J’ai mouillé mon doigt, il y a du vent.

pythie.jpgCe que j'aime dans les sondages, comme dans la cuisine, ou la météo, c'est leur côté science dure, ce balisage rassurant d'un futur qui inquiète, il en va du pouvoir comme de la cuisson du rôti ou d'un weekend à haut risque à Anglet. La preuve, on découvre toujours après coup qu'ils avaient finalement raison, les augures, grosso modo, même quand ils avaient tort. Je ne vois donc pas pourquoi je m'interdirais d'être à mon tour expert en la matière. J'ai une calculette.
La presse et les instituts de sondages nous parlent des 42% d'indécis qui pourraient faire tout basculer, et pourquoi pas, élire Pompidou. Mais rêvons un peu sur le dernier sondage en date (LH2, du 9 avril). Prenons pour hypothèse que les indécis – et ne voyez aucun jugement de valeur dans ce propos. Je ne crois pas que l'indécision soit génétique, personnellement – et considérons qu'ils se répartissent sur les quatre leaders selon les mêmes pourcentages, en laissant de côté les hésitants marginaux qui oscillent entre Bové et Besancenot. Il y aurait donc 12% d'indécis Sarkozy, 10% d'indécis Royal, 8% pour Bayrou et 6% pour Le Pen. Et donc le sondage serait alors l'exacte image de ce que sera le premier tour. Mais…
On dit le FN sous évalué "comme d'habitude". Personnellement j'en doute car en 2002, il n'y avait pas d'alternative affirmée tenant un discours de droite – comme l'est celui de Sarkozy - et la position exprimée par Chirac depuis son accession au trône était plutôt social-démocrate. Je pense donc que Le Pen devrait non pas gagner, mais perdre certains de ces indécis qui se porteront sur Sarkozy. En tout cas ce dernier s'y emploie avec ardeur depuis peu. Les 10% de Royal me semblent surévalués également, tant il est difficile pour un sympathisant traditionnel du PS  - qui a avalé coup sur coup en six mois les militaires, le drapeau, Notre Dame de la Garde, la Marseillaise et Jeanne d'Arc - de dire que, légèrement déstabilisé, il envisage de glisser, le rouge au front, un bulletin blanc ou un ticket Bayrou. Quant à Sarkozy, diabolisé depuis quelques semaines, il bénéficie logiquement de la sous-estimation traditionnelle du candidat politiquement incorrect. Un type qui bouge son genou quand il parle (dixit Onfray) ou qui a un rictus avant de descendre du train (dixit Libération), est forcément un crypto-fasciste à tendance vichyste. Ca n'aura échappé à personne.
En appliquant la technique du doigt mouillé sur ces transferts, je termine mon petit calcul avec le score suivant au premier tour: Sarkozy 31%, Royal 21%, Bayrou 21% et Le Pen 13%.
Je persiste. Je pense qu'il faut relire le programme UDF.

Vignette: la Pythie