Repli identitaire

austerlitz2.jpgJ'ai lu et relu le long entretien de François Bayrou dans le Figaro de mercredi. C'est centriste. Ca détend. Il dit cette phrase clé, celle qui revient sans cesse pour rythmer sa campagne: "Il y a quelque chose qui ne va pas!".(Il faut prononcer "pas" avec un [a] antérieur, comme dans carotte, et non un [a] postérieur, comme dans pâturages). Mais certes. On peut même dire, sans être terrassé par une attaque décliniste massive, que des problèmes, il y en a plusieurs.
Notamment un, sur l'identité de la France, sujet  traditionnellement tabou passé glamour depuis peu. Je me souviens d'une petite boutique, proche de la Bastille, qui vendait tout un ensemble de babioles, services de tables, linge de table et de maison, gravures, autour du drapeau tricolore… il n'a pas tenu. Sur ce point, François s'exprime: "Dans l'histoire de France, on n'a jamais cédé à l'exaltation nationale, y compris le général de Gaulle." Là, j'ai coincé. Il n'a pas lu les mémoires du grand homme, c'est clair. On peut jouer sur les mots, mais tout de même, la période post révolutionnaire ou la guerre de 14 sont traversées par une exaltation nationale et patriotique d'un bon calibre. Ou bien je n'ai rien compris.
Je me suis dit, tiens, qu'est-ce qui relie ces deux périodes à la nôtre? Il me semble que la notion de "menace extérieure" prévaut. Celle des coalisés après la révolution, celle des Allemands pendant la Grande Guerre. Alors aujourd'hui? D'une part la déstabilisation culturelle qui, même partiellement, est la conséquence d'une immigration massive et de souche non chrétienne, différente en cela des vagues historiques que le pays à connues, et l'assimilation plus ou moins explicite, plus ou moins imaginaire, plus ou moins manipulé de cette nouvelle population à l'islam radical, violent et extérieur. Tout incursion sur ce thème était immédiatement taxée de collusion avec le Front National. Peu de politiques l'ont osée et la plupart de ceux qui l'on fait en ont payé le prix. 
D'autre part la menace que représente, à nos portes, le sang impur d'une Europe dont la grande majorité des membres a choisi des voies libérales - pardon, ultralibérales. Menace repoussée par voie référendaire en 2005. Enfin, tous ces nouveaux mercenaires capitalistes d'Inde, de Corée ou de Chine, tous ces fonds de pension anglo-saxons qui font main basse sur notre industrie avec la complicité du patronat, cet ennemi de l'intérieur. Arena, qui profile les maillots de Laure Manaudou, est acquise par un fond de pension italien qui délocalise dans la foulée en Asie. Mais la France ne s'abaisse pas à créer ses fonds.  
Notre "modèle", même exsangue, continue d'habiter l'inconscient socialiste. On sort les drapeaux, la Marseillaise, bientôt les fourches et, aujourd'hui… le tracteur. Car il me saute aux yeux comme un symbole nostalgique d'une France restée mentalement rurale, qui vacille sous les coups de la modernité, cet ennemi qui bien longtemps nous est venu de l'ouest et qui, lui aussi, se globalise. La France ne rayonne plus, c'est sur elle que d'autres rayonne. Va-t-elle rester figée dans la lumière des phares ou s'ébrouer et s'ouvrir?
Bref, la vague de la menace se surfe à droite comme à gauche. Et François fait la synthèse…

Vignette: Austerlitz