Stupeurs, trahisons et séductions

seduction.jpgCa a commencé à l'initiative de Ségolène Royal. Elle a poussé le premier des dominos. Le reste a suivi. On le lui reconnaîtra. Entre autres positions iconoclastes, en effet, dès la rentrée, elle ne s'interdisait pas de reconsidérer les 35 heures. Un détail, quoi. Court moment de stupeur au PS.
Trahison idéologique! Sous la pression des quelques amis, Aubry accepte néanmoins d'accueillir la princesse à Lille avec sans doute l'intention de la ramener sur des positions plus conformes au Projet, et un sourire un peu douloureux. Bayrou sent le moment venu et sort alors du bois, dégaine des deux mains, shoot from the hip! Salve à droite, salve à gauche, tête à droite, cœur à gauche, il annonce la mort des blocs, la fin des sectarismes obtus et trace son sillon. Ecce homo. Bien au centre. Nicolas Sarkozy, qui voit que quelque chose est entrain de craquer dans l'affaire, sort Gaino du formol et monte à la tribune avec Jaurès en bandoulière, Moquêt en sautoir, et clarifie les choses, en somme. Court moment de stupeur au PS.
La candidate, soudain en difficulté, veut reprendre le dessus à la mêlée et se fait un pack d'éléphants biens montés et tous contents d'être là. Retour aux sources? A l'orthodoxie? Au calme? Pas pour longtemps. Non, ce type désagréable, là, qui nous emmerde avec sa calculette, que personne ne connaît, claque la porte, va bouder dans la Drôme et nous sort un livre assassin qui a la mauvaise grâce de se vendre. Court moment de stupeur au PS.
On doit réagir. Trop tard, le IIIème homme, que personne n'avait vu venir, passe sur l'aile gauche et emmène Azouz qui publie son brulot à son tour. Succès de librairie mitigé. Nicolas continue à enfoncer le clou identitaire avec le bonheur qu'on sait. Droite et gauche sont essoufflées. La grenouille, elle, gonfle au centre, c'est dans sa nature. Trouver des parades, vite. Stimulus-réaction, Besson n'a pas mis le pied sur la tribune UMP pour y faire repentance que Bayrou et Royal annoncent leur volonté de ne plus s'insulter, de se parler, d'explorer leurs convergences (ah, le vocabulaire…). Court moment de stupeur au PS. T'as gardé ta copie du Projet, toi?
Trois jours à peine après l'indispensable débat qui l'oppose à Bayrou en toute courtoise républicaine, Royal annonce l'obsolescence de l'axe droite-gauche, sa capacité à rassembler de la LCR à l'UDF (hop!), et prépare DSK à accepter le portefeuille qu'elle a gaulé à François avant de quitter BMF TV. Mais qui connaît BFM TV?  Et, d'ailleurs après tout cela, qui connaît François Bayrou? Pour achever l'axe honni, Sarko fonce embrasser Charasse qui embrasse Sarko avec dans l'œil la jubilation de celui que tout cela amuse énormément. Court moment de stupeur au PS.
Nous l'avons discuté ici, sur ce blog, il y a déjà plusieurs mois. Oui, l'axe droite-gauche n'a plus guère de sens et celui, plus pertinent, de dirigisme-libéralisme s'y est substitué. Et c'est probablement ce qui explique le jeu de chaises sans précédent que nous a offert la campagne.
Certains verront dans ce damier perturbé le triomphe des ambitions putassières d'une classe politique déboussolée, d'autre l'évolution tant attendue de la même sur des bases plus modernes. Je suis de ceux-là. C'est en tout cas mon espoir.
A prévoir: un long moment de stupeur au PS.