La sacrifiée du PS

blanche16.jpgCeux qui ont lu mes quelques billets le savent, Ségolène Royal ne m'a jamais vraiment convaincu. C'est peu dire. "Avatar" collectif conçu au printemps dernier dans l'étreinte incestueuse de médias et sondages de tous ordres, elle a promené avec une constance inquiétante son sourire à facettes. D'abord celui d'Aphrodite. Beauté de la différence rayonnant sur les ondes, éblouie par le miroir d'un peuple qui tend les mains. Celui de Diane ensuite, carnassier, traquant avec bravoure le gros gibier dans le grand safari des primaires. Celui d'une prêtresse, enfin, dévote psalmodiant son ordre juste dans d'obscures et stériles messes laïques où, mains encore tendues, quelques adeptes bouleversés réclamaient quinze élèves par classe. Mais tout a changé soudain et rien n'est plus comme avant. Depuis peu, sur le masque fatigué, flotte le sourire d'une égarée. Demain celui du martyre. Après un court et improbable pas-de-deux avec ses éléphants, la dompteuse elle a repris sa liberté. Le public évacue le chapiteau. Dans l'ordre. Le brûlot de Besson fera le reste. (Mais d'ailleurs, qui connaît ce type?).
Et tout cela pourquoi? Et bien peut-être est-ce la recomposition du PS qui s'engage sous nos yeux. Ségolène pourrait y avoir sacrifié sa vie politique. Car enfin, telles que se présentent les choses, le tout-sauf-Sarko - pour autant qu'il s'agisse d'un projet politique – ne peut plus aujourd'hui passer que par un François Bayrou qui, présent au second tour, rassemblerait l'électorat de gauche et du centre pour assassiner une fois encore le duc d'Enghien. Et l'axe Bayrou-Strauss Kahn prendrait alors tout son sens, rassemblerait l'aile libérale et moderne du PS et renverrait l'aile gauche à son destin naturel: la calcification post-communiste. François a eu du nez en se choisissant Blair comme icône (pardon…). Un homme de droite proposant une gauche moderne, quoi de plus normal, ici et maintenant? Remplacer l'immobilisme par la paralyse, n'est-ce pas finalement aller au bout du projet? Il ne manque qu'une chose pour que ce lugubre scénario se réalise: l'effondrement de  Ségolène.
Il me semble malheureusement qu'elle s'y emploie.

Commentaires (6) to “La sacrifiée du PS”

  1. Citons Besson qui dénonce : « l’amateurisme » de la candidate ou « l’archaïsme qui sous-tend sa pensée : une détestation sourde de la modernité, de la science, de la raison et du progrès ».
    la madone est, en privée comme en public, sur une voie très mystique..j’attends sa croisade !

    merci M.Besson, Sainte Ségo me fait peur aussi !

  2. Quelle est la part du caractere de Mme Royal, et quelle est la part de l’ossification du PS dans cette situation ? des le depart, il y avait comme un iatus entre l’apparence de la madone des sondages et la realite de sa personnalite percue par ceux qui avait a la subir de pres. Est-elle victime de la methode Coue ? Il lui a fallu beaucoup de courage, d’abnegation ou d’illusion pour se lancer sous les feux de la rampe. Il aura fallu aussi comme un defaut de leadership au PS. En quoi son echec aidera-t-il le PS ? En deblayant une concurrente ? En remettant les elephants et autres caciques en lice ? Je ne le vois pas. La France a besoin d’un PS modernise, de syndicats modernes, de corps intermediaires vivants et pas scleroses dans les ideologies du passe.
    Si ton pronostic est juste, dommage, on n’aura pas, suivant le mot de Bourlanges, le duel de la Marine contre la Royal !

  3. Et oui : un homme de droite proposant une gauche de droite moderne, à la Blair, quoi de plus normal ?
    Merci de l’avoir rappelé.

  4. Ou bien, Blair, un homme de gauche proposant un libéralisme social. Le fait est, la solution est sans doute là, mais la structure politique française, et celle du PS en particulier, rend cette hypothèse impossible.

  5. Pas du tout d’accord. Ce n’est pas un libéralisme social que Blair propose, mais un social-libéralisme - ce qui n’a rien à voir.
    Bayrou, en revanche, insiste davantage sur l’aspect social-démocrate humaniste du libéralisme.
    Tandis que Sarkozy, lui, prône un libéralisme populaire à connotation sociale.
    Alors attention, ne confondons pas tout : ce serait faire le lit d’un communisme réducteur.

  6. Merci Manu, j’y vois beaucoup, beaucoup plus clair!

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