. Et François fait la synthèse…

Vignette: Austerlitz

Eric Besson a les boules

boece4.jpgLe premier opus d'Eric, le portrait de Sarkozy, je l'ai lu à Noël. Le dernier, je l'ai attrapé au Relai H de la gare du Nord - avant qu'elle ne brûle dans le jamboree de mardi soir - et lu avec un brin d'amusement. On sent une touche d'amertume dans le ton. Un beau traité d'équarrissage, en somme.
Ce qui m'a frappé dans ce témoignage impartial, ça n'est pas tant la charge contre Ségolène Royal - on s'y attendait, et à vrai dire le texte ne révèle rien que nous n'ayons ressenti en suivant la surprenante équipée royaliste – que les raisons profondes, culturelles, idéologiques, qui ont présidé à la rupture spectaculaire entre le parti et celui dont on disait qu'il avait pour mission de chiffrer les propositions de la candidate. "Chiffrer", le mot est lâché. Quelle sale manie que celle de placer une mesure, un nombre, quelque chose qui renvoie au réel, au possible, ou à l'impossible, en acceptant la marge d'erreur inhérente à l'exercice. Et c'est bien là qu'est l'inacceptable pour le militant sous hypnose, qu'un chiffre, qu'une réalité, puisse contredire un élan d'espérance livré à la foule avec la pureté d'une parabole et un sourire de prêtresse. Sur quelle échelle et depuis quand mesure-t-on l'espoir ? Un blog de gauche que j'aime parce qu'agile et désespéré, propose cette vision des chiffres: "Expérience collective, contrôle, réduction. Voila toute la dimension perverse des chiffres, ou de ce qu'on en fait. Réduire les programmes à un paquet de milliards d'euros, c'est pouvoir résumer, trancher et comparer des choses incomparables, complexes, parfois fausses également mais toujours irréductibles à de vagues calculs." Conclusion, ne chiffrons pas, débarrassons-nous des pisse-froid, ne mesurons pas au risque de tomber sous la domination du réel, ce tueur de rêve, ce gel posé sur nos émotions. Quand Ségolène passe de 20% de réduction de la production nucléaire à 50%, puis de 50% à 20% dans la foulée, elle n'inquiète que Besson… Le poids du nucléaire – une bagatelle pour la France – sera donc établi grosso modo. Que voulez-vous d'autre? Il en faut davantage pour faire tousser Pierre Mauroy ou arracher Hollande à sa catalepsie socialo-conjugale. L'extraordinaire incohérence qui traverse l'appareil socialiste français est mise à jour par les déclarations toujours inattendues de la candidate - je veux dire toutes ces photocopies recyclées des thématiques de Sarkozy.
Comment ne pas se souvenir du bilan "globalement positif" que les communistes français, alors alliés des socialistes,  attribuaient à leurs camarades soviétiques dans les années soixante-dix? "Globalement", c'est combien? Quand le délire idéologique prend le pas sur la mesure, sur le réel, sur la vérité, et qu'il se double d'un moralisme sectaire et étriqué, le risque est lourd de voir une gauche française infiniment plus totalitaire que ne pourrait l'être son concurrent direct. C'est, je pense, ce que n'a pas supporté Besson. Le socialisme soviétique, référence profondément ancrée dans les valeurs de la gauche, a fait 85 millions de morts en son temps. Ah, les chiffres.
Le Pen aurait dit, "un détail".
 

Vignette: Concours d'arithmétique entre Boèce et Pythagore. Grégoire Reish, gravure sur bois, 1508.

François Baroin, magicien ?

bouchonschampagne015.jpgJe suis né à Troyes, en Champagne, donc un peu ministre de l'Intérieur depuis hier. Ca s'arrose. J'y retourne assez régulièrement. J'ai rencontré François Baroin une fois ou deux. François est cordial, sympathique et articulé. Il sait écouter en donnant à son interlocuteur l'impression qu'il est unique et providentiel. Après, on verra… Il a donc les véritables qualités d'un homme politique, né dans le sérail, un ADN parfaitement tricolore. Un destin. Député à 28 ans, maire et ministre à 30, président à…
Jeune consultant, j'avais rencontré son père, peu avant sa mort, un grand commis de l'état coiffé avec un pétard, mutualiste, maçon par dérogation spéciale des autorités ecclésiastiques (elles imposèrent des obsèques religieuses), ancien de la DST et de la police, ami de Jacques,  tragiquement disparu dans le crash - tout à fait accidentel - de son avion alors qu'il menait une mission en Afrique et que, selon certains, le dialogue franco-iranien sur Eurodif se tendait légèrement.
Jacques n'a pas oublié et a pris le petit François sous son aile. On se dit qu'avec un tel parcours et un tel sponsor, tout est possible, tout est facile. Mais ça n'explique rien. Il est aussi des "fils-de" qui trébuchent.
Revenons donc au maire. Depuis qu'il a remplacé Robert Galley (gaulliste historique, Division Leclerc à la libération, homme froid et distant) à l'Hôtel de Ville, quelques détails ont changé: entre autres, on l'a vu à la terrasse des cafés, ou faire ses courses, l'autoroute a rompu l'isolement, l'université rajeuni la ville, le centre a été réhabilité de façon somptueuse, les magasins d'usines de confection attirent une noria incessante de cars. Côté culture, une médiathèque, un festival de chanson française à l'automne et, quand le printemps revient, une décoration florale quasi obscène qui, personnellement, me donne envie de vomir… J'en oublie beaucoup, bien sûr, mais la ville est sortie d'un long sommeil, à l'image du Havre ou de toutes ces autres cités qui dormaient depuis la guerre et auxquelles un maire volontariste a su proposer un projet, sans attendre que la traditionnelle péréquation à la française ne viennent, au nom de la solidarité, combler un manque de courage et d'idées. Et le prince charmant a gagné son second mandat, sans difficulté. La démocratie locale reste pour moi l'épreuve reine en politique. François a donc 41 ans. Il entre place Beauvau après un parcours citoyen exemplaire.
A deux pas de l'Elysée.

Aux armes, Ségolène!

louise9.jpg"Tous les Français devraient avoir chez eux le drapeau tricolore " pour l'afficher " aux fenêtres, comme cela se fait dans d'autres pays, le jour de la fête nationale"  C'est Elle, Royal,  qui dit cela. On a cru à une blague… mais non. On fera donc comme aux Etats-Unis où chaque maisonnette arbore stars and stripes pour fêter les boys qui cassent du muslim dans la banlieue de Bagdad en écoutant du metal rock. Jusque là, le drapeau, c'était réservé aux transports en commun le 14 juillet et aux soirs de finales. Quand la France gagne. Pour le reste, le pays avait réussi à échapper au syndrome de l'étendard-sanglant-est-levé. Le rouge, on l'oubliera, on l'aura au front en brandissant le tricolore, emprunté au voisin, le type sympa qui milite au Front National. Bref, c'est la déclinaison que - toute liberté reprise - la candidate propose au peuple de gauche à la suite du tour de piste identitaire de son concurrent. Allez, de Gaulle sur tous les teeshirts! On oublie l'Internationale, on chantera tous la Marseillaise, mais en expliquant bien qu'un sang impur c'est juste une image pour désigner la droite ignoble et grimaçante.
Moi ça m'enchante. Après l'armée pour encadrer les sauvageons, le drapeau pour leur donner un repère - ils en manquent, paraît-il - Claude-Joseph Rouget de Lisle pour leur donner du cœur, le retour des comités de salut public, pourquoi ne pas revenir à la conscription, réhabiliter la Ligne Maginot, rétablir l'Algérie comme département d'outre-mer, refonder l'Afrique Equatoriale Française, ressusciter l'Empire…
Elle y revient toujours, "Aller sur les idées de droites avec les valeurs de la gauche", avait dit Assouline. On y est puisque tout est possible dans ce trajet politique qui zig-zague comme un canard sans tête et tient du racolage passif. Quand Royal parle de nation, c'est dans la lumière de Louise Michel (Galieni-Pont de Levallois), poète, héroïque ambulancière qui court de barricade en barricade à l'heure où Thiers brise dans le sang tous les espoirs de la Commune. Quand Sarko parle de Nation, c'est naturellement à l'ombre Michel Bizot (Balard-Créteil), qui à la même époque s'illustre au sein de l'armée de Versailles et reprend Paris avant d'aller civiliser les Aurès.
Bientôt il ne restera plus à Philippe de Villiers qu'un souverainisme vendéen hyper-porteur.

Vignette: Louise Michel

Politique et Fatalité Agricole

tracteur.jpgDrôle de campagne. Drôle de moisson. Chacun s'accorde sur le constat, la France ne va pas fort. Elle ne se redressera qu'à long terme. L'analyse du contexte, tous l'ont fait.
Chômage? Comment passer de 9 à 4% de demandeurs d'emplois dans des conditions socialement acceptables?
Retraite? Comment assurer qu'en 2020, la retraite par répartition ne sera un pas RMI déguisé?
Dette? Comment faire pour qu'à horizon de 20 ans, le simple remboursement de la dette ne consume pas deux fois ce que l'impôt sur les revenus rapportera à l'état?
Insécurité? Comment briser la spirale de délinquance qui fabrique à la fois des zones de non-droit et des ghettos de riches?
Education? Comment ramener le système scolaire et universitaire à des standards de performance compétitifs sur un plan international?
Recherche? Comment réorganiser la recherche de telle sorte que la France retrouve son rang en matière de publications et dépôts de brevets, qu'elle sache valoriser sur le marché les fruits de ses innovations et qu'elle arrive enfin à fidéliser ses propres chercheurs?
Croissance? Comment redonner du souffle à la croissance et développer ces small buisnesses, tous directement mis en joue par les industriels des pays émergents, quand ça n'est pas par leur propre administration, alors que de leur côté et depuis longtemps la plupart des grandes multinationales françaises ont investi off-shore et se développent avec succès dans un monde ouvert?
Lourdeur de l'Etat? Comment réduire le poids et la centralisation administrative afin d'en diminuer le coût insupportable sans perdre en efficacité et sans bloquer l'ensemble des services publics, devenus au fil des ans des fonds de commerces syndicaux?
Face à quoi les médias, et la télévision en particulier, nous ont proposé un Loft Politique ininterrompu, au point qu'on s'attendait à voir Loana ou Vincent McDoom invités chez PPDA et poser leurs questions à des candidats sommés de répondre dans l'instant à de vrais gens, sur les vrais problèmes du quotidien, des problèmes qui, à l'évidence, n'ont pas ni anticipés ni réglés depuis trente ans.
L'affligeante opération des débats participatifs n'a fait que renforcer cette ruée sur le chèque à court terme, sur le détail, alors qu'on sait qu'aucun des sujets mentionnés plus haut ne trouvera de solution immédiate et douce. On satisfait l'électeur au détriment de sa descendance, c'est connu. D'une main, le vrai gens se plaint du manque de vision, de l'autre il empoche la monnaie qu'on lui tend. Peu importe, en somme, que tel ou tel candidat propose des options pour l'avenir, la réponse ne sera pas dans la bande passante de l'électeur moyen. Sans doute Bayrou ou Sarkozy ont-ils mieux résisté à la dérive… ils ont fini par y venir. Dans une société dont la culture reste profondément agricole - tiens, le tracteur -, le cycle est celui de la terre. Il est d'une année, de moisson à moisson. La campagne reste à la campagne. Mais le paysan, la vrai, travaille dur et ne brûle pas la terre qu'il transmet.
Donc l'avenir? Dieu s'en occupe?

Ségolène et la magie des nombres

pi.jpgLa C6R n'est pas le dernier break Citroën, une vertèbre lombaire ou le numéro de ma porte de cave, mais la Convention pour la VIème République, organisation à fort rayonnement intercommunal mise au point il y a quelques temps déjà par Arnaud Montebourg – celui qui a le parler haut - afin de provoquer la rupture institutionnelle qu'il appelle de ses vœux, le poing dressé etc. etc.  On aura donc compris que si la notion de rupture, chez Sarlozy, tient du danger public, chez Arnaud, elle tient du salut public… La constituante… une nouvelle république… allez, un effort, les tribunaux révolutionnaires… la place de Grève… on y est presque et Arnaud crie tout seul sous la douche… "Hortense! Tu as vu, repasse mon jabot, elle a tout pris, tout!!!!"
Bref, tout cela pour en venir aux péripéties numériques qui structurent la campagne. Ségolène, qui jongle yeux bandés avec 100 propositions - un numéro unique au monde-, voit l'audience se clairsemer à chaque lever de rideau. Elle l'a donc mise au programme, la VIème, entre les Eléphants Savants et le clown Jacky. Qui sait, ça peut attirer les scolaires. Et la magie des nombres est là, mais petits bras tout de même. Car enfin, un vrai Désir d'Avenir, c'est un saut dans le futur, un breakthrough, comme aurait dit Raffarin, ça aurait dû pousser Royal à passer directement à la VIIème. Pourquoi se rendre soudain prisonnière de la logique obtuse des chiffres lorsqu'on bâtit une campagne sur le rêve, comme le dit  Eric Besson avec toute la délicatesse qu'on lui sait. Ca faisait passer de "5 à 7". Et c'est terriblement évocateur, terriblement porteur, bourré de ce symbolisme du quotidien et des vrais gens que la candidate affectionne: rendez-vous galants  et crapuleux à la sortie du bureau, goûter goûteux pour les plus jeunes, nettoyage à sec pour les maniaques, blog du matin pour certains… tout un univers. Dommage.
On peut continuer… Bayrou, avec ce bon sens, dit paysan, ancré dans les contreforts pyrénéens, propose sa rupture avec le futur et un retour à la IVème, sans surprise mais avec la douce patine des meubles-posés-là depuis toujours. Les détracteurs de Sarkozy voient en lui pointer Nicolas Ier et un troisième Empire. Jean-Marie, constant, reste attaché aux valeurs du IIIème Reich, Besancenot trimbale déjà dans ses sacoches les statuts d'une IVème Internationale lumineuse, Marie-George court derrière le vélo pour arracher les sacoches et José klaxonne à la tête d'un cortège de 504… signatures.
Mais la question reste entière, la VIème république est-elle la bonne porte pour le VIIème ciel? Et qu'allons-nous devenir sans les sondages…

Le Grand Blues de Besson

jeanne2.jpgFin décembre 2006, Eric Besson publiait pour ses amis d'alors un portait honnête et objectif de Nicolas Sarkozy, repris en chœur par le parti socialiste qui trouvait là, enfin mise dans l'ordre, la nosographie complète des troubles psycho-politiques du futur candidat UMP. Du vitriol, disait-on. Un pamphlet dont la cible, touchée à mort, ne devait pas se relever. Car toujours, et seule, la vérité est révolutionnaire! Ta ta tzoum ! Pris de remords, il semblerait qu'ensuite Eric ait transmis à Nicolas un petit signe d'amitié. Allez, Nico, c'était pour rire… Cohérence. En tout cas, ce document, si la personne qui l'a lu visite ce blog, qu'elle me contacte, j'aimerais échanger avec elle avant d'acheter.
Et le portraitiste biographe récidive cette semaine, après avoir claqué la porte du parti et n'être pas revenu. Le voilà donc avec un Procès de Ségolène dont quelques morceaux choisis ont filtré dans la presse du weekend. C'est édifiant. Rien de très nouveau, mais posé avec ce sens des nuances qui nous avait déjà séduits en décembre. Marine le Pen trouve le livre formidable. On se masse autour du bucher. Là où Montebourg - qui lui aussi a connu le purgatoire - nous aurait offert quelques alexandrins, le verbe haut, et proposé des bouts rimés, Besson se contente d'une interview cathartique au point qu'on se demande si le journaliste n'a pas exigé de mener l'entretien au parloir de la prison de Donzère. Attachez le, bordel, vous voyez bien dans quel état il est!
Et nous voilà face à deux questions. La première: lequel des deux pamphlets faut-il croire, puisque l'une et l'autre sont tirés au même bidon. Sarkozy est-il vraiment le fasciste mystique que dénonce l'auteur et Ségolène la catin variqueuse qu'il abhorre? Jeu à somme nulle. La deuxième: comment peut-on faire confiance à type qui "vient du privé" comme ne manque pas de le souligner la presse. Pas même capable de la boucler devant une caméra, ou de répéter le même truc sans y croire… Le mensonge n'est-il pas la première des disciplines?
Comme elle ne peut plus renvoyer Besson pour rétablir l'ordre juste, Ségolène a balayé l'objection d'un geste et appelé l'auteur à user de son talent pour parler de la France. Franchement, on n'aime autant pas.
On dit que le mistral rend fou… On dit aussi, sur les berges du Rhône, qu'il préparerait un Bayrou.

Vignette: Jules Eugène Lenepveu, vers 1890

La sacrifiée du PS

blanche16.jpgCeux qui ont lu mes quelques billets le savent, Ségolène Royal ne m'a jamais vraiment convaincu. C'est peu dire. "Avatar" collectif conçu au printemps dernier dans l'étreinte incestueuse de médias et sondages de tous ordres, elle a promené avec une constance inquiétante son sourire à facettes. D'abord celui d'Aphrodite. Beauté de la différence rayonnant sur les ondes, éblouie par le miroir d'un peuple qui tend les mains. Celui de Diane ensuite, carnassier, traquant avec bravoure le gros gibier dans le grand safari des primaires. Celui d'une prêtresse, enfin, dévote psalmodiant son ordre juste dans d'obscures et stériles messes laïques où, mains encore tendues, quelques adeptes bouleversés réclamaient quinze élèves par classe. Mais tout a changé soudain et rien n'est plus comme avant. Depuis peu, sur le masque fatigué, flotte le sourire d'une égarée. Demain celui du martyre. Après un court et improbable pas-de-deux avec ses éléphants, la dompteuse elle a repris sa liberté. Le public évacue le chapiteau. Dans l'ordre. Le brûlot de Besson fera le reste. (Mais d'ailleurs, qui connaît ce type?).
Et tout cela pourquoi? Et bien peut-être est-ce la recomposition du PS qui s'engage sous nos yeux. Ségolène pourrait y avoir sacrifié sa vie politique. Car enfin, telles que se présentent les choses, le tout-sauf-Sarko - pour autant qu'il s'agisse d'un projet politique – ne peut plus aujourd'hui passer que par un François Bayrou qui, présent au second tour, rassemblerait l'électorat de gauche et du centre pour assassiner une fois encore le duc d'Enghien. Et l'axe Bayrou-Strauss Kahn prendrait alors tout son sens, rassemblerait l'aile libérale et moderne du PS et renverrait l'aile gauche à son destin naturel: la calcification post-communiste. François a eu du nez en se choisissant Blair comme icône (pardon…). Un homme de droite proposant une gauche moderne, quoi de plus normal, ici et maintenant? Remplacer l'immobilisme par la paralyse, n'est-ce pas finalement aller au bout du projet? Il ne manque qu'une chose pour que ce lugubre scénario se réalise: l'effondrement de  Ségolène.
Il me semble malheureusement qu'elle s'y emploie.

La vague scélérate

freakwave.jpgLa mécanique des fluides est un truc compliqué. Elle explique aussi bien la chorégraphie ondulatoire des bouchons sur l'A10 le premier weekend d'août que l'insupportable trépidation d'un robinet quand, pour des raisons mystérieuses, l'eau rebondit bruyamment sur un coude mal agencé, ou même l'effroyable rot d'une eau qui s'évacue trop vite. Je naviguais ce matin sur les fluctuations houleuses de l'opinion depuis six mois. Même pas mal au coeur! Mais un sondage, en particulier, m'a accroché. Selon IFOP, palmarès paru jeudi dans Paris Match, 59% des Français tablent sur une victoire de Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle et 16% sur celle de François Bayrou (qui fait un bond de 13 points) et 20% prévoient le succès de Ségolène Royal qui perd 9 points. La question est: qu'est ce qu'on fait de ça, sinon de dire qu'un flux d'opinion coince davantage dans le lavabo de Ségolène que dans celui de Nicolas? Comment donner un nom à un tel sondage? Et pourquoi ce sondage me fait-il penser à la mécanique des fluides?
59% des Français pensent que Nicolas va gagner. Pour eux, c'est bouclé. D'où leur vient cette idée? Comment s'est-elle formée? A partir des intentions de votes? A partir de ce qu'ils savent des programmes? A partir de la façon dont se déroule la campagne? A partir des personnalités engagées? A partir de leur désir ou de leur crainte? Que mesure-t-on? Pourquoi disent-ils qu'Elle a perdu?
Ce que je ressens ici me ramène à la façon dont les algues des rivières se couchent docilement dans le sens du courant. Il y a comme un mouvement, une fatalité liquide qui pousse dans un sens, pas dans l'autre.
Peut-être ce sondage est-il le plus intéressant de tous, en ce qu'il donne une forme à l'inconscient collectif, ce flux de pensée rudimentaire qui pourrait bien peigner le vote des hésitants dans l'axe commun de l'opinion, car après tous, autant épouser le mouvement général et donner raison à l'intuition populaire, au "ressenti politique". D'autres aurait dit l'intelligence collective. Le moins neuf pour cent pour Royal signifie-t-il qu'elle a déjà perdu et qu'il importe maintenant de ratifier par le vote ce que préfigure la conviction dominante? Quelle victoire est possible à ceux dont on admet déjà la défaite?
Je suis sûr que ce sondage indique quelque chose de profond, précisément parce qu'il ne mesure pas une intention individuelle. Celui-là m'a intéressé.

Souviens-toi de la vase de Soisson

marecage.jpgA l'heure où la seule à pouvoir battre Sarkozy se demande si elle battra Bayrou, un détour chez le Béarnais s'impose. Se souvient-elle de la vase de Soisson, l'apprentie cornac? Je veux parler de ce moment historique d'ouverture à l'ouest au cours duquel un Mitterrand soudain consensuel s'est tourné vers l'aile droite et a convoqué Soisson Jean-Pierre. Le temps d'apprendre quelques citations de Jaurès dans la CX, et le voilà un genou au sol. Pan, ministre! Ca ne se refuse pas. S'en suivit une politique claire et volontariste dont nous nous souvenons tous comme d'un grand tournant. Ne me demandez pas dans quel sens. Sa contribution à la formation professionnelle, à la modernisation administrative et au développement rural est dans tous les esprits. Pas le mien, en fait. Je me souviens, par contre, qu'il était coiffé avec les cheveux très en arrière, assez plaqués. Pour le reste, cette époque tenait davantage du marécage que de la rupture de l'axe droite-gauche et devait se terminer par une déculottée socialiste de magnitude 9, le drame Bérégovoy et l'intronisation digne et compassée d'EdouardVaseux.
Tout ça pour dire que le panaché crypto-ni-ni que nous prépare François (tiens) ne me convainc pas. Non pas que, sur le fond, je ne sois pas d'accord, car le clivage me semble aujourd'hui davantage entre dirigisme et libéralisme qu'entre nos familles politiques traditionnelles, elles-mêmes dispersées sur cet axe, comme l'a montré le pathétique référendum de Jacques. Non, je crois simplement que c'est impossible, sauf à s'appuyer sur quelques arrivistes flottants qui se rêvent avec lambris et chauffeurs… En se promenant dans la section "proposition" du site de François, on voit vite qu'il a fait son caddy dans les gondoles de ses concurrents et qu'il aura tôt fait d'instituer deux conseils des ministres: le mardi pour les compétents de gauche, le mercredi pour ceux d'en face.
Je n'y crois pas, d'autre part, parce que l'opinion sanctionne aujourd'hui davantage la faiblesse ou les errements des deux autres que la clarté du projet centriste. Or cette population est précisément celle qui réfléchit avant de voter, je veux dire qu'elle ne choisit pas seulement par identité ou tradition politique. Voir familiale. Au fur et à mesure que s'engagera la campagne, les deux camps se stabiliseront sur leur programme et retrouveront une partie des électeurs qui font aujourd'hui défaut, non pas au vote, mais dans l'opinion. L'illusion Bayrou déclinera immanquablement. Et Ségolène sera au second tour, pour autant qu'elle tienne physiquement, ne soit trahie par personne et, en fin de compte, retrouve une posture convaincante pour la gauche.
On soufflera rue d'Enghien.

Français, je vous M

ecole.jpgLa Délégation Générale à la Langue Française ("DGLFLF", un peu le bruit d'un pigeon qui s'envole transmis par SMS) sous tutelle du ministère de la culture et de la communication, reprend le dossier les anglicismes qui polluent, salissent, pervertissent, abîment, corrodent, minent, sapent, brisent défoncent, rongent, étouffent et finalement anéantissent la langue française. On ressort donc la Loi Toubon, de 95, mais sans Toubon. Qui s'en plaindrait? Ce matin donc, tôt, on débattait à la radio de la traduction la plus juste de la "free-box". Oui. Free-box, c'est simple, c'est direct, c'est punchy, pardon, c'est coup de poing, alors pourquoi pas "Libre boitier de services de connexions multiples permettant l'accès au téléphone, à l'internet et aux chaînes audio-visuelles". C'est simple, c'est punchy, pardon, c'est direct. Non?
Pendant ce temps, Nicolas Sarkozy peaufine un projet de ministère de l'identité nationale et de l'immigration. Ségolène trouve ça ignoble. J'ai écouté Nicolas. Je suis assez d'accord sur le fond, sur l'argument. L'identité est une chose importante et l'immigration l'est aussi. Les rapprocher ne me semble pas idiot dans la mesure où l'équilibre entre diversité et uniformité culturelle est obligatoirement modifié en cas d'immigration massive. On l'aura remarqué, et pas seulement en France. Il faut s'en occuper. La multiplication des langues ne facilite pas la vie. Le métro de New York, par exemple, est couvert de publicités qui prônent l'apprentissage de l'anglais… Par ailleurs, ma grand-mère, qui avait eu son certificat d'études en 1913, n'a jamais fait une faute d'orthographe dans sa vie… La langue a été depuis un siècle et demi l'un des principaux moteurs de l'intégration nationale. Il n'est donc pas étonnant de la voir bousculée aussi bien par la technologie que par la mondialisation ou l'immigration. D'où la question de l'identité nationale, ou républicaine.
Mais pour autant, pourquoi sombrer à nouveau dans ce réflexe hexagonal qui veut qu'on crée un ministère à chaque fois qu'un problème se pose? La question de l'identité est transverse par essence. Comme pourraient l'être la culture (ah, Jack Lang et ses 40 ministres de la culture) ou l'écologie (ah, Nicolas et son pacte écologique). A chaque ministre d'assigner des objectifs spécifiques à son administration, et d'en mesurer l'exécution. Point. Non, il faut un Ministère et des 607 avec gyrophares, sinon rien.
Même la solidarité, vertu admirable, mais individuelle avant d'être collective, s'est vue transformée en ministère, puis en impôt dans un pays qui, peut-être, en manque singulièrement. Pourquoi pas une police de la solidarité, de la langue, de la fraternité, de la compassion..?
Oui. Chirac a raison, la France n'a "pas fini de nous étonner".

Che Bayrou et la révolution de l’extrême centre

che.jpgPour moi, la campagne est de plus en plus simple, alors même que je ne connaissais pas Claude Batolone.
Très tôt ce matin, avec une légère hésitation dans la voix, il a déclaré qu'il y avait chez Ségolène Royal un "souhait de désir d'avenir". Ca m'a laissé rêveur, devant ma tartine, ce "souhait". Un souhait de désir. Personnellement je n'ai jamais eu de souhait de désir. Des désirs, oui, plus ou moins comblés, comme par exemple de rencontrer par le plus grand des hasards Kate Moss dans le RER, que nos regards se croisent etc. etc. Mais revenons à Ségolène et posons-nous honnêtement la question. Où peut bien nous conduire un souhait de désir? Sans doute assez vite vers une intention de souhait de désir, puis vers la volonté d'une ferme résolution d'un souhait de désir d'avenir et enfin une véritable passion pour la résolution d'un objectif déterminé d'espérance de victoire. En 2017, la gauche est prête, parce qu'elle voit loin.
Il a ajouté que la campagne n'allait commencer que maintenant parce que, a-t-il dit, les éléphants sont rentrés de vacances. A nouveau, un moment de choc, devant le grille-pain. Donc, ça n'avait pas commencé, jusque là on chauffait les pneus, et ça n'est pas le décrochage de la candidate dans les sondages qui aurait décroché Fabius du télésiège. Bon.
Je suis allé sur son blog. J'avais vraiment envie d'en savoir davantage. Claude Bartolone, présenté comme le bras droit de Laurent (donc plus libéral), dit que François Bayroudonne le sentiment d’être le Che Guevara de l’extrême centre, preuve que la gauche est à la mode”. Pour moi, ça a été une révélation, c'est limpide. Et je suis d'accord. François Bayrou donne le sentiment. Certes. Et chacun complète la phrase en fonction de sa collection de teeshirts. Pour Claude, c'est le Che.  Et donc la France est à gauche. Elle a un désir de gauche, peut-être. Ou un souhait. Pour d'autres, ça peut être Madona, ou Snoopy. Et la France est ailleurs. Il suffit de plébisciter François.
On y voit donc beaucoup plus clair. Il y a des journées qui commencent mal. Après tout, la garbure n'est-elle pas par excellence une soupe campagnarde? Béarnaise, en tout cas. On met le chaudron dans l'âtre et on y met tout ce qui restait dans le frigidaire… C'est tout. Une alternative à la garbure: prendre un petit cube de matière, de la taille d'un demi morceau de sucre, le chauffer sur la flamme d'un briquet, écraser entre le pouce et l'index et répartir la poudre ainsi obtenue sur une quantité suffisante de tabac de Virginie…. et on invente un futur.
Bonne journée à tous.

Vignette: Che Guevara

Bye bye John

coca.jpgJean Baudrillard est mort le 7 mars 2007. Il était né en 1929, l'année même où Berliet organisait le premier raid sur pneu, entre Touggourt et Tombouctou. L'a-t-il jamais su? Il n'en a jamais parlé, je crois. Pourquoi? S'il y en avait un qui se baladait sur la langue en amortissant les bosses, c'est bien lui. L'hyper-réalité, ça dégage des contingences. Et du coup, les vrais, les puristes, ne l'aimaient pas.
Comme beaucoup de ceux qui ont lu dans les années soixante dix, j'ai aimé Baudrillard. Pas seulement parce qu'il s'en prenait à l'image de Foucault alors que nul n'était censé profaner l'icône - l'image était sa chose - mais parce qu'il sondait les faits avec ce sens inné du rapprochement, du simulacre et des correspondances qui donnait à son texte une musique, une ouverture poétique et jubilatoire. 1973, je me souviens, à la terrasse du Flore, en chemise, avec une copine, on lisait La société de consommation. On se disait qu'on était d'accord. D'accord sur tout. Garçon! Vous nous remettrez deux Cocas… Je me souviens de ce mot, à l'inauguration du Centre Pompidou, dans L'effet Beaubourg. Jean voyait la foule se jeter sur le Centre "comme elle se jette sur le lieu des catastrophes", et de prédire ainsi la mort de l'art dans ce cénotaphe intestinal retroussé autour duquel les badauds faisaient cercle… Ou cet autre texte, un éditorial dans Libération, au milieu des années 90, alors que les vaches anglaises se prenaient pour Napoléon et parlaient politique. On craignait le pire, sur le continent. Baudrillard voyait dans l'EBS une première, un acte fondateur puisque, selon lui, pour la première fois dans l'histoire de la vie, un animal posait un acte terroriste et se rebellait contre le cannibalisme imposé qu'on lui faisait subir. Magnifique! La revanche de la vache qui rit. Ce jour là, j'avais rendez-vous avec la médecine du travail. Pas réussi à me faire comprendre.
Il faisait partie, en tout cas pour moi, des ces gens, comme Roland Barthes, comme Gaston Bachelard, comme Mircea Eliade ou Gilbert Durand, comme Paul Virilio qui apprenaient autant à rêver qu'à penser. Il savait inscrire dans ses textes plus ou moins scientifiques, plus ou moins provocateurs, ce qu'il faut de jouissance pour qu'on puisse s'en nourrir et s'en délecter sans bien les comprendre.
Personnellement ça me manquera.

Tes papiers! Montebourg est-il raciste?

mittal.jpgArnaud Montebourg is back. J'ai craint un moment qu'il ne boude, qu'il ne s'effondre. Mais non, la névrose tient bon. Dans la dernière lettre de Désir d'Avenir, Little Miss Sunshine lui donne enfin la parole et il parle de politique industrielle. Il s'en prend à Nicolas Sarkozy. La dernière phrase laisse rêveur : pour lui, le candidat de l'UMP "a oublié d'évoquer Péchiney, racheté par voie d'OPA par Alcan le canadien, Arcelor racheté par Mittal l'indien, sans que les équipes Sarkozy au pouvoir n'aient levé le petit doigt". Evidemment, avec Montebourg, disons Ministre de l'Intérieur en Charge des Questions Industrielles, ça n'aurait pas traîné. Il lâchait le GIGN et on lui amenait les deux connards au ministère, après un petit dialogue dans le fourgon.
- C'est lequel l'indien?
- Le basané chef!
- Alors Bamboula, tu veux acheter l'acier français? Vais te dire, moi, écoute bien, Lakshmi et Lakshmoi sont dans un bateau… Lakshmi tombe à l'eau… qu'est-ce qui reste?
- Ah ah ah ah , alors là, chef, vous, vraiment… on savait que vous aviez le sens de l'humour… mais alors là…
- Et l'autre, le mec avec la chemise à carreau… y veut quoi? Aussi du fer?
- Non de l'alu, chef…
- C'est kif kif, non?
La technostructure publique de l'état français est par nature rétive aux lois du marché, et feint de les ignorer. Montebourg le prouve une fois encore. L'idée qu'un marché puisse être libre la consterne puisque, par nature, l'Etat français déteste la liberté. Les atermoiements et maladresses verbales du gouvernement, et du corps politique en général, au cours de l'affaire Mittal, ont scellé l'éviction progressive des français au sein de l'état-major du nouveau leader mondial de l'acier. Alors que la presse mondiale en salue le dynamisme et la capacité d'action. Qu'on ne se fasse aucune illusion, ces déclarations ont été considérées comme racistes par de nombreux gouvernements et acteurs économiques des pays émergents. Et Montebourg s'aligne sur ce discours. Quant à Péchiney… la brutalité du processus d'intégration a quelque peu surpris l'aristocratie industrielle du groupe, habituée à des relations plus "courtoises"… On se souvient aussi du Crédit Lyonnais, en d'autre temps, sur l'autre bord… Et Gallois, dans le Financial Times il y a seulement deux jours, montrait à quel point l'intervention du politique simplifiait les choses dans le dossier Airbus. Royal proposait il y a peu d'associer les régions au capital de l'entreprise, sans doute pour accélérer le processus de décision…
On s'en prend au Grand Corps? On a tort. Il s'agit davantage d'un problème générationnel (la nostalgie des trente glorieuses, de la reconstruction) et idéologique (la peur du marché, la haine du libéralisme, l'impératif de contrôle) que d'un problème de formation ou de compétence. Le résultat? Une culture industrielle et politique qui fait qu'aujourd'hui bon nombre des fleurons de l'industrie française sont fragiles et attirent les entrepreneurs du premier monde, et maintenant des puissances émergentes.
Ceux qui voyagent savent qu'on reproche souvent à la France une posture arrogante. A tort ou à raison, peut importe. Elle pourrait en payer le prix.
Il y aura d'autres Péchiney, d'autres Mittal.

Blogh!

usagemars.jpgJ'entre dans le sixième mois (octobre était incomplet…).
La fréquentation a systématiquement doublé chaque mois (graphe jaune) et mars se représente sous les mêmes auspices, ce qui devrait nous amener autour de 15.000 visites mensuelles. Je n'ai aucune référence mais je trouve cela prometteur. Par exemple, si cela continue à ce rythme pendant cinq ans, nous serons… bon…
Je suis toutefois étonné par le petit nombre de réactions, rapporté à celui des visites. J'ai consulté un ponte devant une bière à la République des Blogs. Il dit "Tes trucs sont très écrits, ça fait reculer…". Vrai?
J'ai découvert la blogosphère, doucement, le dimanche. Mon site préféré n'est pas politique mais poético-mathématique, il s'appelle Indexed. L'idée la plus brillante du net. Je vais avec plaisir chez Versac, toujours pertinent et indépendant d'esprit, comme Politique Café, site pluraliste qui affiche les billets de nombreux blogueurs en indiquant une tendance politique pour chacun. Je passe saluer Hughes, chez Comm-vat, qui en pince pour la Madone, ou Guillermo, sur Radical-Chic qui ne sait plus trop où est passé sa gauche, mais l'écrit si bien, et s'en occupe. J'échange avec Toreador, qui plante ses banderilles tous azimuts et lance un appel aux Candidats afin qu'ils s'engagent sur la base de sa cyber-pétition. Plus de mon bord, j'aime Koz qui est un type courageux. Il n'a pas hésité à se joindre à un débat participatif. En vrai. Sans catogan. Il a raconté l'enfer sur son blog. C'est bouleversant. Sardanapale, également, site bilingue et politiquement incorrect, mais très argumenté et très écrit. Pour aller ailleurs, je prends pour base Crooks & Liars et de là, je circule dans la blogosphère américaine libérale, je passe par What's Next, le blog des expat qui, de là où ils sont, regardent la France avec stupeur et rêvent de camembert et je salue David qui suit le film depuis la Suisse en grignotant une petite part d'Appenzeller.
Mais c'est lourd. Trop lourd et je ne tiendrai pas le rythme d'un billet par jour. Je pense donc désormais mettre en ligne trois ou quatre fois par semaine.
Un grand merci à tous ceux qui se connectent.

Et vous, que pensez-vous de tout cela?

Ségolène, l’ivresse de l’exaltée

martyre.jpgD'abord des détails. Quelque chose dans le sourire qui me mettait mal à l'aise. Quelque chose dans le regard qui semblait porter au-delà de ce qui est vu. Puis ce vocabulaire qui tournait immanquablement autour de l'Espérance, de la Justice, mais aussi d'un Ordre. Lequel? Espérance, justice, ordre… Puis cette eschatologie participative pour pétrir ensemble la glaise d'un monde meilleur, quand tard le soir se retrouvaient les adeptes bouleversés d'une nouvelle Parole. "J'invente une autre manière"… Tout cela prenait la forme de béatitudes politico-administratives que voilait à peine une rhétorique socialo-familiale. La famille. La crèche.
La référence permanente à François Mitterrand, père en politique, père de substitution, celui qu'on surnommait Dieu avec une ironie qui masquait mal la déférence des clercs, sinon leur soumission, Lui, dont les lecteurs de Globe, pénétrés, disaient qu'il faisait de la politique à hauteur de mort. Ségolène et le Père. On dit, racontar ou vérité, qu'elle a un jour mis son père en procès. Singulière inversion. Pour quelle passion?
Et tous ces blogueurs qui la désignaient, Elle, en l'appelant Madone. Enfin, après que l'Evangile fût dit, le 11 février, il y eut la Tentation, dans le désert des sondages, le miracle à portée de main, et la main posée sur le malade, le gospel télévisuel, le vaudeville compassionnel d'un soir… l'ivresse était trop grande, elle n'a pas su résister.
En vérité je vous le dis, s'organise ici la métaphore inattendue du malaise chrétien. Car enfin, surprenant paradoxe, au moment où le PS publiait un pamphlet pour faire de Sarkozy le fils catholique et cathodique de Bush, sa candidate épousait l'étroitesse confessionnelle du deuxième - non pas par le discours mais dans la dramaturgie-même de sa campagne – en cherchant à galvaniser la foule laïque mais habitée qui la suivait. Peut-être tout cela était-il de trop. Peut-être y a-t-il une limite à l'accumulation des symboles redondants d'un pathos mystique déplacé. Dans les jours qui suivirent, les apôtres d'un genre ancien, profane, ont repris leur place à la table du banquet. Jean, Luc, Matthieu et Marc ont jeté le gant, Babar a repris l'écritoire.
Eli! Eli! Lama sabachtani!

Vignette: Carlo Francesco Nuvolone (1609-1662); Le Martyr d'une Sainte.

Réalité, tueuse de rêves?

einst_8.jpgLors d'un tête-à-tête avec l’abbé Pierre, dans les années soixante, Einstein évoquait trois bombes : la bombe atomique, la bombe de l’information et la bombe démographique, et leur rôle critique sur le futur de l'humanité. Personnellement, quand je lis cela, j'en tire une conclusion immédiate. Einstein n'était pas la moitié d'un con. On peut également en déduire qu'Albert voyait loin. Autrement dit qu'il était clairvoyant, qu'il avait une vision.
De là, je me suis demandé qui, dans l'histoire, avait eu une vision, avait fait rêver. Kennedy, qui disait à son peuple nous irons sur la lune, avant dix ans? De Gaulle qui, seul à Londres en 1940, déclare en substance à un Churchill éberlué je suis la France libre, mettons-nous au travail? Ce même Winston, promettant alors aux Anglais du sang, de la sueur et des larmes, et pour finir, la victoire?  Gandhi, qui emmène l'Inde dans la guerre de libération la plus improbable de l'histoire de l'humanité? Mandela, qui propose à son pays un avenir depuis la geôle où il croupit depuis des lustres? Napoléon, qui déclare au début du XIXème siècle "Quand la Chine s'éveillera, le monde tremblera"? Washington et les pères fondateurs…
Alors la campagne 2007? Que ceux qui rêvent lèvent le doigt. Où est la vision? Ségolène a sans doute fait illusion quelques mois en invoquant l'avenir avec des méthodes et des mots nouveaux, mais qui ont vite trouvé leur limite, celle d'une candidate elle-même limitée et trop isolée dans sa tour d'ivoire pour ne pas agacer les éléphants. Le désir, je crois, pesait d'avantage que l'avenir dans la posture… Sarkozy le 14 janvier, avec des accents de Président du Conseil au point qu'en fermant les yeux, on pouvait l'imaginer avec une barbe carrée? Bayrou, qui croit pouvoir atteler bœufs et chevaux à la même charrue? Le Pen? Avec une France ethniquement épurée, et rasée si possible?
L'état des lieux, après ces mois de campagne? Le retour au réel grimaçant. Les candidats - en tout cas les trois acceptables - peinent un peu à prendre de la hauteur. Ils trainent chacun à leurs chevilles quatre boulets, deux par jambe, qui s'appellent chômage, dette, retraites et insécurité (entendez banlieues). Le réel et le présent. Qu'on ne se méprenne pas, je ne dis pas que ça n'est pas important, c'est même essentiel. On ne traite que les problèmes qu'on reconnaît. Mais où est le souffle qui donnera au politique le courage de les affronter et l'enthousiasme à ceux qui boiront la potion? Les faits sont là, dramatiques. Mais comment les changer sans savoir pour/quoi? C'est lui, Albert, qui disait aussi: "Si les faits ne correspondent pas à la théorie, changez les faits."
Où est la théorie?