L’immuable homélie du mollah

iran.jpgL'Angleterre fête l'anniversaire de la guerre des Malouines, un conflit victorieux au cours duquel un gros millier d'habitants - et autant de moutons - d'un petit archipel peu hospitalier de l'Atlantique sud, ont été transformés malgré eux en casus belli opposant le Royaume Uni à l'Argentine - permettant ainsi à quelques puissances moyennes occidentales de tester leur armement de nouvelle génération. Rien de mieux que le field-proven pour vendre un missile. Une jolie photo du Sheffield ou de l'Antelope en flammes, deux navires coulés par l'aviation argentine, vaut mieux qu'une plaquette de présentation. Une guerre qu'on a dite d'opérette, mais pas pour le millier de morts enterrés sur place ou disparus à jamais dans l'eau glacée de l'océan. Je me souviens d'une interview d'un officier anglais qui témoignait sur ce conflit dans un documentaire de la BBC. "War is a messy, filthy business…" disait-il, lui dont elle est le métier. Mais bon, les Anglais aiment la guerre, une sorte de sporting event national, bien que l'Irak semble avoir un peu tiédi l'enthousiasme.
Aujourd'hui, quinze soldats britanniques attendent à Téhéran que la diplomatie les sorte du traquenard dans lequel ils sont tombés en frôlant de trop près les moustaches du prophète. Mais l'Iran n'est pas l'Argentine. Là où Galtieri n'a pas résisté et entraîné dans sa défaite la junte au pouvoir à Buenos Aires, on voit mal ce qui serait de nature à déstabiliser le pouvoir des mollahs. On sait qu'un Iran nucléaire prendrait une position souveraine dans la région et, de facto, maîtriserait la plus grosse partie des ressources pétrolières indispensables à l'Amérique, à la Chine et à l'Inde, pour ne citer qu'eux. C'est son objectif. Et ce contrôle serait exercé sous l'influence d'une hiérarchie religieuse. C'est une première. Ce tripode - accès aux ressources pétrolières au seuil d'une pénurie annoncée, théocratie dans un climat d'affrontement direct et déjà à l'oeuvre, et capacité nucléaire dans un contexte qui valorise le martyr - est à coup sûr la bombe à retardement la plus menaçante qu'ait rencontré le monde depuis longtemps, le tout animée par le prêche belliciste du président. Que pèse la dissuasion par la terreur dans une culture sacrificielle, n'en déplaise à Roland Dumas qui voit dans l'accès de l'Iran à la bombe un facteur d'équilibre stratégique pour la région. On dit que les français s'inquiètent, se replient. Mais de quoi, et sur quoi? C'est étrange de voir à quel point la campagne élude les vraies raisons d'avoir peur.
Qu'en ont dit les déb