Stupeurs, trahisons et séductions

seduction.jpgCa a commencé à l'initiative de Ségolène Royal. Elle a poussé le premier des dominos. Le reste a suivi. On le lui reconnaîtra. Entre autres positions iconoclastes, en effet, dès la rentrée, elle ne s'interdisait pas de reconsidérer les 35 heures. Un détail, quoi. Court moment de stupeur au PS.
Trahison idéologique! Sous la pression des quelques amis, Aubry accepte néanmoins d'accueillir la princesse à Lille avec sans doute l'intention de la ramener sur des positions plus conformes au Projet, et un sourire un peu douloureux. Bayrou sent le moment venu et sort alors du bois, dégaine des deux mains, shoot from the hip! Salve à droite, salve à gauche, tête à droite, cœur à gauche, il annonce la mort des blocs, la fin des sectarismes obtus et trace son sillon. Ecce homo. Bien au centre. Nicolas Sarkozy, qui voit que quelque chose est entrain de craquer dans l'affaire, sort Gaino du formol et monte à la tribune avec Jaurès en bandoulière, Moquêt en sautoir, et clarifie les choses, en somme. Court moment de stupeur au PS.
La candidate, soudain en difficulté, veut reprendre le dessus à la mêlée et se fait un pack d'éléphants biens montés et tous contents d'être là. Retour aux sources? A l'orthodoxie? Au calme? Pas pour longtemps. Non, ce type désagréable, là, qui nous emmerde avec sa calculette, que personne ne connaît, claque la porte, va bouder dans la Drôme et nous sort un livre assassin qui a la mauvaise grâce de se vendre. Court moment de stupeur au PS.
On doit réagir. Trop tard, le IIIème homme, que personne n'avait vu venir, passe sur l'aile gauche et emmène Azouz qui publie son brulot à son tour. Succès de librairie mitigé. Nicolas continue à enfoncer le clou identitaire avec le bonheur qu'on sait. Droite et gauche sont essoufflées. La grenouille, elle, gonfle au centre, c'est dans sa nature. Trouver des parades, vite. Stimulus-réaction, Besson n'a pas mis le pied sur la tribune UMP pour y faire repentance que Bayrou et Royal annoncent leur volonté de ne plus s'insulter, de se parler, d'explorer leurs convergences (ah, le vocabulaire…). Court moment de stupeur au PS. T'as gardé ta copie du Projet, toi?
Trois jours à peine après l'indispensable débat qui l'oppose à Bayrou en toute courtoise républicaine, Royal annonce l'obsolescence de l'axe droite-gauche, sa capacité à rassembler de la LCR à l'UDF (hop!), et prépare DSK à accepter le portefeuille qu'elle a gaulé à François avant de quitter BMF TV. Mais qui connaît BFM TV?  Et, d'ailleurs après tout cela, qui connaît François Bayrou? Pour achever l'axe honni, Sarko fonce embrasser Charasse qui embrasse Sarko avec dans l'œil la jubilation de celui que tout cela amuse énormément. Court moment de stupeur au PS.
Nous l'avons discuté ici, sur ce blog, il y a déjà plusieurs mois. Oui, l'axe droite-gauche n'a plus guère de sens et celui, plus pertinent, de dirigisme-libéralisme s'y est substitué. Et c'est probablement ce qui explique le jeu de chaises sans précédent que nous a offert la campagne.
Certains verront dans ce damier perturbé le triomphe des ambitions putassières d'une classe politique déboussolée, d'autre l'évolution tant attendue de la même sur des bases plus modernes. Je suis de ceux-là. C'est en tout cas mon espoir.
A prévoir: un long moment de stupeur au PS.

Voyages voyages

espagne.JPGLe temps des voyages reprend, comme on peut le voir sur cette photo où les connaisseurs auront immédiatement reconnu l'Espagne, Madrid, l'érotisme rugueux du flamenco, l'air qui s'affole sous les talons d'une danseuse qui tournoie, le souffle d'un cuatreños de Miura qui voit briller le fer avant d'encorner son destin, les orangers de Séville qui tendent leurs fruits aux mains gantées des filles, le cauchemar extatique de Goya, le pincement langoureux d'une corde de ré dans le soir sanglant, toute la fierté sourde et concentrée de la péninsule. Bref, écrire devient plus compliqué, sujet à des horaires de vols, à des heures tardives dans des bars qui se ressemblent tous, puisqu'on est à New York partout, au coin de Mercer et de Prince ou 3 On The Bund, à des hôtels normés, à des zones industrielles clonées en douce par les vampires du grand capital.
Mais le blog dépend de la connexion comme de l'inspiration…. Alors…
Ce qui fait que la distance, je n'ai pas besoin de la prendre, elle s'impose. Le paso-doble socio-démocrate français impacte peu la une des journaux locaux et je ne regarde ni TV5 ni Pay-TV. C'est qu'en général, là où je passe, on a laissé le dance-floor depuis déjà longtemps. On attendait que la Gaule s'affranchisse. Elle a franchi le Rubicon. Elle affranchit le… je n'aime pas les contrepèteries.
Mais ça fait un choc, un réveil sans sondage, un café sans Ségo, un taxi sans Sarko. On a vite les mains qui tremblent. Même avec un patch. Une sensation de vide, quelque chose de flou, de mal mesuré, la vie peut-être. Un truc à se planter en boutonnant sa chemise.
Ca va continuer, deux ou trois mois, avec même une parenthèse en mer, ni connexion ni GSM, la nuit et la Voie Lactée comme couverture.
Comme tous les ans, à la même époque.

Recherche indécis, désespérément

chamonix.jpegJe pensais m'ennuyer, j'ai tenu jusqu'à 22h. Jusqu'au bout, j'ai cru naturellement à l'énorme surprise consécutive à l'énorme quantité d'indécis… Bref, les 40% d'indécis ont voté comme tout le monde, se conformant à la majorité avec une discipline toute statistique, puisque dans ce jeu complexe d'urnes communicantes les effets de reports s'annulaient sans doute mutuellement… Ségo-Sarko. Sarko-Ségo. Pourtant les Français se sont inscrits en masse et sont allé voter. Les jeunes, en particulier, se sont engagés sur le chemin de la responsabilité en politique. Une troisième voie s'est ouverte sous nos yeux où François conduisait le Peuple du Centre. Et tout cela n'a pas changé grand-chose. J'ai écouté.
Jack Lang, peigné en arrière, voit dans les résultats d'hier l'effet d'une immense vague d'enthousiasme qui portera Royal vers la victoire. Fabius le regarde en coin, plus circonspect. Hollande semble sortir d'une expérience trop longue de privation sensorielle. Il a besoin de parler… Kouchner parle trop vite. François Fillion est calme et déterminé. Hortefeux est calme et déterminé. Douste est calme et déterminé. Tous voient dans les résultats d'hier l'effet d'une immense vague d'enthousiasme qui portera Sarkozy vers la victoire.
Borloo et Veil aiment Bayrou. D'ailleurs ils aiment tous Bayrou depuis hier vers 18h, lorsque les résultats ont été publiés par les presses belges et suisses. On se lève pour Baaaaay-rou, Baaaaaay-rou!
Les deux athlètes, eux, cherchent à se démarquer, immédiatement. Nicolas veut protéger les pauvres et les opprimés, les accidentés de la vie, les malades, les faibles, les vulnérables, les fragiles, les handicapés, les familles, il veut leur redonner l'espérance et la dignité… Ségolène, elle, veut protéger les pauvres et les opprimés, les accidentés de la vie, les malades, les faibles, les vulnérables, les fragiles, les handicapés, les familles, elle veut leur redonner l'espérance et la dignité…
Deux conceptions du monde et de la société s'affrontent… Qui donc va s'occuper des multinationales?
Mais que penser de ces quelques secondes d'imprévu où, en pleine déclaration de la candidate, le noir se fait, puis la lumière à nouveau, brutale et fantomatique, qui surexpose celle qui soudain n'est plus Jeanne, mais la Vierge…
Quelques secondes de miracle. Toute la différence… Une belle soirée.

Fatigue de l’entre-deux-tours

bourin.jpegNous serons des millions, dans deux jours, à errer dans ce no man's time de l'entre deux tours, ce temps suspendu et vibrant, certains à espérer une confirmation, d'autres un miracle, les déçus à s'abrutir devant les DVD qui traînent depuis des mois à côté du lecteur, encore sous leur film plastique, les derniers préparant dans des locaux incertains, clandestins et enfumés, dans la lumière chétive d'une vieille ampoules, le sursaut révolutionnaire dont le peuple est privé depuis la libération, alors que dans la graisse des rillettes grésillent en mourant quelques mégots mal éteints et qu'à l'œil des camarades perle une larme vite noyée dans un couplet de l'Internationale, fredonné bouche fermée, tard dans la nuit. Si tard…
La vérité? Nous en avons tous marre. Fatigués, nous sommes. Eux sont sans doute au bout du rouleau. On aimerait que quelque chose se passe dans ce films mal monté où ceux de gauche ont de bonnes raisons de voter au centre, où ceux de droite ont de bonnes raisons de faire de même et ceux du centre de bonnes raisons de voter ailleurs… Alors imaginons qu'ils dérapent, rêvons… On voudrait que François, chauffé à blanc - c'est trop pour lui - craque sous la pression et soudain, affligé d'une attaque massive du syndrome de Tourette, ne monte plus à la tribune sans hurler Eat me slut!!! en agitant les bras compulsivement… Toutes les vingt secondes… On prie pour que Royal, transportée par la charge mystique du rôle, par ces voix qui traversent ses nuits, - et lourdement perturbée par une deuxième épître dévastatrice d'Ariane Mouchkine – ne s'exprime plus qu'en parlant à l'envers, les mains fendues de profondes stigmates… On aimerait que Le Pen s'emporte, éclate une artériole du lobe pariétal et cite Giresse en croyant citer Jaurès, pour faire la nique à Nico. Sarko, justement, qui s'est enfin trouvé beau sur les affiches, qui a aimé ce petit côté latin lover qu'on lui a fait d'un coup de feutre noir, se préserve chaque matin un petit carré de moustache et abandonne sa coupe fifties pour une mèche rebelle… Bref qu'enfin chacun joue le rôle qu'on lui assigne…
On peut rêver, on rêvera. Comme tout le monde, on se connectera ici dimanche à dix-huit heures exactement et on attendra donc sans surprise le beau jaillissement d'histogrammes prévu à vingt heures sur les chaînes nationales
. Commencera la soirée électorale, la Nème…
On aimerait tant qu'elle soit mise en scène comme ceci.

Belgium (posture linguistique neutre)

devos.jpgEn Wallonie, Ardennes, pour trois jours.
Les histoires belges m'ont toujours agacé. Même lorsqu'elles étaient drôles. Comme les histoires juives, arabes ou la lapidation comique des blondes. Ce côté faisons se poiler les beaufs, dont Coluche avait fait son fond de commerce, cette façon de surfer sur le racisme, le machisme et la xénophobie populaires d'une main, tout en dénonçant de l'autre la stupidité d'un public d'abrutis qui vous fait vivre… non, j'aurai toujours des doutes sur la sincérité de cette démarche.
J'aime beaucoup la Belgique, ce pays qui a vu si souvent, depuis le bas-côté, passer la cavalerie des uns, celle des autres, à cheval ou motorisée… Et la houle des Ardennes, la brique rouge et patinée de Bruges, le désespoir glacé de la côte, promenade à Ostende un jour d'hiver, Brel, la Grand-Place, des frites et des moules…
J'aime travailler avec les Belges, à cause de ce mélange de modestie, de tutoiement, de pragmatisme, de sens de l'absurde et de capacité d'action qui fait si souvent défaut chez les voisins du sud. On se noie rarement dans la cuvette dialectique ici, et pourtant la langue est au cœur du drame. Frottement explosif des langues, si j'ose dire. On sait où ça mène. Mais quelle langue, et quelle leçon! By Jove!
Pour moi, ça a démarré tôt. La Ligne Claire. Tintin, attaqué lâchement, par derrière, dans la cale du Karaboudjan, appelle à l'aide en criant AU SEC…! Cet au secours désespéré, interrompu, qui m'a laissé perplexe, des années durant dans ma chambre avant d'éteindre, à me demander – sapristi - ce qu'il pouvait y avoir de sec dans tout cela. Puis il y a eu, mélangés, les pommes à fumer de Magritte, les belles-sœurs torse nu, nocturnes et nébuleuses de Delvaux, les surréalistes, la poésie ciselée de Brel, le désespoir de Julos, les volumes alignés de Simenon dans la bibliothèque, comme les femmes qu'il rangeait dans ses rayonnages de collectionneur insatiable, inassouvi…
C'est peut-être parce qu'ici la langue et l'identité se superposent qu'on tord les mots, qu'on les malaxe, qu'on les troue, qu'on les dissèque, qu'on les rudoie jusqu'à ce qu'ils parlent et, ce faisant, qu'on donne naissance aux clowns géniaux qui nous ont enchantés, un jour un Devos, grammairien tortionnaire, un autre jour l'absurdité nonchalante d'un Chat.
J'aimerais qu'un jour, et à jamais, on efface Pauvre Belgique de l'œuvre de Baudelaire.

Vignette: Raymond Devos

Rhétorique, Vérité, Opinion

socrates.jpgSOCRATE : Ainsi l’ignorant parlant devant des ignorants sera plus propre à persuader que le savant, si l’orateur est plus propre à persuader que le médecin. N’est-ce pas ce qui résulte de là, ou vois-tu une autre conséquence ?
GORGIAS : La conséquence est forcée, en ce cas du moins.
SOCRATE : Et si l’on considère tous les autres arts, l’orateur et la rhétorique n’ont-ils pas le même avantage ? La rhétorique n’a nullement besoin de connaître les choses en elles-mêmes, de manière à paraître aux yeux des ignorants plus savants que ceux qui savent.
GORGIAS : N’est-ce pas une chose bien commode, Socrate, que de pouvoir, sans avoir appris d’autre art que celui-là, égaler tous les spécialistes ?
SOCRATE : Si l’orateur, en se bornant à cet art, est ou n’est pas l’égal des autres, c’est ce que nous examinerons tout à l’heure, si notre sujet le demande. Pour le moment, voyons d’abord si, par rapport au juste et à l’injuste, au laid et au beau, au bien et au mal, l’orateur est dans le même cas que relativement à la santé et aux objets des autres arts et si, sans connaître les choses en elles-mêmes et sans savoir ce qui est bien ou mal, beau ou laid, juste ou injuste, il a trouvé pour tout cela un moyen de persuasion qui le fasse paraître aux yeux des ignorants plus savant, malgré son ignorance, que celui qui sait. Ou bien est-il nécessaire de savoir et faut-il avoir appris ces choses avant de venir à toi pour apprendre la rhétorique ? Sinon, toi, qui es maître de rhétorique, sans enseigner aucune de ces choses à celui qui vient à ton école, car ce n’est pas ton affaire, feras-tu en sorte que devant la foule il ait l’air de savoir tout cela, quoiqu’il ne le sache pas, et qu’il paraisse honnête, quoiqu’il ne le soit pas ? Ou bien te sera-t-il absolument impossible de lui enseigner la rhétorique, s’il n’a pas appris d’avance la vérité sur ces matières ? Que faut-il penser de tout cela, Gorgias ? Au nom de Zeus, dévoile-moi, comme tu l’as promis, il n’y a qu’un instant, en quoi consiste enfin la puissance de la rhétorique.
(Platon; Gorgias)

Vignette: Socrates, Xenophon, Eschines and Alcibiades

Kouchner-Rocard, et l’axe nord-sud

boussole.jpgUne remarque de bon sens: depuis une semaine il pleut sur la moitié sud du pays et l'été s'est installé sur la moitié nord - la mienne, merci – tout cela sur fond de campagne qui verdoie, de cerisiers en fleurs, de pommiers un peu à la traîne, partout des joggers du dimanche, Vivaldi à fond dans les écouteurs, on en profite. On sait que c'est fragile. On caille sur la Cannebière, on lézarde à Mulhouse et on parie déjà sur Paris-Plage à partir de fin mai si le vent tourne à gauche. Je continue. La Suède, parangon d'éthique politique, industrielle et sociale, privatise à outrance et le modèle scandinave part en morceau, avec la banquise. Nos repères s'effritent, les uns après les autres. Même le plus résistant, le tropisme nord-sud. Allez aux nord, vous trouverez toujours quelqu'un pour grimacer en parlant du sud, où vivent loqueteux catholiques, mahométans et animistes confondus, toute cette plèbe paresseuse et inconsistante. On vous le fait toujours sentir, même aux Pays-Bas. Calvin aime le sud à partir du quinze juillet… Mais demandez à ceux de Chicago ce qu'ils pensent de ceux d'Atlanta… Demandez à ceux de Hambourg ce qu'ils pensent de Munich. Demandez à Milan ce qu'elle pense de Naples. Demandez à ceux de Saint Petersburg ce qu'ils pensent du Caucase… Demandez à ceux d'Europe du Nord ce qu'ils pensent de l'Europe du Sud. A l'Amérique du nord ce qu'elle pense de celle du sud. Demandez aux pays du nord ce qu'il pense des pays du sud. Là-haut, froid, travail, épargne et discipline. Au sud, chaleur, bien vivre, subventions et farniente. Même en Corée… Il semble bien que l'affaire soit fractale. Il n'y a guère que le continent africain pour avoir inversé le patern, mais l'a-t-il voulu?
Comment ne pas faire le rapprochement quand même la météo perd la boussole? C'est qu'au même moment, une autre campagne s'achève, mais peu verdoyante, où justement on a beaucoup débattu sur la perte des repères. Identitaires, par exemple, en faisant sonner les clairons et les hymnes délaissés de la République, en ressuscitant une a une les grandes voix du panthéon. On a parlé d'obsolescence et de disparition obligée des repères politiques classiques. L'axe Rocard-Kouchner-Bayrou qui se dessine… j'en avais dit un mot début avril. Mais personne n'a osé mettre l'inversion du tropisme nord-sud dans son programme
Et les anglais, toujours à se faire remarquer, sont ultralibéraux. Et roulent à gauche.

Vignette: boussole géomantique chinoise

A qui le jambon?

cocagne.jpegLes voilà en fin de course, groupés dans le virage des tribunes, les quatre pur-sang, qui s'invectivent maintenant avec une bonne humeur et une fantaisie communicatives. Si j'ai bien compris nous aurons à faire un choix en une arriviste mentalement limitée, un néo-fasciste cacochyme, un surexcité violent et un lourdaud ambidextre. Dernier sprint pour chacun. Voilà donc une belle semaine en perspective. Une ambition nationale. Place à la concorde!
C'est donc demain soir, et pour trois semaines, que j'arrête de lire la presse, d'allumer la radio, d'aller chercher l'info sur l'internet, de consulter les blogs amis et ennemis, d'analyser le moindre sondage - que j'en ai mal au cœur de bouchonner sur cette houle d'opinion -, de répondre quand on me demande de prendre position sur le caractère inné ou acquis du mensonge en politique. J'irai voter. Je ferai la queue rue de Poitou. Je m'isolerai. Je ferai semblant d'hésiter une dernière fois avec un petit pincement au cœur, le destin du pays en main… J'irai boire une bière avec les blogueurs et fêter comme il se doit la victoire triomphale, au premier tour, de Frédéric Nihous.
Rien qu'en écrivant tout ça, je sens la boule, là, se détendre un peu. Je commençais à trouver le film pesant. Tiens, je retire mes chaussures, du coup, pour flotter un peu. De ma fenêtre, je vois les gros bourgeons du platane qui éclatent dans la cour avec un pof de bonheur, toujours en retard sur les marronniers, celui-là, mais digne et courageux.
Donc je vais travailler, c'est un un hobby très impliquant. Je vais écrire et jouer de la musique. Lire, aussi. D'abord finir Les amants de Boringe (Pascale Gautier, chez Losfeld), magnifique, et entrer dans Christian Gailly, Les oubliés (Minuit), puis Motherless Brooklyn, (Jonathan Lethem, chez Faber & Faber). Tout ça sur le canapé du salon, sur le balcon ou au soleil à la campagne. Question musique, je vais terminer avec Formixxa II une adaptation hard-rock de Belles belles belles de Claude François, et réinvestir Tous les garçons et les filles, de Françoise Hardy avec le regard d'un David Lynch sous hypnose. Deux chefs d'œuvre dont, à ma connaissance, personne n'a encore décodé l'argument prémonitoire. Mixés, ils seront sur le blog, je m'y engage, section Musik, mais plus tard.
C'est ce qu'on appelle "Fin de la phase I".
De quoi vais-je parler ici la semaine prochaine?

J’ai mouillé mon doigt, il y a du vent.

pythie.jpgCe que j'aime dans les sondages, comme dans la cuisine, ou la météo, c'est leur côté science dure, ce balisage rassurant d'un futur qui inquiète, il en va du pouvoir comme de la cuisson du rôti ou d'un weekend à haut risque à Anglet. La preuve, on découvre toujours après coup qu'ils avaient finalement raison, les augures, grosso modo, même quand ils avaient tort. Je ne vois donc pas pourquoi je m'interdirais d'être à mon tour expert en la matière. J'ai une calculette.
La presse et les instituts de sondages nous parlent des 42% d'indécis qui pourraient faire tout basculer, et pourquoi pas, élire Pompidou. Mais rêvons un peu sur le dernier sondage en date (LH2, du 9 avril). Prenons pour hypothèse que les indécis – et ne voyez aucun jugement de valeur dans ce propos. Je ne crois pas que l'indécision soit génétique, personnellement – et considérons qu'ils se répartissent sur les quatre leaders selon les mêmes pourcentages, en laissant de côté les hésitants marginaux qui oscillent entre Bové et Besancenot. Il y aurait donc 12% d'indécis Sarkozy, 10% d'indécis Royal, 8% pour Bayrou et 6% pour Le Pen. Et donc le sondage serait alors l'exacte image de ce que sera le premier tour. Mais…
On dit le FN sous évalué "comme d'habitude". Personnellement j'en doute car en 2002, il n'y avait pas d'alternative affirmée tenant un discours de droite – comme l'est celui de Sarkozy - et la position exprimée par Chirac depuis son accession au trône était plutôt social-démocrate. Je pense donc que Le Pen devrait non pas gagner, mais perdre certains de ces indécis qui se porteront sur Sarkozy. En tout cas ce dernier s'y emploie avec ardeur depuis peu. Les 10% de Royal me semblent surévalués également, tant il est difficile pour un sympathisant traditionnel du PS  - qui a avalé coup sur coup en six mois les militaires, le drapeau, Notre Dame de la Garde, la Marseillaise et Jeanne d'Arc - de dire que, légèrement déstabilisé, il envisage de glisser, le rouge au front, un bulletin blanc ou un ticket Bayrou. Quant à Sarkozy, diabolisé depuis quelques semaines, il bénéficie logiquement de la sous-estimation traditionnelle du candidat politiquement incorrect. Un type qui bouge son genou quand il parle (dixit Onfray) ou qui a un rictus avant de descendre du train (dixit Libération), est forcément un crypto-fasciste à tendance vichyste. Ca n'aura échappé à personne.
En appliquant la technique du doigt mouillé sur ces transferts, je termine mon petit calcul avec le score suivant au premier tour: Sarkozy 31%, Royal 21%, Bayrou 21% et Le Pen 13%.
Je persiste. Je pense qu'il faut relire le programme UDF.

Vignette: la Pythie

La balle au centre…

sumo2.jpgOn dit que le Basset est un fauve quand il sent le sanglier fatigué. S'il n'est pas éventré avant, il se glisse sous la bête et la mord aux couilles. Il ne lâchera pas. Il ne bougera plus. Le sanglier non plus, d'ailleurs, on le comprendra. Il n'y a plus qu'à venir servir la bête, au couteau. Le serpent cracheur, lui, attaque aux yeux, au regard de sa proie. Cela entraîne un petit désagrément, une kératoconjonctivite, une saloperie ophtalmique qui peut évoluer vers la cécité totale. Le duo Besson-Begag a mené la traque à son terme. Match nul, dans tous les sens du terme. Chacun, dans un bel élan de loyauté politique, a trouvé son gibier, au sein de sa propre meute et l'attaque sur son point faible, le ravalement des banlieues chez l'un, la myopie politique chez l'autre. En quelques jours, le débat bascule dans le carnage. Il y a de la viande sur les murs… Dans ce jeu rétrécis des caricatures à bon compte, tous les coups sont permis, les rumeurs vont bon train, le lynchage personnel a remplacé les programmes. Les médias, toujours plus people, font des ventes. Sarko et Ségo sont dans un bateau, les deux tombent à l'eau. Qu'est-ce qui reste?
Le garde chasse, bien sûr, Bayrou, celui que la force centrifuge de cette fin de campagne n'aura pas jeté hors du cercle – un traître passé à gauche, dit la droite, un type clairement de droite, dit la gauche. Il n'a plus qu'à nettoyer la place et ramener ses deux compagnons de battue à la ferme, ses deux futurs ministres, un de gauche – Begag - dont on se demandait ce qu'il faisait à droite, pour l'intégration, et un de droite – Besson - dont on se demandait ce qu'il faisait à gauche, pour Bercy. Ca fait un petit début… Deux types solides en tout cas, déjà bien ancrés dans la confusion des camps.
Bref, la France dispose encore, dans le dernier sprint de la campagne, de quoi faire un choix quand il faudra trancher entre une droite recomposée, un PS décomposé - dont les champions ont l'un et l'autre un genou sur le ring - et un outsider qui sort plutôt frais des vestiaires. Tout converge vers cette hypothèse, pour autant que l'idéal démocratique résiste et laisse le FN hors du jeu. On va donc regarder le programme de François, s'y intéresser, peut-être un peu plus sérieusement qu'avant. Et se rappeler la prédiction (apocryphes?) de Mitterrand "Suivez Bayrou, il sera président après Chirac".
Chirac, le grand Yokozuna, le passionné de sumo, doit sourire en attendant d'accueillir sur le perron du palais celui qui sera resté sur le cercle. Parce qu'il était au centre?

Sarko n’est pas Hugo

hugo.jpgIl ne s'agit pas ici de faire crédit à ceux qui me reprochent d'avoir pris parti. Je l'ai fait, et je l'assume, sur la base de ce que j'ai entendu dans la sphère politique française depuis quelques années. Je pense sincèrement, profondément, qu'élire Royal aujourd'hui serait investir dans le problème, pas dans la solution. Voter Bayrou, serait plonger dans la piscine sans vérifier qu'elle est remplie. Voter ailleurs n'est pas dans mon univers. Voter Sarkozy m'a toujours semblé être un choix libéral et démocratique appuyé sur des institutions que je juge solides. Le TSS et la peur du loup ne m'ont jamais convaincu. De Gaulle, Chirac, Mitterrand, ont tous fait l'objet des mêmes procès anticipés en totalitarisme, ont subi les mêmes racontars et rumeurs pré-électorales. L'histoire a montré que cette tactique ne repose sur rien et n'est pas payante.
Pour autant, j'ai refermé Ensemble il y a à peine deux heures et j'en sors davantage exaspéré que convaincu. En tout cas pas très "avec".
J'avais noté ici, sur ce site, à partir de novembre, une espèce de dérive dans le discours du candidat UMP, une sorte de grandiloquence républicaine qui contrastait avec l'image de pragmatisme, de concentration sur les problèmes - davantage pour les résoudre que pour les nier ou s'y complaire - qui me convenait bien. A partir de janvier, le discours s'est déréglé. J'ai tout de suite détesté ces harangues sur les valeurs, ce Malraux de pacotille concocté par ses scribes, cette industrie obscène du déclarationnel ronflant. Je n'aime pas ces litanies ridicules, cette logique du piston rhétorique, ces débuts de phrases répétitifs, toujours les mêmes, distribués dans le texte pour assener des convictions pompeuses, comme s'il fallait ressusciter l'asclépiade mineur et le septénaire trochaïque, puis
s'habiller de Morale et d'Histoire pour prendre la dimension du job. Pitié!
La première partie du livre, à cet égard, est un amas de perles du genre. J'y trouve, par exemple "Je veillerai à ce que dans les entreprises installées sur le territoire français la langue de travail soit le français dès lors qu'il n'y a aucune nécessité économique ou commerciale qui oblige à s'exprimer dans une autre langue". J'ai relu deux fois. Retour à la loi Toubon. 1995. Qui va en juger? L'inspection du travail? Une police de la langue? A-t-il jamais mis les pieds dans une entreprise qui travaille à l'international? Est-ce simplement pour dire qu'on continuera de parler français dans les bureaux de poste?  Viendrait-il à l'idée au gouvernement anglais ou allemand d'empêcher les gens de parler Swahili s'ils le veulent ? Il y a dans cette première partie du livre la vision d'une France imaginaire et future qui se base sur l'allégorie d'une France passée qui, en réalité, n'a jamais existé, une nostalgie des good old days (pardon, des bons vieux jours) et du rayonnement perdu qui tient du fantasme.
La seconde partie du livre, beaucoup plus technique, sans doute écrite par un autre plumeau, moins shooté aux Lumières, ne reprend pas ce style de tribun post-révolutionnaire. C'est plus convaincant et j'y retrouve certaines des positions qui m'ont intéressé. Encore qu'on puisse discuter sur certaines idées créatives, comme celle de mettre à terme sur pied d'égalité un hypothétique Mediterranean Ring et le Pacific Ring. Ca n'est pas parce que Socrate était Grec, Ptolémée Egyptien, Léonard Italien et Mistral Français que le monde va se recentrer sur nos dauphins et adopter nos valeurs en battant des mains… Lesquelles, d'ailleurs? Celles que nous partageons depuis toujours avec la Libye? On finit par se perdre dans ce fourre-tout programmatique au point qu'on en perd les limites. La France? L'Europe? L'Euro-méditerranée? Le Monde? Il faut craindre cette ivresse, qui saisit la campagne, quand le printemps revient.
Sans doute fais-je partie de cette génération 68 - bien qu'un peu jeune à l'époque - qui selon l'auteur a "dénigré l'Etat, la Nation et la République, et nourri la haine de soi qui est toujours le commencement de la haine des autres" - encore un jugement nuancé - mais si la solution proposée n'est que le renforcement forcené de l'Etat, de la Nation et de la République, alors je ne retrouve pas l'évolution libérale et ouverte sur le monde que j'appelle de mes vœux.
Peut-être n'est-ce que tactique électorale. Mais c'est très agaçant à presque quinze jours du premier tour. Très agaçant.

Je m’voyais déjà…

affiche.jpgLa bataille fait rage dans la blogosphère autour de l'affiche de campagne de Ségolène Royal. C'est singulier quand on sait le peu d'importance qu'elle aura comparée à la moindre intervention au 20h. Les uns y voient une vraie réussite, de belles connotations nostalgiques et douces avec les affiches des groupuscules d'extrême gauche qui sévissaient en Allemagne et en Italie dans les années 70, celles qui de temps à autres abattaient un patron et le livraient à la presse déjà faisandé dans un coffre de voiture. D'autres en contestent le graphisme et le traité un peu flou, la typographie trop lourde, le noir et blanc un peu indigent. Il y a dans tout cela un côté timbre poste, effigie figée et vaguement inquiétante de la république. Je veux dire, imaginez que cette femme, avec ce regard, et ce demi sourire soit la personne qui vous accueille à l'hôtel des impôts pour régler un "petit différend". Vous m'avez compris.
Personnellement j'y vois aussi l'ennui. Pas le spleen baudelairien et sa profondeur poétique, non, juste cet air las des soirées qui n'en finissent pas, chéri j'aimerais bien qu'on mette les bouts il est déjà deux heures du matin, je tombe de sommeil et je me lève à sept heures demain et arrête s'il te plait de pérorer devant cette pétasse qui ne fait même pas bien la cuisine, toute cette conversation sur les énergies renouvelables, je m'en tape, mais alors complètement
D'une autre façon, si le slogan nous propose une France Présidente, le visage semble nous dire j'y ai cru un moment, c'était chouette les débats. Mais comment celle dont le sourire a conquis la presse internationale a-t-elle pu se laisser aller à une image qui déjà esquisse les stigmates de la lourde déprime qui suivra le deuxième tour?
Et tout cela alors que le référentiel d'image est si riche! Par exemple cette jolie affiche chinoise, et bien que dit-elle? "Chantez pour le succès! Chantez pour votre grand pays!" Voilà un message, un vrai! Il y a à peine une semaine, elle était sur la voie, Ségolène, et toutes les cellules révisaient leur Marseillaise, le plus libérales la prenaient même en canon. Il suffisait de lui coller un accordéon et un bonnet Phrygien…
Elle avait son image!

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L’immuable homélie du mollah

iran.jpgL'Angleterre fête l'anniversaire de la guerre des Malouines, un conflit victorieux au cours duquel un gros millier d'habitants - et autant de moutons - d'un petit archipel peu hospitalier de l'Atlantique sud, ont été transformés malgré eux en casus belli opposant le Royaume Uni à l'Argentine - permettant ainsi à quelques puissances moyennes occidentales de tester leur armement de nouvelle génération. Rien de mieux que le field-proven pour vendre un missile. Une jolie photo du Sheffield ou de l'Antelope en flammes, deux navires coulés par l'aviation argentine, vaut mieux qu'une plaquette de présentation. Une guerre qu'on a dite d'opérette, mais pas pour le millier de morts enterrés sur place ou disparus à jamais dans l'eau glacée de l'océan. Je me souviens d'une interview d'un officier anglais qui témoignait sur ce conflit dans un documentaire de la BBC. "War is a messy, filthy business…" disait-il, lui dont elle est le métier. Mais bon, les Anglais aiment la guerre, une sorte de sporting event national, bien que l'Irak semble avoir un peu tiédi l'enthousiasme.
Aujourd'hui, quinze soldats britanniques attendent à Téhéran que la diplomatie les sorte du traquenard dans lequel ils sont tombés en frôlant de trop près les moustaches du prophète. Mais l'Iran n'est pas l'Argentine. Là où Galtieri n'a pas résisté et entraîné dans sa défaite la junte au pouvoir à Buenos Aires, on voit mal ce qui serait de nature à déstabiliser le pouvoir des mollahs. On sait qu'un Iran nucléaire prendrait une position souveraine dans la région et, de facto, maîtriserait la plus grosse partie des ressources pétrolières indispensables à l'Amérique, à la Chine et à l'Inde, pour ne citer qu'eux. C'est son objectif. Et ce contrôle serait exercé sous l'influence d'une hiérarchie religieuse. C'est une première. Ce tripode - accès aux ressources pétrolières au seuil d'une pénurie annoncée, théocratie dans un climat d'affrontement direct et déjà à l'oeuvre, et capacité nucléaire dans un contexte qui valorise le martyr - est à coup sûr la bombe à retardement la plus menaçante qu'ait rencontré le monde depuis longtemps, le tout animée par le prêche belliciste du président. Que pèse la dissuasion par la terreur dans une culture sacrificielle, n'en déplaise à Roland Dumas qui voit dans l'accès de l'Iran à la bombe un facteur d'équilibre stratégique pour la région. On dit que les français s'inquiètent, se replient. Mais de quoi, et sur quoi? C'est étrange de voir à quel point la campagne élude les vraies raisons d'avoir peur.
Qu'en ont dit les débats participatifs?

Vignette: briefing des officiers de l'armée de l'air

PS: l’improbable découpage

afrique1711.jpgSi d'aventure Royal devait perdre – ce que je souhaite et pense probable – elle n'aura pas à refonder la république. Elle aura raté son passage en VIème. Le primaire lui réussit, on le sait. Sans doute verra-t-elle aussi s'espacer les crises de SCCM (Syndrome Compulsif Constitutionnel de Montebourg) qui l'ont frappée il y a quelques semaines, une pathologie agressive et contagieuse, essentiellement vers le Centre. Pour autant, sa fièvre trouvera sans doute dans l'explosion plausible du PS de quoi consumer l'énergie refondatrice qu'elle aura épargnée. A moins que ses amis politiques ne lui conseillent amicalement de l'exercer en Poitou-Charentes. Et pour le reste, on en reparlera.
Car enfin, vu de l'extérieur, rien ne renvoit davantage à ce parti que le découpage post colonial de l'Afrique. Je veux dire par là que les ethnies politiques qui le composent n'ont pas été respectées dans le tracé hasardeux des frontières, c'est une évidence. On se demande quelle nouvelle "synthèse" inter-tribale pourra agencer sans fou-rire la Social-démocratie plan-plan de Strauss Kahn - qui cligne de l'œil à celle de l'UDF vaguement plus libérale et rougissante – le libéral socialisme d'un Jean-Marie Bockel - qui contourne presque Bayrou pas sa droite – l'archéo-socialisme d'un Mélenchon dont le trait d'union prend fin place du Colonel Fabien, l'opportuno-anti-européeano-archéo-socialisme d'un Fabius, le réformisme amphibiologique de Martine Aubry – seul femme connue pour être l'ancêtre de son père – ou le révolutionisme baroque et dilettante du vicomte de Montebourg, figure idéale pour le show 2007 du Puy-du-Fou … pour ne citer qu'eux. Allez, voilà du café, celui qui tient le plus longtemps écrira la synthèse, quand les autres auront craqué. Enfin, s'il a apporté son Mac…
Dans le paso-doble idéologique des dernières semaines, le parti socialiste ne semble plus tenir que par la grâce de Sarkozy qui, dans le grand théâtre de campagne, joue le rôle du méchant gendarme, de l'intégrateur négatif - comme le désignent les experts de la dynamique de groupe. Mais cela ne suffit plus. D'ailleurs il a rendu son képi à la procure. Lyautey disait "J'ai moins d'admiration pour Napoléon depuis que je connais la faiblesse des coalitions…" Et voilà que cette détestation sacrée et unitaire rencontre sa limite lorsque quelques jeunes cherchent, certes maladroitement, le dialogue avec la police dans les couloirs de la Gare du Nord. Même les blogs de gauche, les bons en tout cas, s'interrogent…
Aérienne, souveraine et souriante, Royal plane au-dessus des artistes qui s'agitent. Depuis peu, Hollande vient chauffer la salle pour un coming-out conjugal inattendu. Il leur reste ça. M
ais après tout, n'est-ce pas l'essentiel? On fait toujours donner les clowns avant les trapézistes, non? Normal, quand ils se ramassent, l'ambiance tombe.
Mieux vaut faire rire avant.

Vignette: Carte d'Afrique de 1711 (J.B. Homann).