Sarko n’est pas Hugo

hugo.jpgIl ne s'agit pas ici de faire crédit à ceux qui me reprochent d'avoir pris parti. Je l'ai fait, et je l'assume, sur la base de ce que j'ai entendu dans la sphère politique française depuis quelques années. Je pense sincèrement, profondément, qu'élire Royal aujourd'hui serait investir dans le problème, pas dans la solution. Voter Bayrou, serait plonger dans la piscine sans vérifier qu'elle est remplie. Voter ailleurs n'est pas dans mon univers. Voter Sarkozy m'a toujours semblé être un choix libéral et démocratique appuyé sur des institutions que je juge solides. Le TSS et la peur du loup ne m'ont jamais convaincu. De Gaulle, Chirac, Mitterrand, ont tous fait l'objet des mêmes procès anticipés en totalitarisme, ont subi les mêmes racontars et rumeurs pré-électorales. L'histoire a montré que cette tactique ne repose sur rien et n'est pas payante.
Pour autant, j'ai refermé Ensemble il y a à peine deux heures et j'en sors davantage exaspéré que convaincu. En tout cas pas très "avec".
J'avais noté ici, sur ce site, à partir de novembre, une espèce de dérive dans le discours du candidat UMP, une sorte de grandiloquence républicaine qui contrastait avec l'image de pragmatisme, de concentration sur les problèmes - davantage pour les résoudre que pour les nier ou s'y complaire - qui me convenait bien. A partir de janvier, le discours s'est déréglé. J'ai tout de suite détesté ces harangues sur les valeurs, ce Malraux de pacotille concocté par ses scribes, cette industrie obscène du déclarationnel ronflant. Je n'aime pas ces litanies ridicules, cette logique du piston rhétorique, ces débuts de phrases répétitifs, toujours les mêmes, distribués dans le texte pour assener des convictions pompeuses, comme s'il fallait ressusciter l'asclépiade mineur et le septénaire trochaïque, puis
s'habiller de Morale et d'Histoire pour prendre la dimension du job. Pitié!
La première partie du livre, à cet égard, est un amas de perles du genre. J'y trouve, par exemple "Je veillerai à ce que dans les entreprises installées sur le territoire français la langue de travail soit le français dès lors qu'il n'y a aucune nécessité économique ou commerciale qui oblige à s'exprimer dans une autre langue". J'ai relu deux fois. Retour à la loi Toubon. 1995. Qui va en juger? L'inspection du travail? Une police de la langue? A-t-il jamais mis les pieds dans une entreprise qui travaille à l'international? Est-ce simplement pour dire qu'on continuera de parler français dans les bureaux de poste?  Viendrait-il à l'idée au gouvernement anglais ou allemand d'empêcher les gens de parler Swahili s'ils le veulent ? Il y a dans cette première partie du livre la vision d'une France imaginaire et future qui se base sur l'allégorie d'une France passée qui, en réalité, n'a jamais existé, une nostalgie des good old days (pardon, des bons vieux jours) et du rayonnement perdu qui tient du fantasme.
La seconde partie du livre, beaucoup plus technique, sans doute écrite par un autre plumeau, moins shooté aux Lumières, ne reprend pas ce style de tribun post-révolutionnaire. C'est plus convaincant et j'y retrouve certaines des positions qui m'ont intéressé. Encore qu'on puisse discuter sur certaines idées créatives, comme celle de mettre à terme sur pied d'égalité un hypothétique Mediterranean Ring et le Pacific Ring. Ca n'est pas parce que Socrate était Grec, Ptolémée Egyptien, Léonard Italien et Mistral Français que le monde va se recentrer sur nos dauphins et adopter nos valeurs en battant des mains… Lesquelles, d'ailleurs? Celles que nous partageons depuis toujours avec la Libye? On finit par se perdre dans ce fourre-tout programmatique au point qu'on en perd les limites. La France? L'Europe? L'Euro-méditerranée? Le Monde? Il faut craindre cette ivresse, qui saisit la campagne, quand le printemps revient.
Sans dou