La balle au centre…
On dit que le Basset est un fauve quand il sent le sanglier fatigué. S'il n'est pas éventré avant, il se glisse sous la bête et la mord aux couilles. Il ne lâchera pas. Il ne bougera plus. Le sanglier non plus, d'ailleurs, on le comprendra. Il n'y a plus qu'à venir servir la bête, au couteau. Le serpent cracheur, lui, attaque aux yeux, au regard de sa proie. Cela entraîne un petit désagrément, une kératoconjonctivite, une saloperie ophtalmique qui peut évoluer vers la cécité totale. Le duo Besson-Begag a mené la traque à son terme. Match nul, dans tous les sens du terme. Chacun, dans un bel élan de loyauté politique, a trouvé son gibier, au sein de sa propre meute et l'attaque sur son point faible, le ravalement des banlieues chez l'un, la myopie politique chez l'autre. En quelques jours, le débat bascule dans le carnage. Il y a de la viande sur les murs… Dans ce jeu rétrécis des caricatures à bon compte, tous les coups sont permis, les rumeurs vont bon train, le lynchage personnel a remplacé les programmes. Les médias, toujours plus people, font des ventes. Sarko et Ségo sont dans un bateau, les deux tombent à l'eau. Qu'est-ce qui reste?
Le garde chasse, bien sûr, Bayrou, celui que la force centrifuge de cette fin de campagne n'aura pas jeté hors du cercle – un traître passé à gauche, dit la droite, un type clairement de droite, dit la gauche. Il n'a plus qu'à nettoyer la place et ramener ses deux compagnons de battue à la ferme, ses deux futurs ministres, un de gauche – Begag - dont on se demandait ce qu'il faisait à droite, pour l'intégration, et un de droite – Besson - dont on se demandait ce qu'il faisait à gauche, pour Bercy. Ca fait un petit début… Deux types solides en tout cas, déjà bien ancrés dans la confusion des camps.
Bref, la France dispose encore, dans le dernier sprint de la campagne, de quoi faire un choix quand il faudra trancher entre une droite recomposée, un PS décomposé - dont les champions ont l'un et l'autre un genou sur le ring - et un outsider qui sort plutôt frais des vestiaires. Tout converge vers cette hypothèse, pour autant que l'idéal démocratique résiste et laisse le FN hors du jeu. On va donc regarder le programme de François, s'y intéresser, peut-être un peu plus sérieusement qu'avant. Et se rappeler la prédiction (apocryphes?) de Mitterrand "Suivez Bayrou, il sera président après Chirac".
Chirac, le grand Yokozuna, le passionné de sumo, doit sourire en attendant d'accueillir sur le perron du palais celui qui sera resté sur le cercle. Parce qu'il était au centre?
david-david a écrit :
Allons, les épisodes Besson-Begag ne sont pas si graves.
D’abord parce qu’ils ont montré aux candidats qu’ils ne peuvent pas s’attendre à pouvoir s’essuyer les pieds impunément là où ça leur chante
Ensuite parce que ça montre qu’il y a à gauche et à droite des politiques pour qui il y a plus important que la victoire aux présidentielles à tout prix.
Maintenant, que les deux bassets y soient allés un peu fort, pourquoi pas? Ce n’est pas comme si ils avaient tiré les premiers, n’est-ce pas?
Posté le 09-Apr-07 à 9:37 am | Permalink
Seb a écrit :
L’analyse est fine, le placement politico marketing de Bayrou aussi… une fois élu président, il fera appel à ces fameuses “personnes politiques” au dessus des clivages. Aujourd’hui certes il n’y a personne qui veut travailler avec lui, mais qui sait, demain, au nom de l’appel du Pouvoir qui osera dire non ?
La politique n’est qu’un éternel recommencement au fond…
Posté le 09-Apr-07 à 8:46 pm | Permalink
Oppossum a écrit :
Mitterrand aurait été impressionné par le fait que Bayrou ait dépassé sa béguitude [ Ce mot n’existe pas mais si on le cherche sur google, il est proposé , à la place, comme mot le plus proche : béatitude (s) … ]
Il aurait également dit de Chirac président : “Ca va être pitoresque !” …
Posté le 09-Apr-07 à 9:17 pm | Permalink
claude a écrit :
“Parce qu’il était au centre ?” : plutôt parce qu’il n’est nulle part, et rien de consistant d’ailleurs, c’est sa force. Depuis des lustres, les Français “sortent les sortants” aux élections. Cette fois ils pourraient bien vouloir sortir tout le monde, du moins ceux qui ont été désignés comme impétrants d’office, Sarko et Ségo. De ce point de vue, Bayrou ferait bien de ne pas trop apparaître !
Peut-être Bayrou sera-t-il le dernier en lice parce qu’il paraît plus calme. Cette campagne a commencé comme Carnaval - la fête des fous, tout est permis, tout est gratuit, demandez le programme ! - et vire à l’aigre. Peut-être est -elle trop longue, tourne-t-elle à vide.
Cela dit je ne vois pas que Bégag fasse grand mal à Sarko. Sa sortie apparaît comme une inimitié personnelle, n’ajoute pas grand-chose au débat. Bégag n’existe que par Villepin, il faisait un peu gadget depuis le début, ne semble pas avoir de position ni d’existence politique à défendre.
Besson fait plus mal à Royal, parce qu’il est du Parti depuis longtemps, la côtoyait de près, dit tout haut ce que beaucoup sentait, en tout cas explique la confusion et la faiblesse apparentes de la campagne de Ségolène Royal. Au-delà du ton revanchard et de l’attaque personnelle, Son propos est plus consistant, et l’effet plus dévastateur.
Posté le 10-Apr-07 à 3:56 am | Permalink
claude a écrit :
Pour changer de sujet, quelques articles intéressants dans la dernière livraison de Foreign Affairs, sur l’Irak et l’Iran entre autres, et un témoignage de première main sur “what went wrong”, www pour les initiés :
http://news.yahoo.com/s/ap/20070409/ap_on_re_mi_ea/iraq_insider_s_account
Egalement, dans le FT d’hier, le point de vue sévère de Bolton sur le coup de force iranien. Les Anglais ne sortent pas grandis de cette crise, juste après l’anniversaire de la guere des Malouines / Falklands.
Posté le 10-Apr-07 à 4:04 am | Permalink
Charles a écrit :
Je pense comme Claude que le livre de Begag - mais attendons-le - sera moins puissant que celui de Besson. Mais il arrive au bon moment, en plein Sarko-bashing et rendra la fin de parcours difficile au candidat. C’est la symétrie qui est intéressante et ces deux parutions sont une première dans l’histoire des présidentielles.
Posté le 10-Apr-07 à 5:43 am | Permalink
david-david a écrit :
au fait, il est comment, le bouquin de besson?
Posté le 10-Apr-07 à 11:33 am | Permalink
Charles a écrit :
Le bouquin de Besson est moins intéressant dans la charge qu'il contient contre Royal que sur les mécanismes de décision qu'il décrit, au sein du PS et dans l'équipe de campagne de la candidate. En creux, on voit se dessiner la "synthèse impossible" qui pourrait s'imposer si la gauche perd. Et si une nouvelle synthèse devait voir le jour, alors serait démontré que le "fond" sur lequel le parti s'accorde est avant tout un fond de commerce électoral.
Posté le 10-Apr-07 à 11:39 am | Permalink
claude a écrit :
Autant pour moi, je ne savais pas que Begag allait publié un livre, la symétrie est plus complète en effet.
A propos des mécanismes de décision internes au PS et à l’équipe de campagne, on peut se demander dans quelle mesure le patinage dans la semoule est la cause ou l’effet de la non-cohérence et la non-consistance du projet : dans les projets économiques, industriels en particulier, la cohérence de l’équipe en général et du management en particulier est grandement facilitée par le fait que le projet avance et corespond à quelque chose de solide. A l’inverse, quand le projet est un peu foireux, gonflé politiquement par exemple, comme le projet Hermès le fut par exemple, alors c’est le grand patinage artistique et cela rend tout le monde très nerveux.
La difficulté du PS est qu’il ne peuvent ancrer leur projet dans la réalité, d’une part parce qu’ils ont créés une bonne partie des problèmes à résoudre et que s’y attaquer mettrait trop de vaches sacrées sur le billot, et d’autre part parce qu’il y a une difficulté “génétique” - dirait Sarko - à faire face à la réalité. A l’origine, le PS naît de l’idée de changer la réalité, de changer la vie, de faire la révolution, pas tellement de résoudre simplement des problèmes pour améliorer le donné. Cette imprégnation génétique est en creux dans sa vision du monde.
Posté le 11-Apr-07 à 5:05 am | Permalink
claude a écrit :
PS à propos de génétique, pour ne pas suciter de polémique, précisons que pré-disposition ne veut pas dire pré-determination, avec ce que ce dernier terme suppose de total, d’absolu, d’irrémédiable. L’utilisation de métaphore scientifique est de toute façon à prendre avec des pincettes pour parler des domaines qui ne sont pas couverts par ces sciences.
Posté le 11-Apr-07 à 5:37 am | Permalink
Oppossum a écrit :
Azzouz aurait renoncé (annulations dernière minute) à faire la promo de son livre à la suite de très grosses pressions … La symétrie avec Besson n’est plus respectée, mais elle est instructive. L’équipe sarko n’aime pas laisser les choses au hasard.
Posté le 11-Apr-07 à 7:31 am | Permalink
alain laufenburger a écrit :
Très bien Charles, tu progresses. Rappelle-toi qu’il faut toujours laisser un peu d’air à cette première fulgurante intuition qui comporte un message. Je vois que ton discernement te permet d’en trouver un qui s’appelle Bayrou. Chouette.
Posté le 11-Apr-07 à 7:49 am | Permalink
claude a écrit :
le Figaro vous réconcilie tous en préconisant de voter … Gordon Brown.
Posté le 11-Apr-07 à 12:51 pm | Permalink
jean-Paul a écrit :
Une belle histoire de chasse, mais pas de chance pour le basset (Besson)lorsque le sanglier est une femelle…
Posté le 12-Apr-07 à 11:25 am | Permalink
Charles a écrit :
Oui, Jean-Paul, c’est pourquoi j’ai évoqué le serpent pour le couple Besson - Ségolène. Seule Thatcher avait, si ma mémoire est bonne, été reconnue comme solidement couillue, par Chirac, pour le plus grand bonheur de nos amis d’outre-Manche…
Posté le 12-Apr-07 à 12:45 pm | Permalink