Ségolène et la magie des nombres
La C6R n'est pas le dernier break Citroën, une vertèbre lombaire ou le numéro de ma porte de cave, mais la Convention pour la VIème République, organisation à fort rayonnement intercommunal mise au point il y a quelques temps déjà par Arnaud Montebourg – celui qui a le parler haut - afin de provoquer la rupture institutionnelle qu'il appelle de ses vœux, le poing dressé etc. etc. On aura donc compris que si la notion de rupture, chez Sarlozy, tient du danger public, chez Arnaud, elle tient du salut public… La constituante… une nouvelle république… allez, un effort, les tribunaux révolutionnaires… la place de Grève… on y est presque et Arnaud crie tout seul sous la douche… "Hortense! Tu as vu, repasse mon jabot, elle a tout pris, tout!!!!"
Bref, tout cela pour en venir aux péripéties numériques qui structurent la campagne. Ségolène, qui jongle yeux bandés avec 100 propositions - un numéro unique au monde-, voit l'audience se clairsemer à chaque lever de rideau. Elle l'a donc mise au programme, la VIème, entre les Eléphants Savants et le clown Jacky. Qui sait, ça peut attirer les scolaires. Et la magie des nombres est là, mais petits bras tout de même. Car enfin, un vrai Désir d'Avenir, c'est un saut dans le futur, un breakthrough, comme aurait dit Raffarin, ça aurait dû pousser Royal à passer directement à la VIIème. Pourquoi se rendre soudain prisonnière de la logique obtuse des chiffres lorsqu'on bâtit une campagne sur le rêve, comme le dit Eric Besson avec toute la délicatesse qu'on lui sait. Ca faisait passer de "5 à 7". Et c'est terriblement évocateur, terriblement porteur, bourré de ce symbolisme du quotidien et des vrais gens que la candidate affectionne: rendez-vous galants et crapuleux à la sortie du bureau, goûter goûteux pour les plus jeunes, nettoyage à sec pour les maniaques, blog du matin pour certains… tout un univers. Dommage.
On peut continuer… Bayrou, avec ce bon sens, dit paysan, ancré dans les contreforts pyrénéens, propose sa rupture avec le futur et un retour à la IVème, sans surprise mais avec la douce patine des meubles-posés-là depuis toujours. Les détracteurs de Sarkozy voient en lui pointer Nicolas Ier et un troisième Empire. Jean-Marie, constant, reste attaché aux valeurs du IIIème Reich, Besancenot trimbale déjà dans ses sacoches les statuts d'une IVème Internationale lumineuse, Marie-George court derrière le vélo pour arracher les sacoches et José klaxonne à la tête d'un cortège de 504… signatures.
Mais la question reste entière, la VIème république est-elle la bonne porte pour le VIIème ciel? Et qu'allons-nous devenir sans les sondages…
claude a écrit :
Charles, tu évoques bien la ouateur de ton 5 à 7 le matin. C’est de qui déjà, Ségo de 5 à 7 ? Ceci dit, tu n’y est pas du tout. Cette élection est une fable, cet acronyme est une charade. Le premier, C6, rappelle la chanson : “c’est si bon …”. Le deuxième, R, c’est Royal. Le tout est un message subliminal, comme une image de Président en fond d’écran. Attention, l’image ne doit pas être inversée : 6CR n’est pas assez affirmatif.
La magie des chiffres que tu évoques est bien partagée, chaque candidat fait assault de propositions pour 30, 40, 50 milliards … Quand on aime, on compte pas !
Posté le 21-Mar-07 à 4:13 pm | Permalink
Martin P. a écrit :
au moins ça se décante. la séquence est assez lisible: sarkozy a tenté de faire revenir la campagne sur ses thèmes forts avec l’immigration. En réponse Ségolène cherche à imposer un débat sur ses points forts à elle, la crise démocratique donc.
Ca vaut ce que ça vaut mais au moins l’éventail politique reprend un peu de relief sur les questions de fond.
il reste juste bayrou qui n’a pas trop posé de marques très lisibles.
Posté le 21-Mar-07 à 6:15 pm | Permalink
claude a écrit :
Il fut un temps ou l’heritage des Anciens etait l’apanage de la culture classique ; a “Droite” l’invocation des Romains etait legitime. Le stoicisme fait desormais un peu severe, et Caton carrement reactionnaire. Aujourd’hui Rome n’est plus dans Rome : apres Spartacus, les Gracques … on comprend mieux cette affaire de Republique, invoquee de l’autre cote du Tibre-Solferino. Jamais les Anciens n’auront autant eu la cote de ce cote-ci de l’hemicycle. Mais pourquoi les Socialistes reformateurs prennent-ils toujours le nom de vaincus ? A quand une deferlante Hannibal ? Il s’etait bien servi de ses elephants !
Posté le 23-Mar-07 à 6:49 am | Permalink