Réalité, tueuse de rêves?

einst_8.jpgLors d'un tête-à-tête avec l’abbé Pierre, dans les années soixante, Einstein évoquait trois bombes : la bombe atomique, la bombe de l’information et la bombe démographique, et leur rôle critique sur le futur de l'humanité. Personnellement, quand je lis cela, j'en tire une conclusion immédiate. Einstein n'était pas la moitié d'un con. On peut également en déduire qu'Albert voyait loin. Autrement dit qu'il était clairvoyant, qu'il avait une vision.
De là, je me suis demandé qui, dans l'histoire, avait eu une vision, avait fait rêver. Kennedy, qui disait à son peuple nous irons sur la lune, avant dix ans? De Gaulle qui, seul à Londres en 1940, déclare en substance à un Churchill éberlué je suis la France libre, mettons-nous au travail? Ce même Winston, promettant alors aux Anglais du sang, de la sueur et des larmes, et pour finir, la victoire?  Gandhi, qui emmène l'Inde dans la guerre de libération la plus improbable de l'histoire de l'humanité? Mandela, qui propose à son pays un avenir depuis la geôle où il croupit depuis des lustres? Napoléon, qui déclare au début du XIXème siècle "Quand la Chine s'éveillera, le monde tremblera"? Washington et les pères fondateurs…
Alors la campagne 2007? Que ceux qui rêvent lèvent le doigt. Où est la vision? Ségolène a sans doute fait illusion quelques mois en invoquant l'avenir avec des méthodes et des mots nouveaux, mais qui ont vite trouvé leur limite, celle d'une candidate elle-même limitée et trop isolée dans sa tour d'ivoire pour ne pas agacer les éléphants. Le désir, je crois, pesait d'avantage que l'avenir dans la posture… Sarkozy le 14 janvier, avec des accents de Président du Conseil au point qu'en fermant les yeux, on pouvait l'imaginer avec une barbe carrée? Bayrou, qui croit pouvoir atteler bœufs et chevaux à la même charrue? Le Pen? Avec une France ethniquement épurée, et rasée si possible?
L'état des lieux, après ces mois de campagne? Le retour au réel grimaçant. Les candidats - en tout cas les trois acceptables - peinent un peu à prendre de la hauteur. Ils trainent chacun à leurs chevilles quatre boulets, deux par jambe, qui s'appellent chômage, dette, retraites et insécurité (entendez banlieues). Le réel et le présent. Qu'on ne se méprenne pas, je ne dis pas que ça n'est pas important, c'est même essentiel. On ne traite que les problèmes qu'on reconnaît. Mais où est le souffle qui donnera au politique le courage de les affronter et l'enthousiasme à ceux qui boiront la potion? Les faits sont là, dramatiques. Mais comment les changer sans savoir pour/quoi? C'est lui, Albert, qui disait aussi: "Si les faits ne correspondent pas à la théorie, changez les faits."
Où est la théorie?