Souviens-toi de la vase de Soisson

marecage.jpgA l'heure où la seule à pouvoir battre Sarkozy se demande si elle battra Bayrou, un détour chez le Béarnais s'impose. Se souvient-elle de la vase de Soisson, l'apprentie cornac? Je veux parler de ce moment historique d'ouverture à l'ouest au cours duquel un Mitterrand soudain consensuel s'est tourné vers l'aile droite et a convoqué Soisson Jean-Pierre. Le temps d'apprendre quelques citations de Jaurès dans la CX, et le voilà un genou au sol. Pan, ministre! Ca ne se refuse pas. S'en suivit une politique claire et volontariste dont nous nous souvenons tous comme d'un grand tournant. Ne me demandez pas dans quel sens. Sa contribution à la formation professionnelle, à la modernisation administrative et au développement rural est dans tous les esprits. Pas le mien, en fait. Je me souviens, par contre, qu'il était coiffé avec les cheveux très en arrière, assez plaqués. Pour le reste, cette époque tenait davantage du marécage que de la rupture de l'axe droite-gauche et devait se terminer par une déculottée socialiste de magnitude 9, le drame Bérégovoy et l'intronisation digne et compassée d'EdouardVaseux.
Tout ça pour dire que le panaché crypto-ni-ni que nous prépare François (tiens) ne me convainc pas. Non pas que, sur le fond, je ne sois pas d'accord, car le clivage me semble aujourd'hui davantage entre dirigisme et libéralisme qu'entre nos familles politiques traditionnelles, elles-mêmes dispersées sur cet axe, comme l'a montré le pathétique référendum de Jacques. Non, je crois simplement que c'est impossible, sauf à s'appuyer sur quelques arrivistes flottants qui se rêvent avec lambris et chauffeurs… En se promenant dans la section "proposition" du site de François, on voit vite qu'il a fait son caddy dans les gondoles de ses concurrents et qu'il aura tôt fait d'instituer deux conseils des ministres: le mardi pour les compétents de gauche, le mercredi pour ceux d'en face.
Je n'y crois pas, d'autre part, parce que l'opinion sanctionne aujourd'hui davantage la faiblesse ou les errements des deux autres que la clarté du projet centriste. Or cette population est précisément celle qui réfléchit avant de voter, je veux dire qu'elle ne choisit pas seulement par identité ou tradition politique. Voir familiale. Au fur et à mesure que s'engagera la campagne, les deux camps se stabiliseront sur leur programme et retrouveront une partie des électeurs qui font aujourd'hui défaut, non pas au vote, mais dans l'opinion. L'illusion Bayrou déclinera immanquablement. Et Ségolène sera au second tour, pour autant qu'elle tienne physiquement, ne soit trahie par personne et, en fin de compte, retrouve une posture convaincante pour la gauche.
On soufflera rue d'Enghien.