Tes papiers! Montebourg est-il raciste?
Arnaud Montebourg is back. J'ai craint un moment qu'il ne boude, qu'il ne s'effondre. Mais non, la névrose tient bon. Dans la dernière lettre de Désir d'Avenir, Little Miss Sunshine lui donne enfin la parole et il parle de politique industrielle. Il s'en prend à Nicolas Sarkozy. La dernière phrase laisse rêveur : pour lui, le candidat de l'UMP "a oublié d'évoquer Péchiney, racheté par voie d'OPA par Alcan le canadien, Arcelor racheté par Mittal l'indien, sans que les équipes Sarkozy au pouvoir n'aient levé le petit doigt". Evidemment, avec Montebourg, disons Ministre de l'Intérieur en Charge des Questions Industrielles, ça n'aurait pas traîné. Il lâchait le GIGN et on lui amenait les deux connards au ministère, après un petit dialogue dans le fourgon.
- C'est lequel l'indien?
- Le basané chef!
- Alors Bamboula, tu veux acheter l'acier français? Vais te dire, moi, écoute bien, Lakshmi et Lakshmoi sont dans un bateau… Lakshmi tombe à l'eau… qu'est-ce qui reste?
- Ah ah ah ah , alors là, chef, vous, vraiment… on savait que vous aviez le sens de l'humour… mais alors là…
- Et l'autre, le mec avec la chemise à carreau… y veut quoi? Aussi du fer?
- Non de l'alu, chef…
- C'est kif kif, non?
La technostructure publique de l'état français est par nature rétive aux lois du marché, et feint de les ignorer. Montebourg le prouve une fois encore. L'idée qu'un marché puisse être libre la consterne puisque, par nature, l'Etat français déteste la liberté. Les atermoiements et maladresses verbales du gouvernement, et du corps politique en général, au cours de l'affaire Mittal, ont scellé l'éviction progressive des français au sein de l'état-major du nouveau leader mondial de l'acier. Alors que la presse mondiale en salue le dynamisme et la capacité d'action. Qu'on ne se fasse aucune illusion, ces déclarations ont été considérées comme racistes par de nombreux gouvernements et acteurs économiques des pays émergents. Et Montebourg s'aligne sur ce discours. Quant à Péchiney… la brutalité du processus d'intégration a quelque peu surpris l'aristocratie industrielle du groupe, habituée à des relations plus "courtoises"… On se souvient aussi du Crédit Lyonnais, en d'autre temps, sur l'autre bord… Et Gallois, dans le Financial Times il y a seulement deux jours, montrait à quel point l'intervention du politique simplifiait les choses dans le dossier Airbus. Royal proposait il y a peu d'associer les régions au capital de l'entreprise, sans doute pour accélérer le processus de décision…
On s'en prend au Grand Corps? On a tort. Il s'agit davantage d'un problème générationnel (la nostalgie des trente glorieuses, de la reconstruction) et idéologique (la peur du marché, la haine du libéralisme, l'impératif de contrôle) que d'un problème de formation ou de compétence. Le résultat? Une culture industrielle et politique qui fait qu'aujourd'hui bon nombre des fleurons de l'industrie française sont fragiles et attirent les entrepreneurs du premier monde, et maintenant des puissances émergentes.
Ceux qui voyagent savent qu'on reproche souvent à la France une posture arrogante. A tort ou à raison, peut importe. Elle pourrait en payer le prix.
Il y aura d'autres Péchiney, d'autres Mittal.
Toreador a écrit :
excellent ça fout une pêche innée de bon matin !
Posté le 07-Mar-07 à 9:11 am | Permalink
olivier a écrit :
Surtout que, que les financiers n’hésitent pas à me corriger si je me trompe, le capital de Mittal Steel est européen. Le patron est hindou (et apparemment un dur aussi) mais ca n’en fait pas une société indienne…
Ceci dit, quelqu’un va parler du discours de Sarkozy sur “l’Etat tout puissant” hier ?
Posté le 07-Mar-07 à 9:30 am | Permalink
domino a écrit :
Bonjour,
Je crois que certains rêvent d’une France puissance par l’Etat. C’était le cas dès 1981 avec les nationalisations. Et c’est une tentation permanente. D’autres rêvent d’une France puissance par ses entrepreneurs aux forces libérées.
Il faudra choisir, cest aussi le sens de cette élection.
Etat puissance et redistributeur? Déjà un modèle à bout de souffle, faute de moyens et de dettes.
Pays d’entrepreneurs, de créateurs ou d’investisseurs attirant les riches, moins redistributeur. Une stratégie qui a aussi ses risques mais qui est sûrement la seule possible. Les Français y sont-ils prêts?
Excellent article sur la gauche archaique, incarnée par la nouvelle gauche Montbourdienne. La jeunesse donne l’enthousiasme, mais pas la modernité ni la lucidité. Une belle dénonciation de ces dérives Charles, bravo.
Posté le 07-Mar-07 à 11:20 am | Permalink
david-david a écrit :
hé très bon article!
Posté le 07-Mar-07 à 12:16 pm | Permalink
olivier a écrit :
A propos de l'entrée des régions dans le capital d'EADS : Les Landers allemands sont déjà actionnaires d'EADS à travers leurs banques régionales. Et l'augmentation de capital n'est pas pour demain.
Ce n'est donc pas ce qu'Arnaud a dit de plus stupide dans sa vie…
Et puis après le discours sur l'Etat tout puissant…
Posté le 07-Mar-07 à 3:20 pm | Permalink
dfgty a écrit :
N’oublions pas l’essentiel :
Le Bien est de nationalité française, parle français, est laïc, républicain, blanc, et se nourrit intérieurement des Lumières.
Posté le 09-Mar-07 à 10:55 am | Permalink
sextus a écrit :
Excellent post, bonne continuation !
Posté le 09-Mar-07 à 1:15 pm | Permalink
claude a écrit :
deux bemols, et une remarque :
- 1er bemol : il y a quelques annees, Pechiney etait empeche par la Commission Europeenne de devenir plus grand, au motif du monopole sur un marche. resultat, Alcan a rachete Pechiney, Alcan est en quasi monopole sur son marche, mais ce n’est pas le marche interieur europeen. il me semblait que le marche de reference pris en compte par la Commission etait le marche mondial, mais cela ne semble pas le cas. l’objectif et le critere de decision de la Commission est la protection du consommateur, pas la mise a egalite des conditions de concurrence entre entreprises, et encore moins evidemment la constitution de groupes europeens.
- 2eme bemol : Mittal est de son cote bien protege sur son marche interieur, qui est tout sauf libre, a l’abri par des droits de douane prohibitifs et des reglements administratifs bloquants. tous les pays consequents protegent leurs industries, surtout quand elle sont strategiques, mais pas uniquement, ils suffit qu’elles soient importantes ou que les risques de faillite ou de rachat par l’etranger le soient : les Etats-Unis, pays des plus protectionistes et des moins ouverts (cf l’empechement de l’achat de ports americains par des interets de Dubai, l’empechement de l’achat d’un petrolier par des Chinois, l’empechement de faillite d’un hedge-fund, LTCM, a cause de risque systemique potentiel, etc.), mais aussi le Japon, la Chine, l’Inde, etc. Il n’y a que l’Europe qui soit si ouverte a la mondialisation.
- la remarque : au-dela de l’heritage colbertiste, centralisateur, revolutionnaire etc. de l’Etat francais, il me semble que les blocages de la technostructure francaise sont autant culturels que generationels. l’esprit francais, cartesien ou pas, irrationnel ou pas, Cf Philippe d’Iribarne, ne deteste pas tant la liberte que la non-rationalite. qui plus est, l’esprit francais, du fait de son bapteme dans l’humanisme chretien ? ou du fait de la situation geographique medianne de la France en Europe ? ne valorise rien moins que l’equilibre, le juste milieu. or le marche n’est rien de cela, pas tant espace de liberte d’ailleurs que de force, de lutte, de violence. ce n’est pas une equation bien resoluble par l’esprit. resultat : ce qu’on ne maitrise pas, on le rejette comme “pas de jeu”, et puisqu’on ne joue pas, on perd.
Posté le 13-Mar-07 à 3:00 pm | Permalink